Campaign of the Month: December 2021

Le Sang versé d'Occitanie

L'Apéritif
V20 :: Introduction (Récit 1.6), avril 2020

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Dans sa belle berline noire à la peinture mâte conduite par son chauffeur, le vieux mafieux gloussait de plaisir. Face à lui, deux superbes jeunes filles, pas encore majeures, minaudaient en regardant le riche homme d’affaires, certaines de terminer la nuit avec un beau pactole en échange de quelques faveurs qu’elles savaient monnayer, malgré leur jeune âge. L’une d’elles se pencha lascivement, prétextant remettre sa chaussure pour offrir au vieux pervers le plaisir d’un décolleté déjà bien mur. Mais l’homme ne regardait pas la poitrine généreusement offerte en apéritif. Il ne voyait que l’artère bleuie de l’adolescente qui battait silencieusement au rythme de son jeune cœur. Et Nerio aimait plus que tout se repaitre du sang juvénile de lycéennes..

Mais son plaisir fut de courte de durée. Un appel, malgré l’heure tardive, vint le tirer de sa rêverie sanguinaire. Quelques mots suffirent à lui faire perdre le sourire.

%{color:#450000}“ Ils sont arrivés à Toulouse, Monsieur. Les trois. En provenance de Paris, comme vous l’aviez dit.
Et ils ont commencé à chercher. “

La mâchoire du vieux Ventrue se crispa. Sa voix dure répondit, laconique.

%{color:#450000}“ Alors trouvez avant eux. Sinon, je m’occuperai personnellement de vous. “

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La Femme-aux-Loups
W20 :: Récit 1.5, avril 2020

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Contribution de Breloque
⇝ Introduction : Mauvais Vin b_mauvais_vin.png

20 Avril 2020

Il n’y a personne pour nous observer à part les discrets habitants de la forêt, mais quel étrange spectacle nous devons donner. La fourrure immaculée couleur neige déborde d’un sweat à capuche désormais disproportionné. C’est un loup-garou sous forme Crinos campé sur ses deux pattes arrière, mesurant plus de deux mètres cinquante. Son entraînement quotidien rigoureux a fait de lui une montagne de muscles. Audric regarde les deux loups à ses côtés. La louve a un magnifique pelage uni ocre, presque cannelle, alors que le mien est fauve, beaucoup plus commun dans cette région.

Nous avons tous les trois le pelage hérissé, les lèvres contractées dévoilant nos canines dans un réflexe ancestral.

Audric ordonne la charge, son antique épée au poing. Nous partons à pleine vitesse porter secours à cette louve qui vient à l’instant d’hurler un appel à l’aide.

La Mord-Dorée est souvent la plus rapide, et aujourd’hui ne fait pas exception. Elle est la première à découvrir la scène dans le sous-bois. Une louve-garou aux abois au pelage gris est acculée par trois monstrueux phacochères. Leur peau est souillée par des moisissures verdâtres et leurs gueules sécrètent un mucus fielleux. Ces créatures sont à n’en point douter une engeance du Ver. La louve se protège derrière des souches et racines, autant d’obstacles entravant la charge des sangliers difformes.

La Mord-Dorée fonce sur la créature la plus proche pour la provoquer. Une fois qu’elle a capté son attention, elle galope pour l’attirer un peu plus loin.

Je m’interpose à mon tour pour faire face à une des bestioles, et je puise dans ma rage intérieure pour évoluer en forme Crinos en un clin d’œil. La louve en difficulté n’a désormais plus qu’un seul adversaire. A défaut d’une grande force, je tente une tactique qui ne fonctionne malheureusement qu’à moitié. Je me place devant un gros tronc, paré à recevoir la charge du sanglier. Un pas de côté et voilà ses défenses qui défoncent le vieux chêne. Positionné sur son flanc immense, j’échoue cependant à m’y accrocher. Je me contente alors de le labourer de mes griffes, sans grand effet.

La Mord-Dorée exécute quant à elle une manœuvre bien plus audacieuse. Un phacochère toujours à ses trousses, elle fonce sur la cible que j’affronte. Son poursuivant charge alors à pleine vitesse… dans son propre congénère, tandis que la Mord-Dorée se faufile entre les pattes dans une esquive gracieuse. La panse du suidé explose dans un feu d’artifice de fluides divers, sang et viscères. La colonne vertébrale se casse en deux dans un craquement ignoble.

A ma grande stupeur, cela n’a pas suffit à tuer la bête… Ses yeux luisent toujours d’un éclat intense alors qu’elle traîne uniquement la moitié de sa carcasse avec ses pattes avant. Ainsi pris par surprise, la créature réussit à m’infliger une morsure et je glisse cul par-dessus tête à cause des baquets de sang visqueux qui se sont déversés sous mes pattes.

C’est à ce moment qu’Audric arrive pour me tirer de ce mauvais pas. Son corps irradie d’une lumière intense alors qu’il s’élance d’un bond prodigieux, pour atterrir sur la tête du demi-sanglier. Il lui faudra planter à nombreuses reprises son épée dans la tête de la créature pour que celle-ci daigne enfin rendre son dernier souffle.

La Mord-Dorée a une nouvelle idée. Une fois transformée en Crinos, elle grimpe à un arbre vénérable, usant de sa force et de son adresse pour passer de branche en branche en quelques battements de cœur. Brandissant sa hache, elle bondit vers le dernier sanglier. La Crinos grise soupire de soulagement.

La fin du combat me semble plus confuse : la mêlée bat son plein quelques instants. Les sangliers sont incroyablement résistants, et nous recevons plusieurs blessures. Audric est tellement couvert de sang que son épée glisse de ses mains. Tous les monstres finissent par tomber sous les coups d’Audric et de la Mord-Dorée. Je dois reconnaître que ma contribution au combat a été bien maigre…

La louve-garou inconnue reprend forme humaine, tout comme nous. La régénération naturelle des garous fait son office, et les égratignures ne sont rapidement plus qu’un mauvais souvenir.

Nous procédons aux présentations avec l’échange rituel de nos lignages. Elle se nomme Catherine Médina ‘Feuille de Loup’, Métis des Fianna. Elle soliloque un instant et déplore que les métis soient aussi nombreux de nos jours. Audric et moi fronçons les sourcils devant ce discours… pas forcément pour les mêmes raisons.

Catherine nous invite à nous reposer et à échanger dans son refuge, qui se trouve à quelques arpents de là. Nous discutons un peu en route. Cette louve me fait pitié : elle semble avoir baissé les bras, probablement chassée par les siens. Mais isolée ainsi dans sa forêt, elle ne fait plus grand-chose pour combattre l’ennemi alors que les orages de l’Apocalypse grondent au-dessus de nos têtes.

Nous profitons de l’eau fraîche d’un ruisseau pour nous laver et rincer nos vêtements. Pendant nos ablutions, quelques loups nous observent au loin. C’est la meute de Catherine… peut-être sa Parentèle ? Cela explique le surnom que les cagots lui ont affublé. Je remarque que Catherine adresse un clin d’œil plein de malice à la Mord-Dorée en désignant son pendentif, un bijou de sang porté par ceux de leur clan.

Audric nous fait discrètement part de sa méfiance et de son inquiétude, car il n’a repéré aucune tare sur le corps de la vieille louve. Or étant Métis, elle porte forcément un stigmate. Et si ce dernier n’est pas dans sa chair, c’est dans sa tête qu’il se trouve.

Après une volée de marches en pierre recouvertes de mousses, nous parvenons jusqu’à la chaumière de Catherine. C’est une jolie petite bâtisse en bois avec un toit très pentu qui couvre les deux-tiers de la façade. Une fois à l’intérieur, je ne peux m’empêcher de remarquer l’élégante charpente en berceau au-dessus de nos têtes. Peut-être des cagots l’ont-ils construite jadis ?

Le lieu est cosy et confortable. De nombreuses plantes sont mises à sécher contre une paroi. Là, une brassée de joncs repose entre deux sacs de jute remplis de tubercules. Du chanvre accroché à une poutre est en cours de tissage pour former des cordes. J’aperçois un petit établi où trônent plusieurs objets en osier à demi tressés, paniers et corbeilles. Catherine a tout l’air d’être une herboriste émérite et une vannière habile. Rapidement, le lieu se remplit d’un fumet agréable quand elle rallume le foyer sous la marmite.

Nous séchons à demi-nus à côté de l’âtre, ainsi que nos vêtements étendus sur un fil prévu à cet effet. Catherine nous fait un cadeau pour nous remercier de l’aide apportée plus tôt. Ce sont trois fioles gravées de runes celtiques, remplies d’un liquide noir. De l’Ombrenuit. Ce précieux élixir permet de se glisser dans les ténèbres, invisible aux yeux des mortels, pendant près d’une heure. Il va sans dire que nous en ferons bon usage, et nous la remercions chaleureusement pour ce présent.

Nous lui racontons simplement et en toute franchise ce que nous sommes venus faire ici. Malheureusement, elle n’a guère d’informations spécifiques à notre affaire à nous partager. Cependant, elle nous parle des habitants de la région. Elle a du respect pour les Segura avec qui elle troque parfois. Les Pastor, eux, sont probablement teintés par le Ver car ils ont une grande agressivité en eux. Mais méfiance, certains d’entre eux sont rusés. Son visage prend une mine plus sombre quand elle nous parle de sa forêt. Ces derniers mois, les sangliers géants sont de plus en plus nombreux. Les terres sont abîmées. La forêt est atteinte par un mal dont elle ne connaît pas la source.

Alors que nous discutons autour d’une tasse de thé, un homme s’approche de la masure en sifflotant une ritournelle celtique. Greensleeves ? Non… mais l’air me dit quelque-chose. C’est un certain Jacques, sac à dos sur le dos. Un jeune homme avenant avec une barbe rousse bien taillée, lui donnant un air de hipster. C’est un bon ami de Catherine, venu faire escale, et la visite semble apporter beaucoup de joie à la vieille louve. Elle nous présente à lui sans ambages pour ce que nous sommes : des garous, et cela ne semble guère l’impressionner. Il connaît bien la région, y compris les Roche de réputation, venus des Pyrénées occidentales. Nous discutons avec lui sans pouvoir mettre à jour sa véritable nature.

La Mord-Dorée s’excuse pour aller faire un tour dehors. Elle prend sa forme de louve pour renifler les effluves environnantes. Rien d’anormal. Elle se décale dans l’Umbra après avoir contemplé un instant son reflet dans un tonneau de collecte d’eau de pluie. Elle voit de nombreuses plantes qui semblent recouvrir la cabane, mais rien qui ne sorte de l’ordinaire.

Mais qui donc est ce mystérieux Jacques ?

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Mauvais Vin
W20 :: Introduction (Récit 1.5), avril 2020

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Depuis des siècles, les Pastor étaient haïs de tous, comme nombre de Cagots. Ils subissaient la honte et l’ostracisme à cause de leurs différences, à cause de leur sang ancien et puissant, et depuis des siècles, ils étaient chassés des terres chrétiennes, maudits par ceux-là même qu’ils avaient longtemps protégés du mal.

Mais Pierre Pastor le savait : le Mal coulait en lui désormais et son peuple indigène avait appris à semer son venin. Au fil des années, des décennies, les ancêtres de Pierre avaient muri leur haine, cultivé leur colère. Les vendanges de cette rancune avaient lieu chaque année, et ces récoltes étaient distillées par les Pastor depuis des générations. Pierre et les siens en faisait du wkisky, d’un feu noir qui couve dans les veines de ceux qui s’en abreuvent.

Et chaque année, la cuvée est encore meilleure que la précédente. Leur colère est douce et aigre dans les veines de ceux qui la boivent. Le proverbe ne dit-il pas, à raison : " A la première coupe, l’homme boit le vin ; à la deuxième coupe, le vin boit le vin ; à la troisième coupe, le vin boit l’homme. " ?

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Les Dossiers
V20 :: Récit 1.5, Avril 2020

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Contribution de Yakurou
⇝ Introduction : Dernière Danse b_danse.png

24 Avril 2020

Arrivée au bain de Saint-Aubin, la Coterie se rassemble dans un salon privé de l’établissement.
Les idées fusent, certaines aussi mortelles que les clients de l’établissement.
Quelques points clefs émergent de cette réunion improvisée, la plus importante étant une recherche nécessaire sur le cercle. Qui l’a créé. Et plus important, qui peut le détruire?

Dominic part se renseigner auprès de Victorien. Souhaitant garder l’avancée de leur enquête secrète, il prétexte un danger pour sa non-vie, et prétexte à Victorien qu’il souhaite créer un cercle de protection qui saurait le protéger contre les vampires. Étonné par sa demande, le conseiller Tremere affirme à Dominic qu’aucun mage à Toulouse n’est assez puissant pour créer un cercle de protection de cette nature. Il faudrait demander de l’aide aux Tremere d’autres villes. Seru, qui vit à Montpellier, pourrait éventuellement créer un de ces cercles. Après avoir remercié le conseiller, Dominic repart en direction du refuge.

Alex, de son côté, a retrouvé le chemin de la foi, et c’est dans l’église du quartier qu’il s’est rendu. Alors qu’il entre dans les lieux, il semble interrompre des conversations. Une communauté semble vivre ici, et quand le jeune Gangrel demande à rencontrer Sahar, celle-ci se lève, et le rejoint. Après quelques présentations d’usage, elle l’invite à poursuivre la discussion à l’écart du groupe. Le cas de la disparition de Valentine est abordé, mais également le conflit entre Sahar et Arzailler, qui lui refuse la gestion du domaine en retardant la réparation de l’église. Elle informe Alex qu’aucun autre Tremere que ceux de la cour ne vivent à Toulouse.

Elena est restée aux Bains, afin de lier connaissance avec Maxine, dans le but d’en faire une goule. Elle essaye donc d’en apprendre plus sur elle, et l’hôtesse se plie volontiers à la conversation. La jeune femme poursuivait des rêves d’autrice qu’elle a du vite abandonné afin de pouvoir survivre dans le monde cruel de la réalité.

Une fois la coterie regroupée au refuge, et les informations partagées, le choix d’aller rencontrer Lucius sont vite faits. Dans son Aston Martin, Dominic conduit les Infants perdus jusqu’à l’ancienne prison saint Michel, refuge de Lucius où il semble de premier abord impossible de pénétrer. C’est en passant par les toits que les Caïnites arrivent à pénétrer dans l’enceinte, et Dominic remarque immédiatement les traces d’un cercle de protection. Ainsi donc, Victorien s’était trompé. Ou peut-être Lucius souhaitait-il cacher ses capacités? Quelques pierres descellées permettent à la Coterie de pénétrer les lieux, et le cercle est traversé rapidement, bien que non sans mal pour Elena.

L’exploration des lieux commence, et dans la pénombre ambiante, les Infants perdus ne mettent que peu de temps à parvenir au pied d’un escalier. En suivant celui-ci, leurs yeux tombent sur une silhouette dressée dans les ombres.

Lucius se tient devant eux, et semble bien en colère que des intrus aient osé pénétrer dans son refuge. Après une discussion assez tendue, le maitre des lieux accepte de les écouter, très intrigué à la mention d’un cercle de protection. Lui-même n’est pas capable d’en créer d’aussi puissants, et seules deux personnes en sont capables en Occitanie. Seru, de Montpellier, et le légendaire Rutor.

Rutor est une légende, non pas grâce à ces actions, mais parce qu’il masque sa trace si bien, que beaucoup doutent même de son existence. C’est un Tremere qui a su briser son lien de sang avec les maitres de la loge, et qui évolue maintenant en solitaire, sans avoir dû subir les contrecoups de sa rébellion. L’idée fait son chemin dans le cerveau de Dominic. Est-ce lui son sire?

Dans tous les cas, Lucius demande à voir le cercle, et devant l’hésitation des Infants perdus, il n’hésite pas à aller chercher les informations directement dans la tête de Dominic. Il part ensuite retrouver l’appartement de Valentine. N’ayant d’autre choix, la Coterie le suit à travers les rues silencieuses de Toulouse, jusqu’au repaire de la Nosferatu, dans lequel ils pénètrent tous les quatre.

Son étude ne prend que quelques instants, et il en est certain. Le cercle a été fait par une personne bien plus puissante que lui. Il parvient à le détruire, au prix de nombreuses ressources, et est forcé de se reposer, laissant les autres vampires le soin d’explorer les lieux.

Elena les guide dans le souterrain qu’elle a visité quelques heures auparavant. Arrivé en bas, le chien-goule est toujours présent, mais Alex parvient à le calmer, allant jusqu’à lui offrir son propre sang pour le rassasier. Une fouille minutieuse de l’endroit permet au groupe de récupérer deux dossiers, le premier sur Elyssa, et le second sur Jules de Grévy.

Ces informations en main, les Infants perdus remontent, laissant le chien de Valentine, avec pour ordre de garder les lieux. Trop fatigué pour le remarquer, Lucius ne voit pas les dossiers récupérés, et laisse la Coterie, afin d’aller se restaurer.

Dominic, Elena et Alex quant à eux le savent bien. Ils vont passer le reste de la nuit à comprendre ces dossiers, et ce qu’il en découle. Leur enquête vient de faire un bon en avant. Plus possible de faire demi-tour maintenant.

Dossier de Valentine sur Elyssa
Dossier de Valentine sur Jules de Grévy

Version poétique

Dans la nuit de Toulouse où les vampires sont roi
Les infants perdus roulent, retenant leurs émois
ce qu’ils viennent de découvrir change tout leur plan
il leur faut maintenant discuter, pour aller de l’avant

Dans leur domaine connu, les bains de Saint-Aubin
un salon est occupé, pour choisir les chemins,
la coterie se sépare, en quête de savoir
qui les mènera au dénouement de l’histoire

L’auteur du cercle, il leur faut trouver
Pour parvenir enfin à le dissiper
Auprès des Tremere toulousains, Dominic est allé
Gardant ses réelles intentions sous scellé

Prétextant des ennemies, et sa non-vie en danger
Il part quérir Victorien, qui saura le renseigner
Mais ni lui ni Lucius, selon ses dires
Ne peuvent créer de cercle rejetant les vampires

Peut être certains puissants, au delà de la ville
accepterais de venir, contre rémunération
Mais pour les Tremere, ce n’est pas ce qui brille
mais ce qui est caché qui vaudrait l’opération

Or Valentine possède, on le sait
des informations que beaucoup voudraient.
Pour Dominic, c’est certains, une piste à creuser
Qui commence par un nom, dame Seru, de Montpellier.

Alex, de son côté, suivant son guide ailé
Pénètre dans l’église où il espère trouver
Sahar, une connaissance de Sekouba
Qui connait bien les vampires de l’endroit

Dans la pénombre des lieux, un groupe s’est rassemblé
Les discussions se tarissent à l’entrée du damné
Tous l’observent, cherchant à le jauger
quand il prend la parole pour appeler.

Sahar sort du groupe, et rejoint le Gangrel
Ils parlent longuement à proximité de l’autel
Notamment de Valentine, et de sa disparition
Mais aussi du comte, et de ces actions

Il refuse le domaine à Sahar et sa communauté
et retardant les travaux de l’église endommagée
Nul doute pour le Caïnite, notre refuge dans le quartier
Est une des manigances du compte d’*Arzailler*

Selon Sahar, aucun autre Tremere n’est
À Toulouse, autre que ceux que l’on connait
Victorien, dont la fidélité va au comte
Et Lucius, pris de folie, a ce qu’on raconte

Elena de son côté au refuge est resté
Parlant avec Maxine pour mieux la cerner
Elle a pour objectif d’en faire sa servante
S’occupant de l’endroit quand la coterie est absente

L’histoire de Maxine, la voilà en quelques mots
Fille sans argent, ne pouvant payer ses études
Elle partit servir verre de rhum et curaçao
C’est pour boucler ses fins de mois qu’elle se dénude

Le monde étant ce qu’il est, elle se fit embaucher
Dans l’établissement qu’elle finit par diriger
Laissant derrière elle ses rêves d’autrice
Elle s’enfonça un peu plus dans les abysses

La coterie se regroupe, et partage ses découvertes
Très vite, une décision est prise
D’aller rencontrer Lucius, dans la prison déserte
De Saint-Michel, loin de toute convoitise

Sur les abords de la prison, nulle entrée n’est visible
Et pour y aller, il leur fallut de bonnes prises
Pour grimper aux maisons, et sauter au-dedans
Du périmètre de la prison affleurant

À l’intérieur, ce n’est pas terminé
Car c’est dans la cour que les infants ont pénétré,
il leur faut encore parvenir à trouver
comment rentrer dans cette prison bien protégée

Car Dominic le remarque, un cercle est présent
qui protège les lieux et son habitant
des humains, des goules, mais aussi des vampires
La piste qu’ils suivent commence à s’éclaircir

Quelque pierre desceller n’échappe pas leurs yeux
et très vite ils se retrouvent confronter
à une barrière qui ne veut pas d’eux
Mais rien n’est impossible à qui a de la volonté

L’endroit a déjà été visité, pour preuves les débris
qui viennent sans doute de l’ancienne vie
du bâtiment, qui se découvre sous leurs pieds.
L’exploration commence, tout les sens aux aguets

Lucius apparait, aussi sombre que la nuit
enroulé dans une cape aussi vieille que lui
Présence menaçante du haut des escaliers
il regarde les intrus, qui chez lui ont osé pénétrer

Sa voix rompt le silence, résonnant dans le noir
surprenant les infants dans leur sombre couloir
Quelques mots échangés, pour tenter de le calmer
Et Lucius se tient, prêt à les écouter

Dominic joue franc jeu, expliquant les raisons
De leur venue ce soir, et de leur intrusion
Un autre Trémère a oeuvré dans les rues
Peut-être est-ce lui, le sire de l’infant perdu?

Lucius est surpris, autant qu’apeuré
Tout cela est étrange, et il lui faut aller
à la rencontre du cercle pour déterminer
Si la vieille légende est une réalité

La légende de Rutor, Tremere qui parvint
à échapper aux liaisons de sang
données à tout infant nouvellement étreint
Une légende qui met en péril le clan

Lucius souhaite voir de ses propres yeux
Le cercle de protection de chez Valentine
Mais Elena et Alex, que la prudence anime
Ne souhaite pas répondre au curieux

Mais l’esprit de Dominic n’est pas farouche
et il ne faut que peu de temps
Pour qui Lucius prenne les informations à la souche
et lise la mémoire du non-vivant

Il part devant, pour rejoindre l’appartement
Ou le cercle les attend bien sagement
la coterie n’a pas d’autre choix
Que de suivre le Tremere à la poursuite de sa proie

Arrivés au domaine, ils pénètrent dans les lieux
Et Lucius étudie le cercle, avant de le briser
Seuls Rutor ou Seru peuvent en être la source
Car dans l’action, il usa de toutes ses ressources

Alors qu’il reste au-dehors, afin de récupérer
Elena guide les autres jusqu’au souterrain
Où les attend un chien assoiffé
Qu’Alex nourrit du creux de sa main

La fouille fut brève, deux dossiers récupérés
Aucune autre pièce ou compartiment caché
La coterie remonte à l’échelle de corde
Et cache ses trouvailles quand Lucius les aborde

Probablement fatigué par sa thaumaturgie
Lucius ne remarque rien, et retourne chez lui
Même constat pour la jeune coterie
Qui doivent mettre leurs deux dossiers à l’abri

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Dernière Danse
V20 :: Introduction (Récit 1.5), août 1793

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Elle courait à perdre haleine, même si depuis des siècles, plus aucun souffle ne venait remplir ses poumons.

Derrière elle, les créatures de la nuit rampaient, volaient, bondissaient et leurs cris résonnaient de leurs craquements sinistres et grotesques. Sybille tentait de leur échapper, mais les rues pavées de Toulouse, rendues humides par la pluie et le sang, étaient glissantes et traitresses sous ses pas. Au croisement entre deux allées enténébrées, son pied glissa et la Toréador s’étala de tout son long. Tentant de se relever, elle vit dans les ombres les yeux rougeoyants de ses poursuivants, de ses bourreaux envoyés par Villon pour la décapiter, des Vampires affamés et sauvages menés par le Tremere Rutor.

Son corset trempé par la pluie et déchiré, elle se remit debout, griffes sorties, crocs en avant. La Mort Ultime arrivait et Sybille voulait lui faire face, cracher à son visage une dernière fois. Elle avait échappé aux Croisés de Montfort, aux Inquisiteurs du Vatican, aux Loups enragés, aux Sorciers Noirs des Pyrénées et aux bûchers révolutionnaires. Villon aurait sa tête, mais il n’aurait jamais son cœur.

D’un geste de pure démence, elle bondit, créature furieuse et folle, telle une bête acculée face aux chasseurs. Sa dernière danse, mortelle, suicidaire, sera macabre.

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Le Cercle
V20 :: Récit 1.4, Avril 2020

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Contribution de Kapryss
⇝ Introduction : Le Frisson b_frisson.png

23 Avril 2020

Bien, reprenons…
Reprenons, dans ces sombres tunnels où règnent l’humidité et le noir des ombres. Dans ces boyaux dénués de toute vie, exceptée de celle de la vermine. Ce lieu qui donnerait, même aux plus courageux, un frisson dans l’échine.

Alors que Dominic marche en tête en direction de la surface, il sent se poser sur son épaule la main d’Elena, pressante, comme pour le retenir. Mais le parfum qui lui parvient n’est pas celui de la jeune femme. Il est enivrant, et désuet, à l’image de celle qu’il découvre en se retournant : Dame Elyssa.
Sa vue se brouille, il n’est plus là.

Il n’est plus là, il est ailleurs. Il est un chevalier en armure, un mage puissant de l’Ordre d’Hermès, il est Rostaing de Tytalus. Il défend au péril de sa vie son Seigneur, le Comte Raymond VI de Toulouse, en provoquant une débâcle aussi soudaine qu’incontrôlable. Il se bat, il défend, il bat en retraite.

…(découvrez la version longue de cette vision dans La Débâcle)…

Et puis, il est de retour.
Et la main d’Elena sur son épaule, lui demandant de ralentir un peu, lui semble surréaliste après le poids de l’armure et les ecchymoses du combat. Pire, elle l’effraie, et c’est vivement qu’il s’écarte de ses comparses incrédules. Alors Dominic leur narre sa vision, qui n’a duré dans ce monde que le temps d’un battement de cils, et qui déjà s’estompe de ses souvenirs. Il leur mentionne des mages, aux rituels qu’il ne connaît pas, un prêtre, une jeune femme blonde dénommée Constance et fille du Comte de Toulouse, et aussi Sire Rostaing, le chevalier dans l’armure duquel il se trouvait alors. Rapidement un lien se fait avec cette première nuit à l’Elysium, lorsqu’à leur première rencontre, Dame Elyssa l’avait appelé « chevalier »…
Il apparaît clairement aux Infants Perdus qu’il s’agit d’un message envoyé par Dame Elyssa. Message ami, ou ennemi ? Difficile à dire. La décision fut prise de partir immédiatement à la recherche d’informations supplémentaires.

La sortie des tunnels du métro se fait sans encombres : à cette heure où la Ville Rose s’est parée de noir, il n’est que peu d’âmes encore éveillées. Le petit groupe se sépare pour être plus efficace, Dominic d’un côté, Alex et Elena de l’autre.
Dominic profite de sa garde à la bibliothèque pour en parcourir les ouvrages en lien avec sa vision. Il ne tarde pas à dénicher quelques bribes d’histoire.

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Plusieurs images présentes dans l’ouvrage balaient rapidement l’une des théories de Dominic : Dame Elyssa n’est pas Constance de Toulouse. Mais alors qu’il tourne les pages, l’enseignement Tremere de Lisia lui revient en mémoire : à l’origine de la Maison Tremere, il n’est pas d’enfant de Caïn. Il s’agissait d’une maison de puissants magiciens qui pratiquèrent des expériences magiques sur les vampires pour en acquérir les pouvoirs. Ils réussirent à mener à bien ces expériences en Roumanie, dans un château proche de Bucarest, dans une région nommée Transylvanie. Le premier mage qui devint un Damné se nommait Tremere et était membre de l’Ordre d’Hermès. Parmi ses infants, ses premiers disciples dont parlent les comtes Tremere, il y avait un certain Jervais

De leur côté, retournés aux Bains d’Aubin, Alex et Elena ne perdent pas de temps. Lui, use de l’immensité de la toile du Net pour en apprendre d’avantage sur ce fameux Comte de Toulouse. Quant à elle, elle contacte Hervé Moncelet et lui demande de l’aide pour trouver un refuge, puisque les Bains sont connus d’Arzailler et ses alliés. Hervé leur fournit une adresse.

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Trois clics et un rapide coup d’œil sur Google Maps signalent à Alex que ce lieu est proche de l’église Saint-Aubin. C’est une veine, il ordonne alors à sa chouette, Nox, de s’y rendre pour guetter la présence de Sahar.

24 Avril 2020

Le jour passe sans encombre dans le nouveau refuge, puis vient de nouveau la nuit. A leur éveil, les Infants Perdus prennent la décision commune d’approcher du domaine de Valentine afin que Dominic tente de repérer et identifier le rituel qui y a eu lieu.

L’immeuble devant lequel ils se stoppent est étroit, et plutôt mal entretenu. Situé dans une ruelle déserte, ses fenêtres sont closes et clouées de planches. La porte est simple, faite de bois.
Dominic ressent… Il a conscience qu’un pouvoir est à l’œuvre, faute de le voir, et annonce à ses compagnons qu’il lui faut entrer pour comprendre. Sous le regard désapprobateur d’Elena, Alex crochète aussitôt la serrure, et la porte s’ouvre. Dans la rue, un couple de passants semble avoir vu la scène, mais Dominic et Elena sont vigilants et bien vite, ils oublient ce qu’ils pensent avoir aperçu.

A l’intérieur de l’immeuble, Alex et Dominic progressent au milieu des ordures, tandis qu’Elena peu rassurée reste sur le perron : la magie n’est pas son domaine, rester éloignée et faire preuve de prudence lui semble raisonnable. Mais alors que le Tremere détecte l’origine du rituel au premier étage, Alex insiste pour qu’elle entre aussi, annonçant d’un air sûr de lui qu’ils ont besoin d’elle. Elle capitule et les rejoint.
Au premier étage, une succession de portes sans noms les accueille. Seule une boîte aux lettres indique le nom de sa propriétaire.

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Dominic est formel : c’est ici. Et Alex de jouer à nouveau du fil de fer pour crocheter cette nouvelle serrure, ne lui laissant pas le loisir de leur barrer le passage.

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Derrière la porte se tient un bureau, faiblement éclairé. La lampe, qui projette cette vacillante lumière est au sol, elle tient compagnie à un fouillis conséquent de papiers, livres, et objets laissés là sans cérémonie. Manifestement, le lieu fut fouillé, cambriolé, sans doute à la recherche des précieux documents de la Nosferatu. Dominic parvient enfin à comprendre le rituel présent : d’une telle puissance qu’il est impossible à délier, et rendu durable sans doute grâce à une grande quantité de vitae versée, il s’agit d’un cercle de protection contre les vampires.

Contrairement à ses deux compagnons, Elena traverse le cercle sans mal, et Dominic ne sait l’expliquer. Peut-être une conséquence de sa lignée Ventrue, ou bien la force de sa volonté ? Toujours est-il que sans attendre, elle fouille les lieux, parcourant des yeux les documents assez généraux relatant les hauts faits de politiciens mortels, peu passionnants, étalés sur le bureau. Tentant de faire abstraction de l’odeur tenace d’humidité et de moisi qui l’entoure, elle regarde de plus près la statue dans le coin de la pièce, et plus particulièrement son socle. Celui-ci cache un levier, qu’elle active.

Un cliquetis rouillé lui répond. Et la statue pivote, racle le sol et les livres qui le jonchent, dans un grincement sinistre. De l’ouverture bordée de pierres, seule la pénombre provient, accompagnée d’une odeur d’humidité plus forte encore que celle présente auparavant. Le boyau n’est pas large et s’enfonce dans le sol, une échelle de corde permet d’y descendre. De l’autre côté du cercle de protection, Alex et Dominic luttent pour traverser, toujours sans succès, à tel point qu’ils se blessent… le verdict est sans appel : Elena doit continuer seule.

La descente de l’échelle de corde lui semble une éternité, pourtant, après 5 ou 6 mètres, elle touche à nouveau le sol. Son intuition lui dicte que personne n’est venu récemment. Là, en bas, sous la surface du monde, un éclairage chiche constitué de rares lampes à huile lui révèle des catacombes très anciennes. Se munissant d’une lampe, elle progresse lentement au travers de plusieurs pièces où des cages suspendues enferment toujours les squelettes d’infortunés prisonniers.

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Elle parvient finalement dans une petite crypte, au milieu de laquelle un bloc de marbre l’attire. Il est couvert de documents en fouillis, de photos, sur lesquelles elle reconnaît sans mal quelques vampires de Toulouse. Elle se saisit de l’une d’elle pour l’observer, une photo d’une soixantaine d’année en noir et blanc, où Jules de Grévy sourit, impeccable dans son uniforme décoré des médailles SS, un brassard nazi rouge parfaitement ajusté au bras. Reposant la photo, elle tente de déchiffrer sans succès les lignes écrites dans une langue étrange – sans doute le cryptage de Valentine – lorsqu’un frisson lui parcourt l’échine. Elle n’est pas seule.

Et la chose la regarde. Quadrupède, aussi grand qu’un loup, mais chétif et malade, il l’observe de ses yeux surnaturels, ou luit une faim dévorante. Une faim qu’il veut rassasier, sur cette proie acculée qu’elle présente. Alors elle fuit, elle court, de toutes ses forces pour sauver sa non-vie, poursuivie dans le dédale des catacombes par le claquement des mâchoires de la bête. Elle grimpe l’échelle de corde que l’autre ne peut monter, et retrouve le monde, rejoint la surface. Si son cœur battait encore, nul doute qu’il tambourinerait comme un fou dans sa poitrine. Le passage se referme, et dans un élan de lucidité, elle en masque les traces, replaçant des livres et feuillets froissés, avant de rejoindre les autres.

Ca n’est qu’une fois de retour au Domaine qu’elle sort de son mutisme, pour leur révéler la malheureuse rencontre avec la Goule monstrueuse, ainsi que sa découverte – mais pas son contenu, pour leur bien. Il en a trop coûté à Valentine de savoir de telles choses.

Il leur faudra y retourner alors, suffisamment préparés. Pour neutraliser la bête, récupérer les documents et apprendre leur décryptage. Mais avant cela, il leur faudra parvenir à traverser le cercle. Dominic est formel, il n’est de Tremere assez puissant à Toulouse pour avoir pratiqué un rituel aussi puissant que celui là. Alors qui ? Un Tremere qui n’appartiendrait pas à la Camarilla … est-ce seulement possible ? Il faudra alors trouver le lanceur et comprendre. Il faudra, il faudra…. tellement de questions sans réponses. Cela prendra sans doute du temps, tant de longues nuits à venir.

Mais après tout, qu’est-ce que le temps, lorsqu’on est immortel ?

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Lointaine Parentèle
W20 :: Récit 1.4, avril 2020

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Contribution de Breloque

19 avril 2020

Le calme retombe peu à peu dans ce coin de forêt perdue d’Occitanie. Les bruits de la forêt remplacent le tumulte du combat qui vient d’ensanglanter l’humus du sous-bois.

La Mord-Dorée, encore tout essoufflée par ses derniers pas de danse, ramasse la tête tombée au sol de son dernier adversaire. Le sang en tombe à grosses gouttes alors qu’elle prend la direction du logis de Louis Roche.

A l’intérieur, j’observe la femme qui vient de loger une balle dans le dos du Globuleux. Elle a des caractéristiques physiques similaires à nos assaillants, notamment ses yeux trop grands lui donnant en permanence un air surpris incongru. Elle ne semble pas représenter une menace.

Je me concentre un instant et ressens sans équivoque le Ver émaner de la dépouille du Globuleux.

Pendant ce temps, Audric fait face à un autre de nos mystérieux alliés et grogne dans sa direction pour l’intimider. Ce dernier courbe l’échine… comme l’aurait fait un loup. Étrange, car il sent bien l’humain. Un membre de la Parentèle peut-être ? Audric lui intime de donner son nom : « Martin Segura ».

Dans la maison, la situation s’emballe lorsque la Mord-Dorée arrive en forme Crinos, sa hache ancestrale dans une main et une tête tranchée dans l’autre.

« Oh-putain-Sainte-Mère » souffle la femme, et je me demande si elle se serait signée si elle n’avait pas eu son fusil entre les mains. La Mord-Dorée se débarrasse enfin de son sinistre bagage en lançant la tête en direction de la femme. La femme esquive et réplique en tirant, mais sa visée est mal assurée et la balle termine dans une poutre. J’essaie de me faire entendre, en vain. La Mord-Dorée met à profit mon intervention pour bondir sur la femme et la désarmer en lui arrachant le fusil des mains. Au même instant, Audric fait une entrée fracassante par la fenêtre.

Je tente à nouveau de faire baisser la tension « Calmez-vous mes amis, elle a abattu un des fomori, écoutons ce qu’elle a à dire. »

Mes comparses reprennent forme humaine. La femme nous dit s’appeler Salomé Segura et désigne ceux qui nous ont attaqués comme étant « les Pastor ». Salomé renchérit :

« Nous sommes toujours attentifs aux Pastor. Nous les avons repérés en train de s’approcher de la cabane de Roche. On s’est douté qu’ils préparaient un sale coup fourré. »

Audric appelle Martin Segura pour qu’il nous rejoigne pendant que Salomé et moi allons coucher le vieux Roche dans son lit. Il a eu de sacrées émotions aujourd’hui. Je me fais la réflexion que les Segura doivent être pourvus d’une grande force d’âme pour ignorer aussi facilement le delirium qui touche d’ordinaire la grande majorité des humains. Audric suggère d’ailleurs que si Louis Roche pose des questions à son réveil, il faudra le conforter dans l’idée que le lieu a été attaqué par un ours.

Par acquis de conscience, je contrôle la présence du Ver chez les Segura : rien à signaler.

Audric se présente aux Segura de manière formelle. Je note tout ça sur mon carnet au cas où j’oublie un jour son arbre généalogique. Ça m’évitera de commettre un impair, les Crocs d’argent sont très susceptibles sur ces questions.

« Je suis Audric Peau de Lune, fils de Tancred ‘Sagesse du Faucon’, chef de Sept, petit-fils de Drogan ‘Dompteur de Fureur’, chef de Clan et descendant de Vassili ‘Slava Sokola, Gloire du Faucon’, roi héros Croc d’Argent de Vologda. »

Un peu interloqué par cette longue tirade, Martin se présente à son tour :
« Euh … Martin Segura, fils de Daniel. »

Salomé et Martin nous disent être des cagots, comme le sont les Pastor. Leurs familles vivent recluses dans la forêt et sont en opposition depuis des temps reculés. D’après eux, lorsqu’ils atteignent l’âge de 14 ou 15 ans, les Pastor « partent en vrille » pour reprendre leurs propres mots. Cela voudrait-il dire que le Ver prend ses racines à l’adolescence chez eux ?

La Mord-Dorée rend son fusil à Salomé, qui nous propose de venir nous reposer là où se trouve leur petite communauté. Nous acceptons, notamment à l’évocation d’une certaine « femme-aux-loups », connue de leur père Daniel. Mais avant de partir, nous faisons notre possible pour nettoyer toutes traces du combat : les cadavres sont enterrés dans une fosse creusée par nos soins. La Mord-Dorée adoucit notre besogne en improvisant quelques vers sous la lune indolente.

Salomé se propose de rester avec le vieux Roche pour s’assurer qu’il récupère. Notre meute part donc s’enfoncer plus loin encore dans la forêt de pins et de hêtres sur les pas de Martin, jusqu’à ce lieu qu’ils appellent « la ferme ». La Mord-Dorée en profite pour reprendre sa forme de louve. Audric est silencieux et aux aguets comme pour prévenir une nouvelle embuscade des Pastor. Pour ma part, je fais la conversation avec Martin. Il n’est pas disert mais j’en profite pour glaner quelques informations : ils sont une vingtaine à vivre en autarcie à la Ferme. Des habitants des montagnes rejetés par les gens de la ville. Ils leur arrivent parfois de se rapprocher de la civilisation, pour aller au marché par exemple, mais c’est assez rare. Leurs caractéristiques physiques et leurs mœurs les rendent bien singuliers. Un peu comme des glabros glabres à mi-chemin des amish. Je dois dire que ces deux heures de marche en forêt m’ont fait le plus grand bien après cette journée bien remplie. Et dire que le matin même nous étions encore à la Bastide-de-Sérou…

Je ne sais pas si c’est une conséquence de la bénédiction de Chouette, mais la nuit a quelque chose de rassurant en forêt, comme si Gaïa pouvait enfin reprendre sa respiration alors que l’activité humaine se réduit peu à peu. Hélas, ce n’est qu’une illusion car les agents du Ver œuvrent de jour comme de nuit.

Nous parvenons à un hameau de quelques bâtisses plutôt simples mais avec des charpentes intriquées arborant quelques jolies gravures. Le lieu est faiblement éclairé par quelques braseros rougeoyants au milieu de la nuit. Nous patientons en retrait pendant que Martin se fait houspiller par son géniteur au seuil de la maison la plus longue. Revenant tout penaud, le jeune Segura nous confirme qu’il faudra attendre demain matin pour rencontrer son père. Il nous met à disposition la plus petite des masures, pourvue de quelques lits.

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Lors de son ultime ronde nocturne, la Mord-Dorée confirme la présence de deux cagots qui montent la garde un peu à l’extérieur du hameau, fusils en main.

Avant de cueillir quelques heures de repos bien méritées, je me glisse dans l’umbra. Le lieu est pur, recouvert d’une végétation ancienne et luxuriante. Je distingue les murs évanescents des bâtisses. Les esprits folâtrent dans ce lieu paisible et j’adresse un salut respectueux à ceux qui ont repéré ma présence. Gaïa est respectée ici et cette pensée me ragaillardit. J’appelle Harfang, l’esprit-totem de notre meute. Honoré qu’il réponde aussi vite à mon appel, je m’incline devant lui et le remercie pour le rêve de la nuit passée. Je fais offrande d’un peu de mon énergie spirituelle en échange de sa protection pour la nuit à venir. Les Segura ont l’air dignes de confiance, mais un peu de prudence ne peut pas faire de mal.

La nuit se passe sans heurt.

20 avril 2020

Peu avant l’aube, nous sommes déjà debout pour accomplir les rites et accompagner le lever du soleil. Audric fait ses exercices rituels et rentre en méditation pendant un moment. Ce n’est pas dans ses habitudes les plus fréquentes. Nous n’avons pas reparlé de notre altercation de la veille et je me demande si ce n’est pas lié.

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La Mord-Dorée, en passant devant l’alambic qui émerge de la porte d’une grange, questionne Martin à ce sujet. Nous apprenons ainsi que les Pastor fabriquent aussi leur propre alcool, le « whisky du feu noir », fabriqué selon-lui à partir de l’eau polluée qui coulent non loin de leur repère. Ils le vendent à la ville et ce breuvage a la réputation de faire perdre l’esprit de quiconque en boit. Nous échangeons tous les trois un regard complice et entendu : la rivière du rêve, la bouteille trouvée la veille… le lien est établi. Je remercie intérieurement la Mord-Dorée pour sa sagacité.

Daniel nous reçoit enfin dans sa masure, qui sent bon les simples accrochés aux poutres. Une matrone aux courbes généreuses touille lentement un ragoût qui mijote à gros bouillon dans son chaudron. J’ai pendant un instant comme l’impression d’être dans un conte de Grimm. A bien y penser, ce serait plutôt un conte de Perrault, car il y a des grands méchants loups…

La Mord-Dorée est particulièrement joviale après cette nuit de sommeil et elle s’attable avec un grand sourire jusqu’aux oreilles. Je repense à sa furie des heures précédentes mais j’oublie parfois qu’elle est encore jeune, débordante d’enthousiasme.

En haut de la cheminée, j’aperçois à demi-effacé le symbole de la Tribu des Rongeur d’Os. Cela étaye un peu plus notre hypothèse d’une Parentèle esseulée.

Daniel est un gaillard cinquantenaire, un peu bourru comme le sont souvent les cagots, qui a à cœur de protéger sa communauté. Il nous dit avec ses mots simples que les Pastor sont mauvais et méchants, qu’ils empoisonnent le monde. Selon lui, c’est tout de même étrange qu’ils soient allés jusqu’à attaquer aussi loin de chez eux. Ils habitent à deux heures de marche d’ici environ.

Il nous renseigne aussi sur la femme-loup qui habite dans les parages : elle a les cheveux gris et est entourée de plusieurs loups. Elle n’est pas agressive avec les Segura et vit recluse dans sa partie de la forêt.

Audric propose de manière formelle une alliance entre notre meute et la famille Segura, mais Daniel a un peu de mal à comprendre la démarche. Cela nécessitera un peu de temps je le crains.

Nous expliquons à Daniel nos motivations, la recherche du puissant fétiche volé qui nous a amené jusqu’ici et le lien qui existe avec Louis Roche et les Pastor. Selon Daniel, la seule chose qui sorte de l’ordinaire ces derniers jours est la visite d’un homme chez les Pastor. Martin le décrit comme un homme très poilu, malade, avec une toux qui faisait écho dans la forêt et empestant fort le whisky du feu noir. Tout laisse donc à penser que c’était là notre voleur. Nous sommes aujourd’hui le 20 avril et le vol a eu lieu le 16. Il est donc probable que le vol précède la visite. Est-il venu déposer ici le fruit de son larcin ? Ou seulement se réapprovisionner en whisky ? Il va falloir nous rendre sur place pour en savoir plus.

Mais nous pensons rendre visite à la femme-aux-loups en premier chef. Daniel demande à l’un des siens, Gabriel, de nous guider jusqu’à l’orée de son territoire. Nous le remercions chaleureusement pour son aide et ne tardons pas à nous mettre en route.

Je bavarde avec Gabriel pendant le voyage, afin de mieux comprendre les mœurs des Segura. Comme à l’accoutumée, la Mord-Dorée adopte sa forme naturelle de louve pour cheminer. C’est d’ailleurs elle qui détecte la première les signes subtils mais évidents du territoire d’un garou, vraisemblablement celui d’un Fianna.

Chaque membre de la meute adopte alors une forme adaptée pour hurler de concert un chant de présentation. Précipitamment, la Mord-Doré adopte la forme Glabro pour pouvoir avertir notre guide d’un danger et le congédier.

En effet, la réponse lointaine d’une louve résonne et ne fait aucun doute : c’est un appel à l’aide.

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La Débâcle
Ars Magica :: Récit 1.1, Janvier 1208

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Contribution de Kapryss

15 Janvier de l’an de Grâce 1208 – Saint-Gilles

Cher Précepteur,

Il me faut vous relater en détails notre venue en terre de Saint-Gilles, nul doute que vous en tirerez autant de conclusions sombres que je le fis.
Vous ne le savez que trop bien : depuis 4 ans déjà que la guerre de Massassa fait rage, tant dans l’Ordre d’Hermès qu’au sein des bannis de la Maison Tremere, les pertes sont lourdes. Les maudits, où qu’ils soient, sont pourchassés et nous nous y employons de toutes nos forces. Mon père le Comte Raymond VI de Toulouse est fervent soutien de l’Ordre, mais sa foi en l’Eglise ternit peu à peu et son affinité grandissante pour le catharisme a récemment été portée aux oreilles du Pape Innocent III, qui l’a frappé d’hérésie. Ce fut la raison de notre départ de Toulouse il y a quelques jours, afin de rencontrer le légat du Pape à Saint-Gilles en la personne de Pierre de Castelnau, et de plaider la cause de mon père dans l’espoir que son excommunication soit levée.

Nous étions partis sous bonne escorte, accompagnés d’une poignée de soldats et servants, et à dire vrai, grand bien nous en fit, car le Légat de même avait rassemblé de nombreux soldats à notre accueil.

De notre côté, nous avions également quelques figures importantes, des hommes de confiance que je vous citerai ici : outre le Comte de Toulouse et moi-même, étaient présents Rostaing, connétable de Toulouse et mage de la noble Maison Tytalus, Eric de Bretagne, mon garde du corps et mage de la Maison du Flambeau, que vous connaissez bien, ainsi que Thibault de Beaucaire, champion dont le sang chaud point n’a faibli avec les années.

Nous entrâmes donc dans la salle de réception du Palais Comtal, où le Légat nous attendait, ainsi que l’Evêque de Couseran, Navarre. Tout deux portaient fièrement les atours de leur charge papale, signe de leur autorité spirituelle, à apporter la parole de Dieu sur les mortels.
Immédiatement, Eric de Bretagne m’intima son inquiétude quant à l’un des présents, qu’il pensa reconnaître. D’après lui, il s’agissait d’un mage Tremere dénommé Jervais. Comme je regrette à présent de ne l’avoir écouté… mon attention était alors portée sur mon père, tout comme, je l’appris ensuite, celle de Sire Rostaing. Notre intuition en effet nous dictait qu’une puissance anormale était à l’œuvre sur le Comte, et bien vite nous en eûmes la confirmation : car alors que le Légat semblait enclin à la discussion, la réponse de mon père fut acérée, piquante, d’une agressivité qui ne lui ressemblait nullement.

Bien vite, le Légat se départit de son calme face à l’irrespect du Comte. La situation dégénéra, et cela semblait sans issue, c’est pourquoi Sire Rostaing dut agir vite : à l’aide de sa magie, il implanta dans l’esprit du Légat la velléité d’attaquer le Sire de Beaucaire. Un acte désespéré en réponse à une situation qui semblait bien mal engagée…
Et le Légat attaqua, à la surprise de tous, y compris la mienne: de son fourreau il tira son épée et chargea notre champion, qui n’eut que le temps de riposter par réflexe. La réponse fut immédiate, les armes furent tirées, dans les deux camps.

Et ce fut la débâcle.

Le combat faisait rage, et au milieu de cela, je repérai Jervais, l’homme dont Eric m’avait signalé la présence à peine plus tôt. Seul dans un coin, il semblait murmurer des incantations, ou que sais-je encore. Je n’eus le temps de le savoir que déjà, il m’attaquait. Sa vélocité n’était point humaine, j’en déduisis qu’il s’agissait là d’un des maudits que traque notre Ordre. Sans l’intervention d’Eric, qui l’embrasa de sa puissance élémentaire, j’aurais sans doute été son infortunée victime. Il prit la fuite, empêché dans son sombre dessein par la souffrance et les flammes, et nous perdîmes sa trace.

Dès lors, au plus urgent nous parâmes : mon père devait être mis en sécurité. C’est à l’aide de mes facultés mentales que je pris le contrôle de son esprit, le dirigeant comme une marionnette hors de la mêlée. Il le fallait: Thibault de Beaucaire venait d’asséner un coup mortel au Légat, et les soldats ennemis se faisaient plus pressants. Sire Rostaing entreprit dans le même temps d’implanter dans l’esprit de l’Evêque Navarre le désir de stopper cet affrontement. La réussite de cette manœuvre ne fut que partielle, mais nous permit toutefois de battre en retraite hors des lieux.
Alors que nous fuyions sous les directives de Sire Rostaing et la protection d’Eric de Bretagne, le Comte repris progressivement ses esprits, mais n’avait plus nulle trace des évènements en sa mémoire. Nous ne retrouvâmes nulle part Jervais, le maudit.

Il me faudra venir vous trouver dès mon retour, mon Précepteur, car la présente situation m’inquiète grandement. J’ai appris, tôt ce jour, que le Légat avait finalement succombé à ses blessures, et j’ai l’intuition qu’il sera très peu de temps avant que les conséquences ne s’abattent.

Constance de Toulouse, de Jerbiton

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Le Frisson
V20 :: Introduction (Récit 1.4), avril 2020

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Elle tremblait. Le froid ne l’atteignait pourtant pas, pas depuis des décennies. Elle tremblait de peur, car elle savait que la Mort Ultime arrivait. Elle n’était pas la première à connaître la fin de sa main, elle était bien placée pour le savoir, elle avait enquêté sur cet assassin. Et elle savait qu’elle n’était sans doute pas la dernière : il la tuerait, et il tuerait d’autres Vampires, jusqu’à ce que sa soif soit abreuvée. Ou pire, car Valentine ignorait même pourquoi il avait besoin du sang des Damnés. Quoiqu’il en soit, la Nosferatu connaissait la peur, elle habituée à l’offrir à ses congénères. Elle savait que le temps comptait. Le sien, évidemment. Mais aussi celui de Toulouse. La Ville allait finir saignée si personne ne poursuivait son enquête, n’alertait le Prince.

Elle leva les yeux au ciel et vit, à travers les barreaux de sa prison, la voûte céleste peinte de ténèbres et d’étoile. Et parmi elles, une lueur rougeâtre, annonciatrice de la Nuit sans Fin. Si seulement elle avait prêté attention aux signes. Si seulement elle les avait écoutés. Si seulement…

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Premier Sang
W20 :: Récit 1.3, avril 2020

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Contribution de Breloque

19 avril 2020

Cette fin de mois d’avril est douce dans le pays catalan. Les grillons indolents stridulent leur cricri dans l’albe qui s’est levé. Ce vent chaud venu d’Espagne fait bruisser la forêt de Saint-Marsal. Alors que la lumière rasante du crépuscule s’infiltre entre les troncs des hêtres et des frênes, une cabane nous fait face. Isolée, lovée dans les bois, elle a souffert des affres du temps : les poutres sont vermoulues, le toit est recouvert de lichens, certaines planches sont cassées ou manquent à l’appel. Ici vit Louis Roche, ancien propriétaire du fétiche volé que nous recherchons.

Malgré son apparence abandonnée, la cheminée crachote une timide fumée. La truffe de la Mord-Dorée flaire un fumet de viande cuite. Pas de doute, il y a bien quelqu’un dans cette masure.

A l’abri des regards, agenouillés derrière un buisson d’églantiers, nous échangeons sur la marche à suivre. Le leg de l’os fait il y a vingt ans de cela était probablement celui d’un homme inconscient de la nature précieuse et occulte de son don. Aussi, je suggère une approche sociale plutôt que musclée. Audric approuve et nous ne perdons pas plus de temps en conciliabule. Je marche d’un pas tranquille sur le sentier qui mène jusqu’au refuge délabré, pendant que la Mord-Dorée fait un détour plus discret pour s’approcher par l’arrière.

A peine le temps de faire quelques pas qu’une déflagration fait taire les grillons. Je ressens l’impact de la balle de fusil de chasse dans ma poitrine.

« Barrez-vous d’là, c’est une propriété privée ! Rebroussez chemin, vous n’avez rien à foutre ici ! » tonne une voix caverneuse et rageuse venue de la maison.

J’accuse le coup, mais ce n’est qu’une égratignure pour un garou. Je surjoue volontairement en faisant mine de chuter au sol pour gagner un peu de temps. Il va sans dire qu’un simple humain serait probablement en train de se vider de son sang à ma place. L’homme n’a même pas pris la peine de tirer à la chevrotine et il vise juste manifestement. Je prends note qu’il tire donc pour tuer, pas pour avertir… contrairement à ce qu’il beugle.

Pendant que le tireur vocifère ses menaces, Audric s’approche de moi. A ma grande surprise celui-ci me sermonne… comme quoi j’aurais pris des risques inconsidérés. J’interromps rapidement sa tirade : ce n’est ni le lieu ni le moment. Et notre alpha a la mémoire bien courte, nous venions à l’instant de décider de notre approche, et c’est bien lui, en tant que chef de notre meute qui l’avait validé. Je comprends sa fébrilité, mais un chef doit assumer ses décisions et des risques sont nécessairement pris. S’il se met dans ces états à chaque fois que je me fais une écorchure, cela va être compliqué pour la suite… Aussi, je préfère mettre tout de suite les choses au clair.

Mais quand j’évoque ouvertement qu’il doit surmonter le traumatisme de la disparition de sa précédente meute et me faire confiance, je vois dans ses yeux rouges qui brûlent d’une rage incandescente que je suis allé trop loin. Ce n’est ni le lieu ni le moment, me dis-je à moi-même. Je ne peux réprimer un soupir de soulagement quand je le vois ravaler sa rage. Il reprend ses esprits et abandonne la conversation pour se faufiler jusqu’à la chaumière. Maintenant que j’ai le temps d’écrire mes pensées dans ce journal, je me dis qu’il nous reste encore du chemin à faire pour que nous formions une meute soudée et efficace. La meute du Harfang n’a que quelques mois d’existence, et je suis encore plus inexpérimenté que mes deux compagnons quant au savoir-vivre en meute. Il va nous falloir construire petit à petit les liens, les réflexes et la confiance. J’aurais dû faire preuve de plus d’empathie à l’égard d’Audric à ce moment-là.

Pendant ce temps-là, la Mord-Dorée est parvenue à l’arrière de la bicoque et jette un coup d’œil entre les planches branlantes pour apercevoir un lieu faiblement éclairé et un mouvement à l’autre bout de la pièce. Ayant entendu le coup de feu, elle abandonne sa forme de louve pour adopter celle de loup-garou, cette image d’Épinal qui terrorise l’humanité depuis l’aube des temps. La bête pure dans sa forme la plus sauvage. Elle frappe à la porte de derrière pour attirer l’attention du tireur.

J’en profite pour passer à mon tour en forme Crinos, sortir de mon couvert et progresser parmi les fougères en direction de la maison. Audric est déjà arrivé devant la porte et je l’entends interpeller l’auteur du coup-de-feu d’une voix autoritaire, lui intimant de poser son arme. Il engage la conversation avec lui, échangeant des menaces.

La Mord-Dorée fait appel à ce don qu’enseignent parfois les esprits-raton-laveurs, lui permettant de déverrouiller discrètement la serrure de la porte de derrière. Elle ouvre la porte sans un bruit. Le lieu est insalubre, jonché de déchets, les meubles couverts de poussière. L’endroit est chauffé par un poêle à bois sur lequel est posé une casserole cabossée. La seule source de lumière est une lampe-tempête à huile posée sur la table. Un homme voûté aux cheveux hirsutes, gras et clairsemés se tient de dos, une chemise à carreaux sale débraillée dépassant de sa salopette. Il est en grande conversation avec Audric.

Ce dernier se présente comme un employé d’un antiquaire à la recherche d’informations sur une pièce rare dont il a été en possession naguère. Non sans doigté, le jeune Croc-d’Argent finit par amadouer Louis Roche qui lui ouvre sa porte. Audric fait un signe discret à la Mord-Dorée qui recule et ressort de la pièce sans que le marginal ne la repère.

Nous laissons pour l’instant Audric seul avec Louis Roche poursuivre son entretien, prêts à intervenir si nécessaire. Le reclus misanthrope offre un verre d’alcool à Audric. Il semble intéressé par l’argent que le brocanteur pourrait lui donner. Nous apprenons ainsi que c’est son oncle Antoine Roche qui a construit la maison. À sa mort, Louis a fait du tri dans ses affaires. Parmi divers bibelots sans valeur, il a mis la main sur cet os que son oncle nommait “l’os de la chance”, qu’il a ensuite donné aux gens de la ville. Son oncle racontait qu’il l’avait déniché parmi les cendres d’une maison voisine qui avait brûlé jadis dans un village montagnard de la région. Louis pense que l’objet est maudit, qu’il aurait “bien plu aux cagots” et a préféré s’en débarrasser à l’université de Perpignan.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas entendu de références aux cagots. Cette communauté de proscrits frappés de tabou vivait autrefois en marge des hameaux, bien souvent dans d’anciennes léproseries dans les régions du Pays basque et du Piémont pyrénéen. Artisans du bois, charpentiers et bucherons, cette population a subi une forte discrimination jusqu’au début du 19ème siècle.

Sur le perron, je reprends forme humaine et remarque un peu plus loin en contrebas deux silhouettes qui approchent. Je fais mon entrée dans la maison de Louis Roche et après des présentations rapides, j’informe tout le monde de l’arrivée d’impromptus visiteurs. Mon sixième sens m’incite à la plus grande prudence et je demande à l’ermite s’il n’aurait pas un fusil à me prêter. Il décroche du râtelier un vieux fusil de chasse rouillé qu’il me confie.

Nous échangeons un regard inquiet avec Audric. Il annonce à Louis Roche retourner dehors chercher Yseult qui tarde à nous rejoindre.

Notre instinct a vu juste. Des êtres dégénérés nous assaillent : yeux globuleux, visages grêlés et disproportionnés, corps voûtés par une corpulence anormalement massive. L’un d’eux en particulier est une montagne de muscles au torse nu. Ils sont armés de couteaux et fusils, ils approchent furtivement de la cabane, toutes armes dehors.

La Mord-Dorée ne laisse pas l’initiative à cet ennemi inconnu et charge en brandissant sa hache ancestrale aux gravures élégantes d’entrelacs celtiques. Son impressionnant adversaire bronche à peine quand la hache entaille ses chaires. L’ennemi est puissant pour survivre ainsi à la charge de la Fianna. Elle se retrouve rapidement aux prises avec un adversaire supplémentaire, pourvu de longues griffes noires.

Je compte au minimum cinq ennemis. S’ils sont tous aussi coriaces, je ne suis même pas sûr que nous ayons l’avantage…

Louis Roche et moi tirons avec nos fusils depuis les fenêtres cassées de la maison. Je fais mouche à plusieurs reprises, et réussit à blesser sérieusement un ennemi. En représailles, un tir adverse fait voler du bois au-dessus de nos têtes.

Audric est agressé par une des créatures sitôt qu’il est sorti de la maison. Il prend sa forme naturelle de Crinos en un clin d’œil. Dans la fureur du combat, il abandonne son épée au sol en succombant à une rage puissante qui couvait depuis trop longtemps en son âme. Une pluie de coups frénétiques pleut sur son adversaire, qui tente de fuir en vain.

Je vois du coin de l’œil la Mord-Dorée aux prises avec ses puissants adversaires. Elle distribue ses coups de hache dans une mortelle chorégraphie et esquive la plupart des attaques adversaires. La joute est pareille à une danse et je ne peux m’empêcher de ressentir une grande fierté gonfler mon cœur à voir ainsi la jeune louve se battre avec fougue. Elle finit par prendre le dessus sur le colosse qui tombe lourdement au sol, terrassé. Une dernière passe d’arme se termine dans un ample mouvement qui décapite l’ennemi aux griffes noires.

Je n’ai pas le temps de me réjouir de ce spectacle. Un nouvel assaillant pénètre dans la pièce. Je m’interpose pour protéger Louis Roche. En écrivant ces mots sur mon journal, je mesure toute l’ironie de la scène : me voilà à défendre celui qui m’a tiré dans le buffet il y a seulement quelques minutes…

L’être dégénéré me saute dessus, et j’ai tout juste le temps de me transformer en Crinos, laissant libre court à la rage qui est en moi. J’utilise la tension accumulée par mes échanges précédents avec Audric pour que mes muscles se multiplient, que mon épais pelage pousse et que mes os craquent pour s’allonger. Je hurle toute mon ire face à cet importun qui ose s’en prendre à un Enfant-de-Gaïa. Je ne suis peut-être pas un combattant, mais il ne faut pas sous-estimer même le plus calme des garous. Louis Roche est pris de délire face à cette scène impossible à interpréter pour son cerveau et il se roule en boule derrière moi.

Je laboure de mes griffes l’assaillant. Mais c’est un coup de feu venu de derrière lui qui l’achève. Un allié inattendu ? La femme qui a tirée est elle aussi pourvue des mêmes yeux globuleux que nos adversaires. Méfiance. Je reprends rapidement forme humaine et récupère le fusil rouillé tombé par terre. Elle lève une main en signe d’apaisement.

Audric reprend ses esprits. Il voit un homme en imperméable à quelques arpents de là, en train d’achever ma précédente cible.

Mais qui sont donc ces belliqueux visiteurs ? Étaient-ils à nos trousses ou venaient-ils pour Louis Roche ? Et qui sont ces deux alliés inattendus ?

Note de bas de page

La Mord-Dorée s’est fendu de quelques vers ce jour-là. Je les note pour mémoire :

Les cricri longs
des grillons
de St marsal
percent le ciel
d’un rituel
provençal

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au Ver mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Tribu morte.

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