Campaign of the Month: December 2021

Le Sang versé d'Occitanie

Délivrances
Vda :: Récit 1.9, Eté 1226

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Contribution de Breloque
⇝ Introduction : Le Pouvoir b_pouvoir.png

18 Septembre de l’an de grâce 1226

Dans les oubliettes du château de Carcassonne, la coterie a enfin trouvé ce qui l’avait attiré là.

C’est ici que la reine Esclarmonde la Noire a trouvé refuge. Les vampires discutent de l’avenir de l’Occitanie à cette croisée des chemins.

Doivent-ils soutenir la reine, en l’aidant à s’enfuir et en offrant leur concours dans sa lutte contre la matriarche Toréador, la dénommée Salianna ?

Doivent-ils bien au contraire la livrer à cette ennemie puissante en situation de force ? En effet, il ne fait jamais bon s’opposer aux plans ourdis par le clan Ventrue, qui sont le véritable pouvoir derrière le trône du Roy, le Prince de Paris ou même la cour d’amour de la capitale.

Finalement, il reste une dernière option que les vampires envisagent : laisser Esclarmonde à son triste sort, et retourner vaquer aux tâches qui les attendent dans leur fief de Béziers. Après tout, c’est la ruse qui les amenés ici, et en aucun cas une quelconque loyauté. la Toréador a fait usage d’une de ses puissantes Disciplines pour forcer les damnés à accourir jusqu’à elle, comme des insectes nocturnes attirés par la flamme d’une chandelle.

Quand Adhémar propose à Esclarmonde de se cacher quelques décennies le temps de reconstituer des forces et de laisser passer la guerre, cette dernière lui rétorque que son heure est venue maintenant. Elle tiendra tête à Paris. Et les stigmates de l’inquisition d’il y a quinze ans n’ont pas suffi à éteindre ses ambitions.
En s’installant à Carcassonne, elle a respecté sa parole à Salianna. Mais en portant la guerre jusqu’à Toulouse, cette dernière a brisé la sienne. Elle dit avoir encore des alliés en cette cité, que son réseau a peut-être été ébranlé par Gehanne et Salianna, mais qu’il est encore vaste. Et elle suggère à mots couverts détenir encore des pouvoirs inconnus de ses ennemis. Bref, disparaître dans les ombres l’affaiblirait, et le Languedoc serait définitivement bafoué si elle l’abandonnait.

Elle veut incarner une région libre d’aimer, capable de penser et d’évoluer. Selon elle, c’est cette idée qu’elle incarne toujours aujourd’hui qui a provoqué le martyr de l’Occitanie quinze ans auparavant. Elle dit vouloir diriger avec les mortels et non régner sur eux, comme le font les Ventrue. Son souhait est que la coterie la rallie sans qu’elle n’ait à user de ses pouvoirs de persuasion surnaturels.

Le Brujah, l’Assamite et le Malkavian s’accordent quelques instants de conciliabule avant de remettre leur réponse à Esclarmonde.

Sebastian émet des réserves quant à son plan : il ne voit pas comment il serait possible de stopper l’avancée de l’armée du Roi Louis, avec ou sans l’influence des Ventrue.

Sophia, pour sa part, entend bien le discours sur la défense des arts et des lumières, mais elle n’a cure de l’Occitanie et de son sort.

Adhémar évoque la possibilité de minimiser leur engagement au regard de la société vampirique tout en mobilisant des ressources de leur fief pour lui offrir une assistance concrète.

Tous les trois s’accordent à penser que malgré ses beaux discours, Esclarmonde est un être qui se nourrit avant tout de ses ambitions. Aussi les vampires décident de protéger leurs intérêts en premier chef, tout en évitant de se mettre à dos la Toréador.

Ils acceptent donc de l’escorter jusqu’à Toulouse, mais éviteront d’entrer dans la ville. Ils proposent de rester une carte dans sa manche.

Les vampires quittent les oubliettes par un passage secret qui leur permet de quitter le château en catimini.
La coterie et son escorte accueille donc deux nouveaux voyageurs : Esclarmonde et sa fidèle goule Martha. Après avoir de nouveau soudoyé les gardes en faction à la porte de la Cité, ils quittent Carcassonne pour prendre la direction de la cité Toulouse, où Esclarmonde compte bien réclamer son trône.

La calèche et les cavaliers progressent sur la voie romaine.

Les discussions vont bon train pour tenter d’apporter une aide efficace à la reine du Sud. Elle confie que son principal représentant à Toulouse n’est autre que Lissandre de Béreau, le chambellan de la cité.

Un peu à l’écart du chemin, les vampires font escale et passent une journée à se reposer dans le carrosse, protégés de la lumière par les lourds rideaux de velours et les volets bien épais. Leur escorte, dirigée par Estelle, veille à leur sécurité.

Mais quand le nuit revient enfin, qu’elle n’est pas leur stupeur ! Ils découvrent que la calèche n’est plus du tout au même endroit que la veille. Une épaisse forêt les entoure désormais et la pluie tombe dru. Les chevaux d’attelage sont toujours là, mais aucune trace de leur escorte. Après une rapide enquête, le coffre de la calèche révèle que des vêtements d’Esclarmonde ont disparu. Les vampires imaginent que leur escorte a organisé une mascarade de fuite de la Toréador pour attirer des poursuivants. Tout cela est bien inquiétant.

Mais les vampires n’ont pas le temps d’élaborer des théories car Adhémar perçois des bruits lointains : des cris de douleur.

S’approchant avec précaution, les vampires découvrent un tableau saisissant. Une femme inconnue hurle son agonie, enchainée au pied d’un arbre… Vêtue de guenilles souillé par la crasse et le sang, elle est en train d’accoucher dans la boue. Au-dessus d’elle, un homme pendu est picoré par les corbeaux. Deux sacoches de cuir se trouvent à ses côtés, débordant de viande séchée.

Sebastian assiste la malheureuse grâce à ses talents de médecin. Sophia lui donne un morceau de tissu qu’elle mord avec rage à chaque nouvelle contraction. Puis agile comme un chat, elle grimpe à l’arbre pour décrocher le cadavre. L’homme est mort depuis plusieurs jours.

Adhémar murmure des choses incompréhensibles, comme s’il s’adressait à des interlocuteurs invisibles. Il touche la sacoche et use de son pouvoir de psychométrie.

Cette dernière appartenait à un certain Kadhain, le prévôt de Castelnaudary, un homme habité par un sentiment de justice. Puis il touche ensuite les vêtements de la pauvre femme en plein travail. C’est une demoiselle de petite vertu, une ribaude du nom d’Isnara, récemment accusée d’être une sorcière.

Adhémar laisse ensuite aller ses doigts sur les vêtements du cadavre. Ils appartenait à Brénon, un bon homme, qui a vécu une vie de cathare honnête, qui travaillait dur dans les champs. Un jour, il est tombé fou amoureux d’Isnara. La catin tomba enceinte. Puis elle fut un beau jour accusée de sorcellerie. Et du fait qu’il soit albigeois, les villageois ont étendu leur ire jusqu’à lui. Ils ont été pourchassés et condamnés lors d’une ordalie. Finalement, l’homme a été tué ici et la femme abandonnée à son destin.

Un cri résonne dans la nuit, interrompant les visions du Malkavian.

L’enfant est né. C’est un petit garçon qui se tient dans les bras de Sebastian, emmailloté dans le manteau d’Adhémar. La femme ne survivra pas à cet accouchement. Le médecin prie en latin à ses côtés et lui administre l’extrême onction.

Esclarmonde glisse à Sebastian qu’elle voit en cette naissance comme un signe d’espoir, et qu’il faudrait trouvé un nom au nouveau venu.

Sebastian baptise le bébé sous l’eau qui tombe du ciel, et lui donne le prénom occitan de Silvan.

Au dernier mot de sa prière, les vampires remarquent qu’ils ne sont pas les seuls monstres dans l’obscurité.

Des yeux lupins s’avancent vers eux.

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Le Pouvoir
Vda :: Introduction (Récit 1.9), septembre 1226

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Toulouse, septembre 1226.

Dans les alcoves de la politique de Toulouse, les ombres ne révélaient que rarement leur vrai visage. Il avançait, les yeux jaunes reflétant la lumière des torches, en dévisageant chaque visage, chaque attitude. Il avait vu naître la démocratie, il avait participé aux débats de Forum, il avait connu, subi, toutes sortes de pouvoir, et malgré les siècles, il n’arrivait pas à y trouver le moindre goût. Comment faisaient les Ventrues pour faire de cette guerre permanente l’intérêt de leur éternité ?

En franchissant l’arche de l’Assemblée des Anciens, Thémistocle se redressa. Lui, Brujah des temps anciens, ne devait pas montrer son dégoût pour cette instance qui requiérait sa présence. Il s’approcha du maître des lieux, qui pourtant n’était pas Prince, et c’était là tout l’enjeu des luttes de pouvoir larvées qui faisaient trembler Toulouse, le chambellan Lissandre de Béraud. Un Toréador, et allié inaltérable d’ Esclarmonde la Noire en même temps que son représentant officiel. A ses côtés, le malsain Stefano di Roma, un Malkavien venu porté la parole de l’Eglise dans les ombres. Très affaibli depuis la fin de la croisade et la disparition d’Eon de l’Etoile, Stefano di Roma restait un homme dangereux et influent.

Plus loin, le sage Thémistocle remarqua la présence d’ Urraca Sanxes de Lérida, un jeune Lasombra oeuvrant comme Prévôt de Toulouse, qui avait profité de la croisade pour passer les Hérétiques Caïnites par le feu quinze ans plus tôt. Le Damné, nerveux et impulsif, était l’ennemi de Thémistocle, et les deux immortels le savaient. Lorsque le grec grisonnant entra dans le champ de vision du Lasombra, celui-ci plissa les yeux, à la recherche d’une trace d’hérésie dans l’aura de Thémistocle. Celui-ci, visage fermé, le salua de la tête, conscient de sa propre probité mais aussi conscient qu’un affrontement mortel sera un jour inéluctable. Aux côtés du Lasombra, Arnaud Fils de Willa. Ultime descendant d’une lignée éteinte de Damnés wisigoths, ce Ventrue portait sur son visage les marques de la sauvagerie et dans son esprit, les marques de la sournoiserie. Intriguant de renom, Arnaud avait servi longtemps de messagers aux anciens, et avait discrètement tissé un réseau d’espions partout où il allait. Aujourd’hui, Arnaud Fils de Willa était l’un des prétendants les plus avancés pour devenir le prochain dirigeant de la ville. Le plus avancé, et le plus dangereux également. Avec lui, la Ville se gorgerait de sang en quelques nuits.

Enfin, plus discret, plus diplomate, plus doux, se tenait à l’écart Salim Al-Ahzan, un érudit Assamite passionné des troubadours et d’art chrétien, à la tête d’une légion de goules plus cultivées les unes que les autres. C’était lui que Thémistocle venait voir, pour le convaincre de se rallier à lui dans la défense des cathares face à l’armée du roi. Toulouse tremblait, une tempête arrivait, et la fragile paix de cette assemblée allait voler en éclats. Le temps était venu de choisir ses alliés.

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La Poursuite
Ars Magica :: Récit 3.4, Printemps 1213

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Contribution de Yakurou
⇝ Introduction : Le Mage b_mage.png

Bien décidés à en apprendre plus sur ce qu’il s’est passé, les deux Mages essayent de trouver un passage vers les souterrains de l’Alliance maintenant en ruines. Peut-être ces cavités ont-elles pu échapper à la chute des rochers, et donc à la destruction?

C’est avec ce bien mince espoir que Gaubert, après son incantation, pose ses mains au sol afin d’y déplacer les gravats, permettant à quelques rayons de lumière de pénétrer dans le long couloir sombre, et laissant sortir un léger râle. Il n’en faut pas plus à Astrid pour se précipiter à l’intérieur en sa compagnie, pour y trouver Roc, un des compagnons de l’alliance, à moitié enseveli sous un éboulis. Après l’avoir sorti de là et l’avoir soigné, les Mages le questionnent.

Il semble que l’Alliance ait été attaquée par des créatures magiques géantes, mené par des Mages venus "détruire le Cercle Rouge”, et qu’ils cherchaient un livre.

Il ne faut que peu de temps au groupe pour en déduire que c’est après le manuscrit du Signe Rouge que les Mages en ont. Et cette conclusion les emmène vers une autre révélation, qui surprend bien moins Astrid qu’elle ne le laisse paraître…

Grimgroth fait partie du Cercle Rouge.
Et d’après Roc, le maître de l’Alliance est parti trois jours avant l’attaque, pour rejoindre les grotte de Betharam. Nul doute que le livre est en sa possession.

Fort de ces découvertes, les deux Mages, accompagnés de Roc, continuent de fouiller les souterrains. Peut-être qu’un autre rescapé s’y trouve?
Leur pas les mènent jusqu’au sanctuaire de Félix, qui semble ne pas avoir été fouillé, mais d’où l’ancien propriétaire à semble-t-il fui, emportant ses recherches et tout son Vis.

Une fois l’air extérieur retrouvé, et sous la douce lumière du soleil, une décision est prise.
Il faut retrouver Grimgroth, qui a trahi l’Alliance. Roc en profite pour nous parler de Christole, qui est retenue prisonnier à Fanjeaux, et qu’il faut aller libérer.

Malheureusement pour Christole, Le manuscrit et la trahison de Grimgroth sont plus importants aux yeux d’Astrid et de Gaubert, et c’est donc à leur poursuite qu’ils se mettent en route, en compagnie de Roc.

Ils se dirigent d’abord vers Château Renault, afin d’y demander asile pour la nuit, et de prévenir le compte Guilhem de l’attaque de l’Alliance.

Alors que le groupe est invité à la table du seigneur, le fils de celui-ci observe Astrid et Gaubert de façon très insistante. Si insistante que la jeune mage croit voir un œil amphibien dans le regard du petit Guillaume. Elle prévient Gaubert, qui échange avec le jeune homme, peu convaincu par les dires d’Astrid.

Guillaume parle alors de son recueil, dans lequel il tient compte de toutes ses rencontres.
Gaubert demande à pouvoir le lire, curieux de ce que le jeune homme pense de lui, et s’il a su déceler leur véritable nature. Le jeune homme accepte, en échange de la certitude qu’il lui sera rendu, et que Gaubert lui racontera l’histoire qu’il aura vécu, ou qu’il lui donnera accès à d’autres livres. Flatté dans son orgueil, Le Mage du Flambeau ne peut qu’accepter, et repart donc avec les notes de Guillaume.

Après être partis de Château-renault, et grâce aux aptitudes de pisteur de Roc, le groupe parvient rapidement à retrouver la trace de Grimgroth, et connaît sa destination, même à le dépasser, afin de lui tendre une embuscade.

Un fil est tendu, invisible, à hauteur de cavalier afin de désarçonner Grimgroth, qui chevauche en tête. L’idée est de le mettre hors d’état de nuire le plus rapidement possible, avant qu’il n’ait eu le temps de lancer des sorts.

Le succès est, semble-t-il, au rendez-vous. Et quand Grimgroth rentre en contact avec le fil, Roc tire une flèche directement dans le haut du dos du mage.
Gaubert sort de sa cachette, tentant de rendre l’esprit de tous les assaillant confus, afin de limiter leur réactions, alors qu’Astrid prend le contrôle du cheval de l’ancien chef d’alliance.

Alors que les deux mercenaires accompagnant Grimgroth hésitaient visiblement quant à l’action à faire, Gaubert respira. Enfin, il essaya.

Il essaya, mais l’air ne vint pas. Et la panique commença à la gagner. L’heure n’était plus à la dentelle. Astrid venait de faire tomber le cheval de Grimgroth sur lui, l’un des mercenaires s’enfuit, et l’autre s’en prenait à Roc, l’archer tira à nouveau, mais manqua sa cible, touchant Astrid sans le vouloir.

Gaubert manque d’air. Pas le temps de réfléchir.
Ses mains se lèvent, vers ses trois adversaires, et un déluge de flamme en sort.
“Le meilleur moyen de contrer de la magie, c’est de tuer le mage”

Le choc est violent. Mais pas assez pour déstabiliser le mercenaire en train de s’enfuir à cheval. Pas assez pour déstabiliser le mercenaire, qui sous les yeux des mages, commence à se transformer en Grimgroth.

C’est une flèche de Roc, qui en venant se planter dans le dos de Grimgroth, vient mettre un terme à la fuite du mage.

Quelques instants plus tard, et après avoir retrouvé son souffle pour Gaubert, l’heure des questions sonne.

Pourquoi avoir abandonné l’alliance?
Parce qu’il n’était pas important.

Pourquoi pactiser avec les démons?
Il existe quatre rego. Féerique, divin, magique et infernal. Pourquoi se priver qu’un quart de ce qui existe?

Parmi cette discussion, une information troubla le mage du flambeau.
“Ton ancien maître était des notres”

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Le Mage
Ars Magica :: Introduction (Récit 3.4), 9 décembre 1190

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Pays d’Oc, 9 décembre 1190

La neige et la nuit rendaient la progression compliquée. Ce n’était pas le froid qui le gênait : pour ça, Caethban s’en était prémuni grâce à sa magie. Non, c’était l’épaisse couche de neige dans laquelle sa monture peinait qui ralentissait son avancée. Mais le Mage ne voulait pas trop attirer l’attention, bien que le col fut désert, et faire voler son cheval, ou pire, se transformer en oiseau des neiges aurait, à coup sûr, éveiller l’intérêt des veilleurs silencieux qui observaient les lieux.

Car Caethban le savait : il n’était pas seul. Emprisonnés dans la glace, leurs yeux figés à jamais, des cadavres gelés veillaient. Cette sorcellerie protégeait le col des intrus, et Caethban était l’un des pires intrus dont les occupants des grottes voulaient se protéger. Le Mage Bjonaer était un chasseur, et il avait traqué sa proie jusqu’ici, où sa meute le gardait. Mais rien n’empêcherait Caethban de faire taire à jamais celui que tous croyaient déjà morts.

Tremere.

Le Mage fou, le fondateur d’une maison folle, Tremere, que tous pensaient mort en 862, était bien en vie, Caethban en avait la preuve.

Tremere continuait de diriger une partie de sa maison, ainsi que des groupes de Mages indépendants, pour mener à bien ses dessins, et le Bjonaer le savait, nul n’était plus ambitieux que le vieux Tremere. Maintenant qu’il l’avait débusqué, au cœur des Pyrénées, Caethban n’avait d’autre choix que de le détruire, dût-il en être jugé par le Tribunal de Provence.

Devant lui, son cheval s’arrêta. Le Mage hésita, sachant reconnaître l’inquiétude soudaine dans l’attitude de sa monture. Il regarda dans les ténèbres qui l’entouraient mais ne remarqua pas les ombres qui se déplaçaient sur la neige sans s’y enfoncer, qui absorbaient toute l’obscurité pour devenir nuit, qui se délectaient, canines démesurées, du repas qui approchait.

Dans son repaire de glace, au cœur de la montagne, Tremere, le Mage perdu, n’était pas seul. Et n’était plus vraiment Mage non plus. Ni même humain.

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Esclarmonde
Vda :: Récit 1.8, Printemps 1226

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Contribution de Breloque
⇝ Introduction : La Déchirure b_d_chirure.png

17 Septembre de l’an de grâce 1226

Tous les membres de la coterie ressentent l’appel de la Reine Esclarmonde la Noire en sa cité de Carcassonne. Impossible de résister à cette pulsion. Avant le départ, Adhémar s’assure néanmoins que les damnés profiteront d’une escorte suffisamment conséquente pour éviter les embûches des chemins du sud de la France. Les carrosses sont dotés de solides fenêtres amovibles en cas de problème dans la journée.

C’est sans encombre que la petite troupe approche des impressionnants remparts de la cité. Sous son identité de Fortunat Folâme, le Malkavian facilite leur entrée en ses murs en laissant une bourse généreuse aux mercenaires de l’armée du Roy qui gardent la Porte Saint-Louis à l’entrée de la cité.

Le groupe progresse jusqu’au château de Raymond Deux de Tancravel, qui a décampé avec sa cour à l’approche de l’armée du Roy. Mais arrivés là-bas, ils ne semblent pas attendus : le capitaine Jakhan leur indique qu’il n’y a plus grand monde ici.

Les vampires rebroussent chemin jusqu’à une auberge et tentent d’en apprendre plus sur le sort d’Augustina de Sevant, le nom que porte Esclarmonde à l’oreille des communs. Rien de particulier à ce sujet.

Cependant, Emilien l’aubergiste leur apprend que de nombreux gens sont partis avec le Comte de Tancravel lors de sa fuite. La ville est bien moins peuplée qu’à l’accoutumée. La soldatesque du roi qui occupe la ville sont une troupe de mercenaires qui battent la campagne en éclaireur du gros de l’armée. Et ces mercenaires seraient à la recherche d’une femme, une hérétique, une sorcière aux cheveux noirs et au regard qu’on ne peut oublier… C’est en tout cas ce que dit la rumeur. Et les mercenaires sont dirigés par un homme singulier, un dénommé Folch, dont les yeux clairs sondent votre âme quand il vous questionne.

Manifestement Esclarmonde est celle qui est traquée.

Les damnés, accompagnés d’Esthelle, se rendent discrètement aux abords du château, en passant par les allées les plus sombres. Tellement sombre que Sebastian s’égare. Il a perdu de vue ses compagnons et se retrouve isolé. Il grimpe sur la façade de l’Eglise pour prendre de la hauteur… mais chute lourdement, éclatant tonneaux et boisseaux qui trainaient dans une charrette dans un grand fracas. Les gardes lui tombent sur le râble. Se faisant passer pour un noble ivre qui cherchait son chemin, les soldats l’escortent jusqu’au château.

Pendant ce temps, Sophia, Estelle et Adhémar font face à la porte principale du castel. Le Malkavian attise la colère entre les gardes en faction à la porte, mais leur dispute ne suffit pas à leur faire quitter leur poste.

Sophia use de ses pouvoirs d’Assamite pour prendre l’apparence du sergent d’arme qui les avait alpagué un peu plus tôt. Grâce à ce subterfuge, elle fait rentrer le petit groupe sans heurts.

Les vampires se retrouvent dans l’enceinte de la place forte. Sophia dérobe quelques vêtements de mercenaires pour ses comparses. Elle tombe nez à nez sur un homme… qu’elle reconnaît avoir vu il y a quinze ans lors du sac de Béziers. Ce garde qui l’avait reconnue malgré son pouvoir d’occultation. L’homme la reconnait aussi et sort de la pièce, suivi par son acolyte. Sebastian les intercepte alors qu’ils se hâtent, peut-être pour aller chercher du renfort. Le garde du corps, appelé « Le Petit », est envouté par le Brujah, juste en échangeant un regard avec lui. Sebastian discute avec Folch, car c’est bien de lui dont il s’agit, afin d’en apprendre plus sur ses motivations.

Les sens aigus d’Adhémar remarquent que l’homme est une goule, vraisemblablement sous l’influence d’une discipline de domination. Sebastian et Folch discutent un peu plus, et ce dernier met en garde le vampire de ne pas froisser les mauvaises personnes. A commencer par son maître.

Folch décide de passer à l’action, mais Sebastian avait tout prévu. Le garde du corps envoûté qui n’a de « Petit » que le nom, assomme Folch de ses grosses paluches sur ordre du Brujah. Les vampires ont le champ libre… mais Sebastian est désormais reconnu comme un allié d’Esclarmonde.

Les sens accrus d’Adhémar perçoivent une femme qui prie à l’étage. Dans ses prières, elle appelle chacun des membres de la coterie par leur nom. Ils la rejoignent aussitôt dans une pièce à l’étage où plusieurs femmes dorment paisiblement. Sauf elle, qui semble prête à partir en voyage. C’est une femme rousse, habillée avec un pourpoint de cuir de bonne facture.

Elle guide les vampires, accompagnés d’Estelle et du Petit, à travers le château. Sophia emprunte les traits de Folch et les gardes ne s’attardent pas sur ce petit groupe. Arrivés dans les cuisines, la femme rousse désigne une trappe étroite. Le Petit est envoyé par Sebastian à l’auberge car il ne passera par le conduit.
Glissant dans le conduit, les damnés atterrissent dans un tunnel qui mène jusqu’à une pièce sombre. Une lanterne s’allume dans un réduit étroit, révélant les ombres du visage de la plus belle femme du monde.

Esclarmonde.

Elle accueille les damnés avec un grand soulagement. Elle s’est réfugiée ici quand la situation s’est dégradée dans la cité. Elle dit avoir été trahie. Sa principale ennemie est une certaine Gehanne, une ventrue arrivée en ville qui a retourné certains de ses pions contre elle, à commencer par le vicomte de Tancravel.

Elle demande assistance à la coterie…

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La Déchirure
Vda :: Introduction (Récit 1.8), octobre 1218

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Béziers, 7 octobre 1218.

Ils étaient venus de loin, de pays où les langues étaient étranges, où les lettres ne s’écrivaient pas comme en latin, où les chants avaient des sonorités rythmées. Ils avaient abandonné leurs Cairns, leurs Septs, et ils étaient arrivés à Bézier pour répondre à une énigme. Chouette aimait les énigmes, et les Arpenteurs Silencieux aimaient Chouette. Avec leur visage basané, on les prenait souvent pour des Maures, et étrangement, à Bézier, tous les peuples étaient les bienvenus. Oh, ils souffraient évidemment du racisme et de la discrimination, ils restaient une minorité visible, mais lorsqu’ils s’installèrent en bordure de la ville et commencèrent à investir dans le commerce local, personne ne les chassa.

Parmi eux, Chante-la-Nuit était le plus grand théurge et il avait passé des semaines et des mois à purifier les environs. Ici, l’Umbra était sale, abîmée, encore marquée par les massacres et la violence des purges chrétiennes. Il avait réussi à bénir la source de Gaïa et les Arpenteurs avaient fondé un Sept, le Sept de la Vigilance, sur les ruines d’un châtelet au nord de la cité.

Chante-la-Nuit, en transe dans l’Umbra, observait la déchirure. Ils étaient venus à Bézier pour ça, guidés par Chouette, et à présent, ils cherchaient à comprendre. A comprendre pourquoi la puissance du Ver se sentait partout à Bézier plus qu’ailleurs en Occitanie. A comprendre comment un Esprit du Ver, un Jagglin, avait réussi à franchir l’Umbra pour s’incarner et marcher sur la Terre. A comprendre par quelle magie cette déchirure avait pu offrir le monde terrestre à la Pulsion de la Haine, Abhorra. Était-ce cette guerre sanglante qui avait permis cela ? Ou était-ce cela qui avait rendu la guerre sanglante ?

Chante-la-Nuit n’obtiendrait pas de réponse simple, il le savait. Mais le Sept de la Vigilance était désormais là. Les Arpenteurs veilleraient, des siècles si besoin, pour empêcher que cette déchirure ne soit à nouveau empruntée.

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La Destruction
Ars Magica :: Récit 3.3, Printemps 1213

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Contribution de Kapryss
⇝ Introduction : Le Fae b_fae.png

Le calme était revenu sur le fort, un calme temporaire mais bienvenu. Les soldats avaient soigné leurs blessures, les stratèges avaient débattu de la meilleure tactique, et l’armée de Raymond de Péreille était plutôt optimiste concernant la suite des évènements.
Les Mages Gaubert, Jeanne et Astrid étaient descendus dans les geôles accompagnés du capitaine des gardes afin d’interroger les prisonniers. Alors que Gaubert et Jeanne tentaient d’obtenir des informations grâce à la discussion, Astrid ne se donnait pas cette peine, soutirant sans douceur les réponses à ses questions directement dans l’esprit des malheureux.
Ils apprirent que Simon de Montfort comptait dans ses rangs plusieurs Mages puissants, la plus puissante étant une dénommée Tres. Il avait également sous ses ordres plusieurs démons, de ceux dont leur avaient parlé Themistocles. Plus inquiétant encore, l’un des prisonniers leur révéla que l’attaque du fort n’était qu’une diversion, pendant que le gros des Mages et Démons s’étaient rendus plus profondément dans les terres à la recherche d’un livre…

Il semblait urgent pour les mages de se rendre à la tour de l’Alliance de la Crête de Brume afin d’alerter Grimgroth et les autres Mages du danger et requérir leurs conseils, sinon leur aide. Raymond de Péreille était évidemment inquiet à l’idée de laisser partir le groupe, conscient que cela le privait un temps de leur puissance face à un ennemi qui n’en manquait point. Mais Gaubert sut se montrer persuasif et les Mages se mirent prestement en route.

Ils n’étaient pas préparés à la scène de destruction qui les attendait. Là où auparavant se dressait la grande tour, il n’y avait plus qu’un immense tas de pierres et de bois calciné qui déjà avait cessé de fumer. Partout, des corps étendus sans vie, regardaient le ciel de leurs yeux aveugles. Partout, des visages familiers, des amis, des compagnons et Mentors qui ne pourraient désormais plus rien leur enseigner… Et au milieu d’une place un peu plus dégagée, trois gibets étaient érigés au milieu des débris, comme un macabre avertissement. Au bout des cordes, les corps de Clavius, Oculo et Vulcris se balançaient mollement au gré de la brise.
Ce fut Jeanne qui les découvrit et alerta ses compagnons. Le bilan était catastrophique, les absents du carnage étaient bien trop rares. Grimgroth manquait – ainsi que le manuscrit du Signe Rouge, qu’Astrid recherchait frénétiquement dans les décombres. Jacques aussi était introuvable, ainsi que quelques compagnons, sans doute absents au moment de l’attaque. Plus étonnant, Félix manquait, or le vieil homme ne quittait jamais ses caves et ses amis rongeurs.

Affectée par la mort de son mentor Clavius, Jeanne suggéra que l’on enterre les corps, qu’on leur offre une sépulture décente. Cela prit un moment, et c’est au moment d’enterrer Vulcris qu’il lui vint l’idée de convoquer l’esprit de la vieille femme afin de l’interroger. Le sortilège était fort ardu mais la jeune Mage Criammon parvint – mue par la peine peut-être ? – à rappeler dans ce monde la conscience de la défunte.
Depuis l’outre-monde, Vulcris leur révéla l’horreur qu’avait été l’attaque, confirmant celle qu’ils avaient imaginé en constatant le massacre. Ils étaient venus nombreux, des Mages, des Damnés menés par leur leader Très, et eux n’avaient rien pu faire. Bien sûr ils avaient tenté de se défendre, mais que peuvent quelques Mages et vulgaires face à une armée de destruction ? Astrid demanda sans chaleur si Oculo avait souffert, parvenant à peine à masquer le mépris qu’elle éprouvait à l’égard de son ancien Mentor. Gaubert quant à lui interrogea au sujet de son propre Mentor, Grimgroth.

L’esprit de la vieille femme émit un soupir froid comme la mort. Si seulement Grimgroth avait été présent et ne les avait pas trahi, leur dit-elle, il aurait pu les aider à défendre l’Alliance… mais il avait fui quelques jours auparavant, emportant quelques affaires et plusieurs de ses ouvrages magiques.
Face aux questions des trois Mages, elle narra son histoire, son supplice : Vulcris était en réalité le familier de Grimgroth, un oiseau à qui il avait fait subir des expériences magiques. La dernière en date avait été une métamorphose sous forme humaine, métamorphose en partie ratée qui l’avait emprisonnée dans le corps douloureux d’une vieille femme. Malgré la souffrance constante, son état de familier avait fait qu’elle était restée liée et fidèle à Grimgroth, bien que désapprouvant la plupart de ses projets.
Elle raconta aussi comment, quelques semaines auparavant, Grimgroth avait reçu en secret un Mage Damné dans ses quartiers de la Tour. Un dénommé Jervais qu’il semblait craindre et considérer comme son Maître et qui venait l’avertir. Elle l’avait surpris, mais n’avait rien dit…

Forts de toutes ces informations, les Mages avaient désormais des pistes pour rechercher leur ancien Maître d’Alliance. Jeanne libéra l’esprit de Vulcris et prit le temps d’installer sur les corps enterrés une protection magique qui retarderait leur décomposition. Elle se dit en effet que si l’on parvenait à traduire les fautifs de ce massacre dans un tribunal magique, le témoignage des esprits des défunts serait d’une grande valeur.

Les trois Mages fouillèrent une dernière fois les décombres, mais hormis un peu de Vis préservé çà et là sans doute issu des laboratoires des Mages, il ne restait guère de choses exploitables. La fouille leur permit cependant de dégager l’entrée d’un tunnel qui semblait avoir assez bien résisté à l’effondrement de la Tour. Peut-être était-ce par là qu’avaient fui Félix et les quelques survivants ?
Astrid ne semblait obnubilée que par le fait de retrouver Grimgroth. Nerveuse, à peine attentive aux plans et discussions des deux autres, elle chercha à pister un animal afin de lire dans sa tête la direction qu’avait pris le Maître de l’Alliance à son départ. Elle essuya à un échec en tentant sa chance sur un lapin curieux, et alors qu’elle s’acharnait, déferlant sa puissance de Mentem sur le pauvre animal prostré, elle ne remarqua pas que ses barrières mentales s’écroulaient. Gaubert toucha son esprit et frémit : il voyait à présent avec les yeux d’Astrid, sa colère contre Grimgroth qui avait volé SON livre, son mépris et sa cruauté envers Oculo qui avait bien mérité son triste sort. Il ressentit la présence de l’infernal et des ténèbres dans l’aura de son amie, et cela l’effraya.

Il alla en informer Jeanne et à deux, ils confrontèrent Astrid. A dire vrai, Jeanne avait depuis longtemps perçu le changement, sans pour autant savoir de quoi il s’agissait. Mais retrouvant un calme et une contenance apparents, Astrid esquiva habilement les questions, redirigeant l’énergie du Mage de feu vers les fouilles et le tunnel, leur seule piste.
Jeanne ne les suivit pas. Quelque chose – était-ce l’Enigme ? – lui dictait de retourner au fort de Montségur afin d’en protéger les murs et les hommes, et de rester là aussi longtemps qu’il le faudrait, aussi longtemps que la menace serait présente. Gaubert la regarda s’éloigner d’un pas décidé non sans un pincement au cœur, avant de suivre Astrid sous les ruines de ce qui fut leur Alliance.

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Le Fae
Ars Magica :: Introduction (Récit 3.3), 12 mars 2020

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Pyrénées Orientales, 12 mars 2020

L’air était clair ce matin, encore chargé des odeurs de la nuit, de la rosée. Il s’assit contre le tronc d’un vieil arbre qu’il avait vu arbrisseau, et commença à sortir son casse-croute. Un pain noir à l’ancienne, avec quelques noix dans la mie pour lui donner une saveur unique, une saveur qu’il avait découverte lors de ses premiers jours dans le monde des hommes. Elle lui rappela sa rencontre avec Astrid, la douce Astrid, avant qu’elle ne sombre dans les ténèbres. Et avec Gaubert le Conteur. Raconteur d’histoires plus inventées les unes que les autres, et c’est lui qui avait donné à Jacques le goût des contes. Et Jeanne, la discrète et savoureuse Jeanne qui l’avait épaulé lorsqu’Astrid avait eu sa mauvaise passe.

Ces jours lui semblaient lointains, mais il n’avait jamais oublié, et d’ailleurs, il ne quittait jamais les bois où il avait découvert la vie des hommes en leur compagnie. Il avait parcouru des milliers de kilomètres, vu des miracles aux quatre coins du monde et contemplées les plus belles créations des hommes et des femmes, mais toujours il revenait vers les ruines, depuis un millénaire englouties, de la tour de la Crête. Noyés sous la végétation, ces vieilles pierres contenaient encore quelque magie, quelques traces de la magie de ces trois mages, de ses trois parents.

Il referma son sac, le repas matinal avalé, et se releva. Un long chemin lui restait encore à parcourir, celui de sa vie, toujours sur les routes, sans jamais s’arrêter, sauf pour embrasser sa louve grise, Catherine. Cette Catherine qui, jeune, lui avait rappelé Astrid par ses longs cheveux noirs. Allez. Assez rêvassé. Jacques se remit en route. En sifflant.

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La Tempête
Ars Magica :: Récit 3.2, Printemps 1213

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Contribution de Kapryss
⇝ Introduction : Le Prisonnier b_prisonnier.png

Journal d’ Astrid
Printemps de l’An de Grâce 1213,
Bastion de Montségur

Un étrange calme perdure depuis quelques jours – deux, peut-être trois, j’ai perdu le compte.
Les chevaliers de Mercure de Sallaste sont fébriles, ils attendent l’inévitable tempête. Ils sont prêts à tenir leur serment et défendre le fort de Montségur, et pourtant ils sont inquiets… malgré les efforts de Constance de Toulouse qui tente patiemment de leur remonter le moral à l’aide de sa musique, et malgré la présence de son escorte de guerriers bien entraînés pour renforcer la défense, l’idée d’affronter l’armée de Simon de Montfort effraie les hommes du Seigneur de Péreille. Il faut dire que les rumeurs vont bon train dans le fort : une fois on raconte que l’ennemi possède une escorte de plusieurs démons, une autre fois on entend dire que lui même en est un. Superstitions de vulgaires, j’imagine. Oh oui, il est des démons en ce monde… mais ils n’y entendent rien.

Seul Mercure semble confiant : il martèle à qui veut l’entendre que le bastion est imprenable, tant il est inaccessible. Les sentiers escarpés qui y mènent, actuellement parcourus par les files de villageois convaincus par Gaubert de venir se réfugier entre les murs protecteurs, sont bien trop étroits, trop sinueux pour laisser passer une armée, répète-t-il.

Les éclaireurs cathares sont de retour, porteurs des nouvelles de l’avancée de l’avant-garde ennemie. Raymond de Péreille nous a fait mander dans la tour et je m’apprête à m’y rendre, dès que Gaubert sera prêt. Jeanne a poliment décliné l’invitation : se refusant fermement à la violence, elle ne compte prendre part à la guerre qu’en restant au bastion auprès du médecin pour soigner les blessés. Douce amie… un jour, tu apprendras toi aussi que la violence et la noirceur sont des outils à ne pas négliger.


Le Seigneur de Péreille avait convoqué plusieurs notables dans la tour. Étaient présents Mercure de Sallaste, Constance de Toulouse, ainsi que Themistocles, un homme aux longs cheveux gris, barbu, qui se présenta comme officier stratège de la Mage Jerbiton.
Nous apprîmes ce que les éclaireurs avaient rapporté, et l’information fut des plus inattendues : l’avant-garde de Simon de Montfort était proche, une journée de marche tout au plus, et était composée de trois-cent hommes et femmes en piteux état, dépenaillés, affamés, épuisés et fort mal armés. Mercure se demanda tout haut ce qui pouvait bien tenir ces gens debout, et ce fut Themistocles qui répondit avant que je ne puisse le faire, confirmant mes pensées.

« La peur. C’est la peur qui pousse ces malheureux en avant, celle de Simon de Montfort et de ses démons. »

Lorsqu’il mentionna les démons, je fus surprise. Comment un officier stratège, un homme visiblement plein de sagesse, pouvait-il accorder du crédit aux rumeurs ?
Je n’eus que le temps de suggérer que nous effrayions encore davantage les ennemis afin qu’ils s’en retournent d’où ils venaient, avant que Mercure ne me coupe la parole afin d’exposer sa stratégie : retarder au maximum l’installation des troupes ennemies, attaquer par surprise afin de les désorganiser. Gaubert argua dans son sens, proposant de couper l’accès au village de Péreille – à sa façon – pour que l’ennemi ne puisse s’y établir. J’ajoutai également que si l’avant-garde venait à pénétrer la grande forêt, elle s’en verrait fortement ralentie. Raymond de Péreille me demanda s’il serait judicieux d’y cacher les troupes alliées, mais je l’en dissuadais.

« J’ai créé là-bas un piège mortel pour tout être humain. »

Themistocles parut intéressé par cette affirmation, pour une raison que j’ignore. Il me fixa du regard quelques instants, je soutins ce regard sans ciller. Le Seigneur de Péreille sortit alors, accompagné de Mercure et de Constance, nous laissant seuls Gaubert et moi avec Themistocles.

Celui-ci prit alors la parole et nous expliqua connaître notre véritable nature. Il avait été formé en partie par la Mage Jerbiton, mais ne possédait lui-même le Don. Il se décrivit davantage comme un Philosophe. En revanche, le monde magique ne lui était pas inconnu et il nous fit part de son savoir sur les démons.

« Ces créatures de la nuit, que les hommes nomment démons, se nomment en vérité Damnés. Ils sont d’une grande puissance, et pourraient sans peine atteindre le cœur du bastion sans que nul ne le sache, pas même les mages. Je sais de source sûre que Simon de Montfort est accompagné de tels Damnés. Il est une âme torturée, dangereuse, capable des pires ravages et monstruosités. Je l’ai vu… à Toulouse. »

A trois, nous peaufinâmes notre stratégie. Gaubert suggéra d’aller dès le lendemain à l’aube préparer de quoi allumer des feux sur la route des ennemis, afin de semer la panique dans leurs rangs. Themistocles approuva cette idée, proposant également de saper le campement ennemi de l’intérieur, si finalement il s’avérait qu’ils parviennent à s’installer. Il se déclara partisan d’une attaque à la nuit tombée, car cela donnait l’avantage aux défenseurs, qui connaissaient mieux le terrain.
Au terme de cette discussion fructueuse, nous sommes redescendus de la tour, la nuit était déjà bien entamée. Themistocles est sorti, il a dit vouloir repérer les environs du fort, de nuit. Une idée bien étrange, mais soit… Gaubert et moi avons décidé d’aller trouver du repos, puisque tout se jouera demain. Nous venons seulement de rejoindre notre logement. Je tombe de fatigue, mais je me devais de terminer ces lignes.


Dès l’aube, nous nous sommes mis en route avec Gaubert – sans Themistocles, qui était introuvable – afin de préparer les obstacles. Le village en bas était désert et Gaubert s’en trouva satisfait : il était donc parvenu à convaincre suffisamment les villageois de se mettre à l’abri du danger. Et cela nous facilitait d’autant la tâche, puisque nous pûmes créer magiquement plusieurs pièges à déclencher à l’arrivée de l’ennemi à distance respectable du village. Avec brio, Gaubert rendit le sol de la route collant comme un marécage, tandis que je formais plusieurs grands bûchers de bois mort autour de la route, prêts à s’enflammer à l’étincelle qu’il provoquerait. Ahriman se matérialisa et me regarda faire, ses petits yeux de ténèbres semblant approuver mes actes, avant de s’éclipser à nouveau.

Nous sommes de retour, et au grand bonheur de mon compagnon, le repas est bientôt servi. Toujours aucune trace de Themistocles…



La suite du récit manque au journal d’Astrid : en milieu d’après-midi, elle était allée prendre du repos en prévision des évènements suivants. Les vigies sonnèrent l’alerte, repérant les premiers mouvements de l’avant-garde à l’horizon. Gaubert se mit immédiatement en chemin, seul, pour se rendre auprès des pièges et les activer. Les effets furent immédiats : plusieurs chariots se retrouvèrent embourbés, et les bûchers générèrent la panique parmi les hommes de Simon de Montfort. Malheureusement, le Mage du Flambeau fut repéré et dut battre en retraite dans le sous-bois qui précédait la grande forêt. Encerclé, il tenta un coup de bluff, hurlant aux ennemis que le reste des troupes se cachait dans la forêt. Sa tentative se solda d’un succès : quelques soldats se rendirent dans la forêt, armes brandies, tandis que les autres arrêtaient Gaubert.

Et puis, tout alla très vite. Un hurlement de loup à glacer le sang retentit, immense, comme une déclaration de guerre. Dans toute la vallée, dans les murs de Montségur, ce hurlement résonna, si fort et si annonciateur de danger qu’il réveilla un instant celui qui dormait profondément dans le fort, Themistocles.
Les rares survivants qui ressortirent de la forêt étaient ensanglantés et hagards, ce qui provoqua une débandade pire encore que les pièges magiques. La panique générale permit à Gaubert de prendre la fuite, ignorant ses blessures, il courut jusqu’à regagner le fort.

Évidemment, nul dans le bastion ne sut ce qui s’était réellement déroulé. Gaubert inventa un récit crédible pour expliquer les brasiers, et cela suffit aux hommes de Péreille, qui acclamèrent en héros l’auteur de cette première victoire temporaire.

Sur les conseils de Themistocles, et grâce à la persuasion d’Astrid, le Seigneur de Péreille avait accepté que l’attaque sur l’avant-garde se déroule à la nuit tombée. Tout était prêt.



C’est l’effervescence au fort. L’avant-garde a finalement progressé jusqu’à atteindre le village de Péreille peu après le coucher du soleil, et contrairement à ce dont nous nous serions attendus, aucune tente n’est montée, aucun campement n’est installé. Les assaillants se préparent au combat.
Alors nous nous préparons de même. Notre bataillon se compose d’une trentaine de soldats seulement, parmi lesquels on note Mercure, Themistocles, et un Gaubert impatient de montrer de quel bois il se chauffe. Le Seigneur nous a fait préparer des armures de cuir légères afin de ne pas être encombrés dans nos mouvements.

Je peine à réaliser que la guerre est à nos portes. De plus, notre sous-nombre joue en notre défaveur… mais je crois que j’ai une idée.



La troupe passa les portes et s’avança sur le sentier sinueux vers le village. Les soldats étaient silencieux, à l’exception de Themistocles qui contait ses guerres passées, d’une voix calme. Astrid saisit cette occasion, profitant que les hommes soient distraits, pour prendre un peu de distance avec le groupe. Une fois certaine d’être à distance suffisante pour ne pas être entendue, elle incanta, créant l’illusion d’une troupe plus nombreuse pour déstabiliser les troupes ennemies.

Finalement, les armées se rencontrèrent et le combat fit rage.

La puissance du sang de Damné de Themistocles – car il était de ceux-là qui craignent le soleil et se nourrissent de sang – lui permit de se renforcer physiquement, c’est avec une puissance surhumaine qu’il attaqua l’ennemi. Astrid, placée en défense avec ses sorts, n’en menait pas large et fut rapidement blessée. Gaubert quand à lui se retrouva aux prises avec de féroces chiens de guerre. Une partie des assaillants battait en retraite dans la forêt mais malgré tout, le combat était mal engagé. D’autant plus que Themistocles repéra un Damné parmi les ennemis, au même moment qu’Astrid et Gaubert y repérèrent une Mage.
Themistocles eut tout juste le temps de prévenir Gaubert de la présence du Damné avant que le projectile d’une catapulte ne s’abatte – il l’esquiva d’un cheveu. Tous deux se jetèrent à son contact afin de le combattre. Il n’était pas étranger au Philosophe, qui reconnut Crépin de Beaumont, le bras droit de Simon de Montfort. Combinant leurs forces, Themistocles figea le démon du regard afin que Gaubert parvienne à planter dans son cœur la lame de son épée rendue brûlante par magie. Crépin ne mourut pas pour autant : il fallut l’intervention du Philosophe, qui planta un pieu de bois à l’emplacement où la lame du mage avait percé, pour qu’enfin Crépin s’affaisse et ne bouge plus.

Dans le même temps, et voyant bien qu’elle était inefficace dans la mêlée, Astrid s’était faufilée, esquivant au mieux les lames et récoltant quelques estafilades supplémentaires, jusqu’à la Mage. D’un sortilège puissant, elle la plongea dans un profond sommeil afin de l’empêcher de nuire aux soldats de Péreille et à ses compagnons. Elle repéra alors un second Mage, un homme cette fois-ci, occupé à s’auréoler de feu. Une barrière magique, sans doute. Gaubert l’avait repéré aussi, et s’efforçait à présent de s’en approcher afin d’abattre cette barrière.

Soudain le temps sembla se figer de nouveau, sous l’effet du même fantastique hurlement de loup qu’un peu plus tôt, très proche. Depuis le sous-bois surgirent deux immenses créatures lupines, qui se jetèrent sur les malheureux soldats les plus proches et les déchiquetèrent en un instant. Les ennemis comme les alliés furent pris d’une telle panique qu’ils commencèrent à courir dans n’importe quelle direction, pour fuir cette nouvelle menace.
A l’inverse, Astrid était très calme. Les lycanthropes lui faisaient à présent face, grondants, crocs sortis. Elle dirigea sa force magique jusqu’à leur esprit afin de les plier à sa volonté, et orienta leur courroux vers le Mage de feu ennemi. Celui-ci n’eut pas le temps de réagir : simultanément son aura tomba, détruite par Gaubert, et les griffes des monstres le réduisirent en une charpie sanglante dont ils commencèrent à se repaître.

Themistocles recula. Devant la puissance à la fois des Loups et des Mages, lui, vampire millénaire, ne faisait pas le poids, il le savait. Il hurla pour ordonner la retraite des troupes alliées puis il chargea le corps de Crépin sur son épaule, interrompant Gaubert occupé à inspecter le cadavre de cet ennemi qui n’était pas humain, et se retourna pour remonter au fort.

Astrid ramassa la dague ensanglantée de la Mage endormie et en admira la fine lame ciselée, avant de la planter dans le cœur de sa propriétaire. L’acte était cruel, on aurait pu faire d’elle une prisonnière, mais Astrid n’en avait cure. Les loups continuaient de se repaître du corps de l’infortuné Mage, et les hommes couraient en tous sens pour se mettre à l’abri. Le combat était visiblement terminé.



Je ressortis la dague du cœur de mon ennemie et l’essuyais sommairement sur ma tunique. Mon acte l’avait chargée de noirceur, et cela n’était pas pour me déplaire.
C’est en me relevant que je le vis, Terre-Nouvelle le loup Alpha, à la lisière de la forêt. Sous la lumière de la lune, son pelage d’argent lui donnait un air de noblesse que je n’avais pas remarqué à notre première rencontre. Je m’approchais de lui, et nous échangeâmes ces mots.

« Tu vois, Loup. Je t’avais prévenu.
- Et bien moi, je te préviens à mon tour. Désormais, et ce pendant deux lunes, les hommes, femmes et enfants de votre rocher pourront circuler au travers de ces bois. Les autres tomberont sous nos griffes.
Sache, jeune fille, que le Ver est présent parmi vous, et que si des créatures comme cela osent s’approcher de mon territoire… je reviendrai sur ma parole et empêcherai quiconque d’y pénétrer. »

Je tâchai de ne pas laisser paraître mon incompréhension face à ces paroles. Qu’était le Ver ? Pourquoi me désigna-t-il Themistocles au loin avec haine – à moins qu’il ne s’agisse du corps qu’il transportait ? – lorsqu’il parla des créatures ?
Je m’inclinai et le remerciait, consciente qu’il m’accordait une faveur, bien que teintée de menace. Et alors que l’Alpha repartit dans sa forêt accompagné de ses loups, je sentis la main de Gaubert sur mon épaule, me pressant pour que nous rentrions au fort de Montségur.

Nous traversâmes le charnier pour rejoindre les murs du bastion. Nous fûmes acclamés en héros, les quelques prisonniers furent prestement conduits dans les geôles et le cadavre de Crépin fut déposé dans les oubliettes par un Themistocles visiblement soucieux. J’appris pas la suite qu’il avait indiqué à Dame Constance la présence de nombreux Garous dans la forêt, la priant de quitter les lieux « avant qu’il soit trop tard ». Elle avait refusé.

Ma tête est emplie de questions auxquelles il me faudra trouver les réponses. Mais avant cela, il nous faut nous reposer et nous préparer à accueillir comme il se doit l’armée de Simon de Montfort.

Aujourd’hui, nous avons vaincu une tempête. Demain, il nous faudra vaincre l’ouragan.

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Le Prisonnier
Ars Magica :: Introduction (Récit 3.2), Février 1213

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Fanjeaux, février 1213

Il ouvrit les yeux avec peine. Du sang séché macculait ses paupières, et sa machoire le faisait souffrir, mais ce n’était rien comparé aux ecchymoses qui parcouraient tout son corps. Il tenta de se lever mais abandonna ce projet : il était attaché à des fers solides. Autour de lui, quelques lanternes éclairaient les parois d’une cellule humide, et levant les yeux au ciel, il vit, à travers les barreaux de sa prison, la voûte céleste peinte de ténèbres et d’étoiles.

Un homme se présenta devant la grille qui scellait l’entrée de sa geôle. La faible lumière des lanternes illuminait les reflets bleutés de sa robe de Mage, et une longue barbe blanche lui donnait un air vénérable. Pour autant, Christole sentait en cet homme une colère, une haine viscérale qui semblait l’animer.

« Alors te voici, Compagnon de la Crête des Brumes, commença le Mage. Nous avons eu du mal à te saisir, mais maintenant que nous t’avons, nous tirerons de toi chaque secret de ton Alliance…

- Vous n’obtiendrez rien de moi, sorcier. Je sers fidèlement la Crête depuis des décennies et j’ai grande résistance à la douleur, osa Christole, peu convaincu, peu convaincant.

- Peut être, répondit Tres de la maison Ex Miscellanea, mais nous aurons l’occasion de voir si ton corps et ton esprit sont aussi robustes que tu le prétends. Si tu veux t’éviter bien des souffrances, dis moi simplement où se trouve le vieux manuscrit à la couverture rouge que la Crête a récupéré il y a cinq ans. Cette information te sauvera la vie si tu me l’offres.. Si tu t’obstines…

- Je l’ignore, je ne sais rien de ce manuscrit, mais je sais que la Crête des Brumes ne craint personne. Elle est protégée et si ce que vous cherchez s’y trouve, vous ne le prendrez pas de force. » Christole se souleva de toutes ses forces pour impressionner son ennemi… En vain. Sa manœuvre lui arracha un cri de douleur et il s’affaissa sur le sol crasseux de sa cellule de Fanjeaux, brisé.

- Dans quelques semaines, tu ne seras plus qu’un souvenir pour les hommes, rétorqua Tres d’une voix mauvaise. Dans quelques heures, je saurais où se trouve le manuscrit, et l’immortalité sera mienne. »

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