Campaign of the Month: December 2021

Le Sang versé d'Occitanie

Le Trésor
Ars Magica :: Introduction (Récit 2.7), Printemps 750

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Fostat, Printemps 750

Ses soldats avaient combattu et étaient morts en martyrs, et le Calife Marwan savait que ce même destin l’attendait. Mais il n’était pas prêt à rencontrer Allah, et dans la nuit de Fostat, cette ville bâtie sur les ruines d’une antique cité byzantine, il fuyait.

Son escorte peinait à le suivre, tellement il courrait vite, craignant pour sa vie, et tout maître absolu du Califat Omeyyade qu’il était, il ne ressemblait qu’à un homme rabougri, les joues marquées de la poussière, de ses propres larmes, de son propre sang.

Soudain, devant lui, la nuit prit forme et l’attrapa par son turban. Marwan manqua de s’étrangler, stoppé net dans sa course. Il réalisa que devant lui se tenait un grand homme à la peau sombre, dont seul le regard – un regard de sang – était visible sous les étoffes qui lui masquaient le visage.

« Où te rends-tu, ô Seigneur des Omeyyades ? Ton destin t’attend cette nuit, et tu ne verras pas l’aube se lever. »

Le Calife, le souffle toujours court, espérait voir débarquer son escorte mais celle-ci tardait : derrière lui, il n’entendait que le silence.

- Je… mais.. qui… parvint à bafouiller le Calife des mondes arabes.

- Je suis Jamal, votre Grandeur, émissaire des Abbassides, et membre de la secte des Fils d’Haquim. » lui répondit son agresseur, d’un ton narquois.

Marwan était le descendant en ligne directe du grand oncle de Mahomet, et le Califat Omeyyade avait fait de Damas la capitale qui dominait toute l’arabie. Les Abbassides étaient leurs cousins et pires ennemis. Mêmes les chrétiens n’étaient pas aussi dangereux que les Abbassides. Le Calife se savait perdu.

« Tu es venu en Jérusalem pour y trouver un trésor, fils de chienne, poursuivit Jamal d’une voix menaçante. Dis moi où tu l’as caché, et Allah t’accueillera en un seul morceau.

- Je… ne l’ai plus, parvint à articuler le Calife, toujours à moitié étranglé par la poigne de Jamal sur son turban. Mes biens les plus précieux sont partis vers Damas.

- Tu mens, mortel. L’assassin serra au point d’étouffer Marwan. Où sont les reliques que les Perses avaient enterrées sous Jérusalem ? J’ai tué tes hommes qui se rendaient à Damas, ils ne portaient pas le Manuscrit du Signe Rouge. Tu sais où il est, alors parle, tant qu’il te reste une langue pour le faire. »

Le Calife se savait condamné, qu’il parle ou qu’il se taise. Mais avant de perdre la tête, il lança une dernière bravache :

« Le Manuscrit et d’autres trésors sont emmenés loin de moi… et j’ignore où. Sans doute vers l’Espagne… ou plus loin encore… là où aucun Abbasside ne les trouvera jamais. Mes hommes s’assureront que mon héritage ne tombe jamais entre tes mains… ou celles de mes traîtres de cous… »

Sans plus attendre, le Damné serra le turban de Marwan d’une force surnaturelle et le linge devint aussi tranchant que l’acier. La tête du Calife alla rouler sur le sol, et le corps de l’Omeyyade s’effondra dans une gerbe de sang dans la ruelle déserte de Fostat. Jamal regarda la nuit, déçu et pensif. Les Fils d’Haquim retrouveraient le Manuscrit, maintenant ou dans mille ans, et ils le détruiraient. L’esprit étriqué de Marwan avait imaginé que Jamal voulait le pouvoir qu’il refermait, mais aucun être sur la terre d’Allah, ni vivant, ni mort, ne devait jamais utiliser le Signe Rouge. Car alors, les pires créations du Très Grand viendraient sur les hommes pour se repaître de leur haine.

Il lui fallait quitter rapidement Fostat, puis rejoindre Cordoue. Les Omeyyades avaient établi leur repaire loin au nord, sur les terres ibériques, et le trésor devait être en route dans cette direction.

Jamal se fondit dans la nuit alors que la garde du Calife arrivait enfin. L’empire des blasphémateurs envers Mahomet prenait fin ce soir, mais l’Assamite n’avait pas fini son œuvre.

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La Valeur
Ars Magica :: Récit 2.6, Hiver 1205

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Contribution de Kapryss
⇝ Introduction : Le Gamin b_gamin.png

Hiver de l’An de Grâce 1205,
Baronnie de Miglos

Journal d’Astrid

Le banquet de ce soir était agréable. Le baron de Miglos est décidément un homme généreux, qui offre le meilleur même s’il possède peu (il y avait peu de viande à sa table, ça n’était pas pour me déplaire d’ailleurs). Il y avait également un autre invité du baron à la table, un Maure dénommé Mahadi Al-Razad qui au cours de la soirée nous a charmé de ses nombreuses histoires au sujet de Constantinople et des civilisations antiques. Il a volontiers assouvi nos curiosités, et je dois avouer avoir été fascinée par l’ampleur de ses connaissances, d’autant qu’il n’était sûrement pas né à l’époque de nombre de ses anecdotes. Je dois consigner tout cela dans ma mémoire afin de le répéter à mon tour à mon mentor, Oculo. Nul doute qu’il sera fier de moi !

Mahadi nous a indiqué n’être que de passage à Miglos – en effet, ayant déjà transité par Marseille et quelques autres villes, il aurait pour projet de rejoindre Foix, puis Toulouse. Jeanne l’interrogea alors sur le but de son voyage, si celui-ci lui permettait une élévation spirituelle, et le Maure se ferma brusquement, répondant précisément ces mots :

« Au dessus des hommes, il n’y a qu’Allah. Il serait folie que de penser pouvoir s’élever. »

Reprenant son air léger, il expliqua mener ce voyage afin de découvrir de nouvelles cultures et d’y confronter certaines de ses idées, notamment au sujet de ce qui est digne ou ce qui ne l’est pas.

Que je suis sotte, j’en oublie de décrire ceci : aux côtés de l’étranger, deux hommes d’armes se tenaient silencieux, en protection. Mais également, derrière lui étaient présents deux esclaves aux colliers de fer. C’est Gaubert qui, le premier de nous trois, osa l’interroger à leur sujet. Mahadi répondit qu’il ne savait pas quel avait été leur crime, les ayant acheté ainsi. Il nous expliqua calmement que ces esclaves avaient perdu le droit d’être considérés comme des hommes et d’être maîtres d’eux même. A l’instar d’objets, ils n’avaient plus de valeur. J’ai demandé à Mahadi quelle était la valeur d’un homme, il a simplement souri.

Je n’avais pas grand faim. Je laissai bien volontiers ma part de gibier à Gaubert, qui comme à son habitude mangeait et buvait plus que de raison. A tel point que lorsque le baron de Miglos demanda à notre groupe d’où nous venions, il répondit sans méfiance que nous venions de Tarascon, et que nous étions à la recherche d’une Dame tout de blanc vêtue et d’un marchand l’accompagnant. Se reprenant, comme s’il réalisait son erreur, il expliqua vouloir acquérir un bien qu’elle possédait. Le baron nous indiqua connaître la Dame, et nous la nomma : Blanche de Congost, une Cathare, noble nièce du seigneur Raymond de Pereille. Il parut surpris de l’existence d’un bien de valeur en sa possession cependant.

Alors qu’il cherchait à en apprendre davantage sur l’objet que Gaubert avait mentionné, Mahadi l’interrompit, prenant congé afin d’aller se promener dans la ville endormie sous la neige – un peu après cela, Gaubert et Jeanne m’indiquèrent qu’il avait choisi cet instant à dessein, comme s’il avait voulu nous aider à esquiver la requête du baron.
Néanmoins, le baron nous apprit que Blanche de Congost s’était mise en chemin deux jours auparavant, afin de rencontrer les Parfaits, ces guides spirituels Cathares, dans les villages reliant Miglos et sa destination finale, Montségur.

Nous sommes à présent dans la chambre que le baron nous a gracieusement prêté pour la nuit. Nous avons décidé de repartir dès le lendemain à la recherche de Dame Blanche, mais auparavant, nous allons sortir à la recherche de Mahadi, peut-être en sait-il un peu plus.


Le village de Château-Renaud était paisible, endormi sous la neige et sous la lune. Nous nous étions séparés pour retrouver notre homme, et ce furent Jeanne et moi qui trouvâmes Mahadi aisément les premières. Lorsque je l’approchai et lui proposait de partager un moment à marcher ensemble, il accepta et me sourit – quel spectacle étrange que ce sourire et ces yeux clairs comme la lune au milieu de ce visage à la peau hâlée !

Jeanne remercia Mahadi de nous avoir évité la question indiscrète un peu plus tôt. Il répondit avec bienveillance.

« Ne me remerciez pas, c’est bien normal. Certaines choses n’ont pas à être sues par les esprits faibles. Pour son propre bien, il est préférable qu’il reste dans l’ignorance. »

Il nous dressa alors un portrait du baron d’après sa propre opinion. Je l’écoutai patiemment et voyant là une ouverture, l’interrogeai sur Blanche de Congost. Il refusa dans un premier temps de répondre, prétendant ne pas pouvoir juger ni décrire les gens… mais je ne lâchai pas prise. Il venait bien de nous dépeindre le baron, alors pourquoi pas la Dame ? Mahadi mordit à l’hameçon. Il nous présenta Blanche comme une femme assurée, volontaire, et un peu têtue, ne supportant pas qu’on lui refuse quoi que ce soit, sans doute en conséquence d’une enfance gâtée. Malgré tout, il la décrivit bienveillante, digne, mue d’une volonté de bien faire. Ils n’avaient que peu discuté, leurs avis religieux étant fort différents.

Jeanne posa une nouvelle question, assez risquée de mon point de vue : comment avait-il perçu que nous étions des esprits « plus élevés » que les autres ? Sa réponse m’étonna, me rassura également. Il nous expliqua qu’il avait perçu chez nous des similitudes avec sa grande éducation et son propre parcours. Il ajouta être heureux qu’une relève soit là, quoiqu’un peu jeune.

« On a souvent peur de ce que l’on ne connaît pas. Mais je ne discerne pas cette peur en vous. Tandis qu’ailleurs on me craint, moi l’étranger, l’hérétique. »

Nous sommes de retour dans notre chambre, Gaubert n’est pas encore rentré. Cela inquiète Jeanne… mais c’est un grand garçon, il ne lui arrivera rien, j’en suis certaine.


J’en étais sûre ! Il est revenu dans la nuit se coucher, et ne se souvient même de rien ! Sans doute trop d’eau de vie aura eu raison de son esprit… je demanderai à Virgile de lui concocter quelque émulsion contre la migraine à l’occasion.

Nous allons très vite nous mettre en chemin, nous avons décidé de passer par la tour de la Crête de Brume afin d’informer Grimgroth de nos avancées, ce n’est qu’un petit détour. Le baron nous a gentiment offert des vêtements chauds, nous sommes presque prêts à partir.


Que j’ai le cœur lourd… Oculo semblait si peu intéressé par les récits que je lui ai rapporté de Mahadi, il savait déjà tout, et même davantage. Même ma carte, qui s’étoffe pourtant chaque jour, ne lui inspira aucune fierté.
Jeanne eut plus de chance avec son mentor, Felix. Celui-ci lui expliqua que la relique que nous recherchions pouvait être imprégnée de l’une des quatre auras, et qu’elle devrait pouvoir le ressentir grâce au Vim. Jeanne est convaincue qu’elle saura détecter ainsi la présence de la relique sur la Dame blanche.

Grimgroth nous rappela, avant notre départ, de ne pas faire irruption plus que de raison dans les affaires des vulgaires. Il ajouta également que les religieux étaient prompts à s’emporter, aussi, nous devions prendre garde de n’en pas froisser.
Il consentit à nous créer des montures par magie, afin que nous rattrapions au plus vite la Dame. Nous voici déjà au troisième village, mais l’on nous informe encore qu’elle est déjà repartie.

Jeanne semble souffrir du froid malgré ses fourrures. Cet hiver est décidément bien rude.


Dernier village avant Montségur, et nous sommes arrivés encore une fois trop tard. Blanche de Congost est déjà repartie, sans doute aura-t-elle atteint Monségur la veille d’après les informations que les badauds nous ont fourni, et c’est après une bonne nuit de sommeil que nous nous y rendrons également.

Gaubert était encore une fois aviné ce soir, et à la question « que pensez-vous des cathares ? » posée par l’un des hommes de l’auberge, il ne sut répondre que quelques bafouilles qui, je le crains, firent naître une certaine méfiance à notre égard. Pourtant, il était évident que cette ville était majoritairement cathare… nous ne nous attarderons pas, et repartirons tôt demain matin.


Enfin, je trouve un moment pour consigner cette journée si riche en rebondissements. Elle commença par l’ascension, dès l’aube, de la montagne que nous connaissons si bien et au sommet de laquelle est juchée la tour de Montségur. Il nous sembla être hier, lorsque nous aidions à sa construction. Aujourd’hui, le château abrite plus de deux cents âmes, et même s’il n’est pas tout à fait achevé, il reste imposant et impressionnant.
Quelques ouvriers du chantier étaient là et reconnurent sans mal Gaubert, qu’ils informèrent de l’arrivée effectivement récente de la Dame.

Ce fut Jeanne qui trouva, par le biais de Romain le médecin, à nous accorder une entrevue avec elle. Lorsque nous entrâmes dans le châtelet, nous vîmes que les lieux avaient été aménagés pour accueillir les Parfaits et Parfaites. La Dame entra, accompagnée de près par un homme aux frasques de marchand, et suivie par une femme plus âgée qui n’était autre que Forneira de Pereille, la mère du Seigneur Raymond. Une enfant courut immédiatement alors pour se jeter dans mes bras et je peinais à reconnaître la petite Esclarmonde, tant elle avait grandi !

Avec son absence de subtilité et de diplomatie caractéristiques, Gaubert prit la parole et mentionna immédiatement le vol de la relique. Blanche de Congost s’offusqua – c’était bien prévisible – et le marchand, un certain Pons de Béziers, tenta de nous jeter dehors. Tout s’emballa alors : Gaubert résistait à Pons, et la cheminée rougeoyait dangereusement de sa colère. Blanche ne cessait de vociférer qu’il s’agissait là d’un scandale, et ce fut l’intervention sensée de Jeanne qui calma un peu la situation. Elle parvint, et cela tint du miracle, à amener la Dame à nous narrer ce qui s’était réellement passé dans cette auberge.
Ainsi, elle était bien à l’initiative du vol, qui avait amené nos amis dans une si fâcheuse posture. Animée d’une fougue semblable à celle d’une enfant têtue, elle nous expliqua avec amertume avoir voulu donner une bonne leçon à ces moines, qu’elle décrivit « exhibant de stupides ossements comme si cela avait une quelconque importance, et jetant de la poudre aux yeux des crédules. »

Le sort de nos amis emprisonnés ne l’intéressait guère. Je tentai de l’amadouer, argumentant que la valeur de trois âmes innocentes était tout de même plus élevée qu’une simple leçon d’orgueil… elle n’en voulut rien savoir. Jusqu’à ce que finalement Gaubert ne mentionne le seigneur de Pereille et notre aide sur le chantier. Elle s’apaisa directement. Je ne sais vraiment comment décrire à quel point le retournement de la situation fut inattendu. Subitement, nous étions face à une Dame certes piquée dans son orgueil, mais très digne, et qui nous montra en souriant la fameuse relique, un ossement de main dans un délicat coffret de bois ouvragé. Elle nous fit même part de sa découverte d’un double fond dans le coffret, qui s’ouvrait à l’aide d’une petite clé habilement camouflée dans le bois.

L’objet que renfermait le double fond était un manuscrit de quelques pages, si vieux (je l’estimai datant de deux à quatre-cent ans) qu’il n’avait très certainement aucun lien avec la relique elle-même, et rédigé en une langue arabe qu’aucun de nous n’étions capables de déchiffrer. Blanche de Congost accepta de nous céder le coffre et la relique ainsi que le manuscrit, afin que nous portions secours à nos trois malheureux compagnons. A une très simple condition : celle de mentir et de ne point l’accuser d’être coupable auprès du comte de Foix, afin qu’elle soit blanchie de cet acte.

Nous ressortîmes de la tour après de succincts adieux, je n’eus que peu de temps pour bavarder avec la petite Esclarmonde à mon grand regret ainsi qu’au sien. Nous demandâmes évidemment à ce que nos salutations soient transmises au Seigneur de Pereille, et Forneira elle-même nous assura que ce serait fait.

Nous sommes en pleins préparatifs pour nous rendre à Foix à présent, pour libérer nos amis au plus vite. Jeanne est occupée à soigner ses engelures, et puis nous partirons. Elle est parvenue à identifier une aura de nature divine sur le manuscrit – sa maîtrise de la compréhension du Vim m’impressionne toujours !


Nous avons chevauché un peu plus de deux jours pour relier Foix. Je suis fourbue et j’ai fort mal aux fesses, mais au moins, nous sommes arrivés sans encombres.
Nous avions décidé en chemin d’un plan très simple : Jeanne devait donner à Gaubert l’apparence d’un banal mercenaire, qui allait entrer dans le château avec le coffre de la relique et mentir prétendant l’avoir retrouvé dans un campement de bandits. Il serait suivi par Nïm, capable de m’alerter si le moindre imprévu contrariait notre infiltré.

Cela a fonctionné, je suis si heureuse ! Gaubert nous a rapporté comme le comte et sa garde étaient mal à l’aise à l’idée d’avoir incarcéré des innocents, et comme il a ordonné immédiatement leur libération. Nos pauvres amis sont en bien piteux état, amaigris, fatigués et faibles… mais ils sont libres à présent. Nous allons les accompagner jusqu’à l’Alliance de la Crête de Brume, afin qu’ils y prennent un repos rudement mérité.

Nous avons décidé de garder le manuscrit afin de le rapporter à Grimgroth. Sans doute les moines ignoraient tout de son existence, il ne leur manquera donc pas.


Cela fait déjà trois jours que nous sommes revenus à la Tour. Je suis allée porter quelques plantes médicinales à l’érudit qui soigne nos rescapés. Leur état s’améliore lentement, j’en suis fort rassurée.
Je fus très surprise d’apprendre que de toute l’Alliance, seul Clavius possédait quelques notions de langue arabe, et bien trop peu… il peine terriblement à traduire et à retranscrire le manuscrit, qui semble pour le moment être un récit au sujet d’un trésor enfoui.

Gaubert a proposé que nous chevauchions jusqu’à Miglos, afin d’y demander à Mahadi Al-Razad de nous traduire convenablement le texte. C’est une bonne idée, il acceptera sûrement, et lui qui connaît tant de récits d’aventures, il saura peut-être nous en dire plus.
J’ai créé une copie magique du manuscrit, l’original restera caché précieusement à la Tour pendant notre voyage. Nous partons dans quelques heures.


Le baron Guilhem de Miglos était ravi de nous revoir, et nous a une fois de plus accueilli comme des héros et convié à sa table pour le repas du soir, une fois la nuit tombée. Alors qu’il était introuvable dans le château tout le jour – peut-être promenait-il dans le village ? – nous y avons retrouvé Mahadi, qui accepta de nous traduire le texte après le repas. Chose étrange, encore une fois il ne toucha pas sa nourriture…

Voici, fidèlement retranscrit je l’espère, la traduction qu’il nous énonça :

« Au nom d’Allah, puissant et miséricordieux. Moi, Abd al-Rahman, en l’an 133 après l’exil du Prophète, tient à informer le commandeur des croyants, grand calife de Cordoue, des faits suivants : l’an dernière, chargé par mon Sultan de dissimuler une partie de notre trésor pris aux infidèles, nous avons trouvé une cache idéale dans les Pyrénées. Après la tour de guet d’Olbier, il faut suivre une étroite vallée qui monte entre deux pics, emprunter cette vallée jusqu’au sortir de grands bois et prendre alors le sentier sur le flanc de la montagne de droite. Après dix minutes de marche, on trouvera l’entrée d’une grotte. Il faut y pénétrer, puis traverser quatre salles basses et prendre garde au gouffre qui mène dans la plus grande grotte que j’ai jamais vue : c’est là que nous avons déposé tout le butin. Soyez prudent, car les passages sont dangereux et un de mes hommes s’est noyé dans le siphon. Je pense que nous pourrons dans quelques mois, ou un peu plus tard, monter une expédition pour aller récupérer ces richesses. Qu’Allah vous garde, ô commandeur des croyants !
Abd al-Raham »

Il fut visiblement intrigué par le texte, mais ne posa pas de question sur sa provenance. D’après lui, le texte date de l’an de Grâce 754, ce qui correspond à mes approximations. Après quoi nous le remerciâmes, et il se retira en souriant, nous saluant de cette bien énigmatique formule :

« Que vos nuits soient longues. »

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Le Gamin
Ars Magica :: Introduction (Récit 2.6), Hiver 1205

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Château Renaud, Hiver 1205

Caché derrière des tentures de velours brodés, le gamin les observait. Il connaissait les recoins de la grand-salle mieux que quiconque, et plus d’une fois, il avait écouté discrètement les conversations des grandes personnes. Messire le Baron de Miglos recevait toujours des invités de marque, et parmi eux, des négociants, des intrigants, des nobles et leurs suites, des écrivains ou des amuseurs. Mais cette fois-ci, Guillaume l’avait compris, il s’agissait d’invités exceptionnels comme il n’en avait croisés.

Le sultan de Constantinople, tout d’abord. Qui ne touchait quasiment jamais à ses repas, qui parlait de nombreuses langues, et dont les mots étaient de miel. Il n’était pas qu’un poète ou un érudit. Il se dégageait de lui une aura que Guillaume, du haut de ses huit ans, ressentait plus qu’il ne comprenait. Mais une chose l’intriguait : le maure était arrivé de nuit, et ne sortait de sa suite que pour le repas du soir. On le voyait déambulant dans les couloirs de Château-Renaud pendant les nuits, et lorsque le matin arrivait, le sultan disparaissait. Comme par enchantement.

A ce mystère, s’étaient ajoutés de nouveaux étrangers, tout aussi remarquables. L’une cachait dans ses cheveux un surprenant animal, du genre que Guillaume n’avait jamais vu. Un autre s’appuyait sur un bâton de marche roussi par les flammes, et le gamin jurerait qu’à chaque pas, le bâton frappait le sol en produisant quelque étincelle à peine visible. Et la dernière devait être aussi une magicienne, quoique plus discrète, et c’est elle qui intriguait le plus l’enfant, intéressé à découvrir son pouvoir à elle.

Le petit Guillaume les observait ce soir là, tous réunis dans la grand-salle sous le regard bienveillant de Messire le Baron. Un jour, lui aussi aurait des pouvoirs magiques ! Un jour, lui aussi saurait parler les langues étranges, que tous se taisent pour écouter ses poèmes, que ses yeux envoient des flammes, que ses mots soient miel et que des petits animaux lui obéissent. Un jour, maintenant ou dans mille ans, il serait le plus puissant des hommes, comme ceux et celles que ce soir, il espionnait discrètement…

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Sous un linceul de cendres
Vda :: Récit 1.5, juillet 1209

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Contribution de Breloque

⇝ Introduction :

La nuit du 22 au 23 Juillet 1209

Des chevaliers lourdement armés menés par Crépin de Beaumont escortent deux damnés, Sebastian et Sophia, ainsi que deux goules d’un troisième, Estelle et Fiacre. Ce dernier constate que l’absence d’entrave du groupe est plutôt bon signe : il existe bien une marge de négociation.

Arrivés au nord de l’amphithéâtre romain à l’extérieur de la cité, les croisés ont installé un campement secondaire. Le groupe est accueilli par un spectacle lumineux. Plusieurs bûchers flambent de vives flammes calcinant en masse les âmes des pêcheurs cathares.

Empalé sur un bûcher qui attend encore son étincelle, la coterie reconnait sans mal la silhouette encapuchonnée. Ce ne peut être que Monseigneur Alvaro, le Lasombra à la tête de l’Hérésie Caïnite, qui a manifestement perdu son combat devant le siège de la curie.

Le groupe est mené jusqu’au cœur du campement installé ici. Sebastian et Sofia reconnaissent Sicare, un traitre à la curie écarlate, qui murmure à l’oreille d’Éon de l’Étoile. Le Ventrue en charge s’avance comme un conquérant en direction de Sophia et Sebastian.

« Je crois que j’ai affaire à des personnes qui ont su choisir d’éviter les ennuis. »

Sebastian entame une conversation froide et polie avec le chef de l’inquisition.

Sophia ne peut s’empêcher d’envoyer une pique :

« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. »

Sebastian pâlit. Fiacre regarde ses pieds et compte ses orteils.

Finalement, Sophia écope d’un coup d’un des soldats pour sa verve acerbe. Sebastian négocie sa survie et celles des siens, mettant dans la balance son allégeance. Sophia rétorque qu’en ce qui la concerne, elle ne pleure pas la disparition de la curie écarlate.

Mais Éon de l’Étoile n’acceptera leur loyauté qu’en échange d’une information suffisamment utile à ses projets. Aussi Sebastian lui confie la relique d’Alvaro, qu’il a récupéré dans le tabernacle de l’Église Sainte-Madeleine au péril de sa non-vie.

Le Ventrue semble satisfait ce cette offrande, un gage probant. Il décide d’emmener le petit groupe jusqu’au bucher d’Alvaro, pour lui montrer la breloque récupérée et tenter d’en apprendre plus. Sebastian et Sophia entendent Éon accuser Alvaro de fomenter un complot visant à l’avènement de l’antéchrist. Il ôte le pieu du cœur d’Alvaro pour le questionner une dernière fois, mais l’évêque reste mutique. Seul un misérable crachat ensanglanté sort de sa bouche. Alvaro observe fixement Sebastian et Sophia. Et c’est à eux qu’il s’adresse quand il prend la parole :

« Un ouvrage précieux ? Ô oui, j’en ai un. Natalena, c’est elle qui a porté l’enfant du pays. Mais le travail n’est pas fini. Il faut trouver le Passeur, il faut lui demander le baptême de l’enfant. La Chambre Verte. »

Sophia se souvient très bien de cette femme qu’elle avait suivi pendant le procès du marchand Lelian, que Sebastian avait défendu un peu malgré lui. Elle l’a revu pas plus tôt qu’aujourd’hui dans une ruelle, accompagnée d’un enfant… et de deux hommes-loups.

Éon de l’Étoile recule d’un pas et donne un ordre sec, fatigué du babil du vaincu. Un soldat lance sa torche sur les fagots à la base du bûcher. Le bois sec s’enflamme instantanément. La voix spectrale tonne alors que les flammes grandissent :

« Éon, vermine, JE TE MAUDIS, et je maudis ton maître Alexandre. Que sa vile chienne le fasse tomber… Le Feu qui me tue, celui-là tuera le monde. »

Sebastian récite en latin la prière de l’extrême-onction, priant pour l’absolution de l’âme du Lasombra.
Mais son agonie n’est pas terminée, et il hurle ses derniers mots :

« Tant que ces enfants de Caïn vivront, tu vivras. De leur mort, tu mourras. Adhémar de Pierrefendre, Sophia de Constantinople, Sebastian Bordenave… Le Passeur… vous aidera à trouver le… »

Il ne termine pas sa phrase et son corps se disperse dans un nuage de cendres.

D’étranges secousses agitent le bûcher alors que tous les observateurs reculent d’un pas. Un phénomène surnaturel stupéfie les observateurs. Une immense main de ténèbres enserre le bûcher dans son poing. Il en émerge une excroissance noire, une silhouette d’ombre qui ouvre la bouche en direction du ciel. Elle enfle jusqu’à devenir un géant de ténèbres dont la matière noire absorbe la lumière des flammes. Sebastian prend ses jambes à son cou sans demander son reste. Sophia se fait discrète, récupère une épée tombée au sol par un soldat stupéfait et suit son comparse.

Éon de l’Étoile ordonne à ses hommes d’affronter la monstruosité. Il utilise son pouvoir de Domination pour s’assurer que Sebastian reste le défendre.

Estelle, la goule garde du corps d’Adhémar, s’avance dans le dos d’Éon de l’Étoile et abat son épée sur la cuirasse du vampire. Ses yeux sont intégralement noirs, remplis de fiel sous l’effet d’un maléfice. Elle est immobilisée, figée dans un instant par le pouvoir de Sebastian.

Éon de l’Étoile s’apprête à frapper en réponse, mais le cri de Sébastian le fait douter. Sur ces entrefaites, le géant d’ombre frappe dans le groupe, envoyant valdinguer Éon de l’Étoile et Sebastian.

Fiacre finit par raisonner Estelle, et tous deux prennent la poudre d’escampette.

Les torches enflammées finissent par avoir raison de la créature de ténèbres qui s’évanouit dans la nuit.
Sophia profite de sa discrétion occulte pour quitter l’amphithéâtre. Sebastian reste avec Éon de l’Étoile et fait le nécessaire pour garantir sa loyauté à ce dernier. Estelle est mise aux arrêts, et Fiacre plaide sa cause auprès d’Éon de l’Étoile. L’intervention de Sebastian lui évitera le bûcher.

Voyant la ville qui brûle dans la nuit, les souvenirs refluent dans l’esprit de Sophia. Fatiguée de subir les événements, elle décide de passer à l’acte : elle assassine un des deux légats papaux dans sa tente et repart dans la nuit sans un bruit. L’homme n’a pas vu venir le coup, aussi cet acte est contraire à ses principes. Mais elle n’a aucun regret : cette nuit aura finalement connu un peu de justice.

Sebastian et Fiacre sont guidés par un ecclésiaste du nom de Wolfram jusqu’à un nouveau campement, bien à l’écart de la ville. D’ici la vue est imprenable sur le spectacle de la ville de Béziers qui brûle dans la nuit. Là, un homme confortablement installé qui ne perd pas une miette du tableau. C’est un représentant de Rome, un Malkavian du nom de Stefano. Il a quelques questions pour le Brujah. C’est lui le véritable maître de la croisade. Il promet que cette dernière va purifier toute la région, comme une vague efface les traces sur la grève. Une coupe de vitae est posée sur le guéridon : mais Stefano dit que Sebastian a su prouver sa loyauté et qu’il n’aura pas y boire ce soir. Il propose une offre que le Brujah ne peut refuser : il entre à son service. Il veut la tête d’Esclarmonde la Noire et il lui faut des informations. Sebastian lui livre ce qu’il sait : la Reine du Sud et Prince de Toulouse a refusé d’aider les cathares et Béatrix de Foix complote contre elle dans son coin.

Après quelques jours, l’agonie de Béziers est enfin terminée.

Sophia vient en aide à Adhémar pour le sortir de son refuge de fortune, au fond d’un puits du quartier ouest. La ville est calcinée, elle n’est plus que ruines mortes sous un linceul de cendres.

Son œuvre achevée, l’armée lève le camp et reprend sa conquête d’Occitanie.

Éon de l’Étoile prend possession de la Cité de Bézier. Il appelle les survivants au Grand Pardon, afin de rebâtir la ville. Dans les jours qui suivent, il doit combattre des ombres qui reviennent le hanter. La malédiction d’Alvaro n’était pas que les mots creux d’un condamné, mais ont une réalité bien occulte.

Sebastian est nommé administrateur de la cité au service de ses nouveaux maîtres. Fidèle à ses principes, il compte bien utiliser sa nouvelle position pour sauver autant d’âmes que possible.

Adhémar se refuse pour sa part à prendre parti pour Éon de l’Étoile, Stefano, Esclarmonde ou même Béatrix de Foix. Il abandonne son identité et entre en clandestinité, évitant les émissaires du Ventrue qui veut le retrouver. Il utilise ses ressources pour aider Sebastian et Sophia à asseoir l’influence de leur coterie sur une Béziers en reconstruction.

Sophia, Sebastian et Adhémar n’oublient pas les derniers mots d’Alvaro qui appellent plus de questions qu’ils ne donnent de réponses.

L’enfant de Natalena est-il l’antéchrist ?
Pourquoi fraye t’elle avec des garous ?
Qui est ce Passeur ?
Où est cette Chambre Verte ?

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Un bel Auto-da-fé
Vda :: Récit 1.4, juillet 1209

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Contribution de Breloque
⇝ Introduction : La Sauvagerie b_sauvagerie.png

22 Juillet 1209

Dans la cellule de la caserne dans laquelle elle s’était enfermée pour passer le jour, Sophia se réveille au son des combats qui ravage la ville de Béziers. En remontant les escaliers de la prison, elle tombe sur un groupe de croisés mais parvient à se faufiler discrètement grâce à son pouvoir d’occultation. Etrangement, un des hommes parvient à percer son pouvoir… et semble bien conscient de la menace qu’elle représente puisqu’il s’écarte pour la laisser passer. A l’entrée de la caserne, elle prend le temps d’exécuter le commandant croisé de ce groupe avant de filer. Elle découvre alors la cité en proie aux flammes et au pillage, avec une amère impression de déjà-vu, réminiscence de Constantinople. A croire que les croisades suivent les chemins de l’Assamite.

Sophia s’aperçoit rapidement que la ville est bouclée et que des damnés sont actuellement en train de mener leur propre croisade entre les murs. Elle parvient enfin à rejoindre Adhémar et Estelle sa garde-du-corps, cachés dans une maison en face de l’église de Sainte-Madeleine. Le lieu est bouclé par un groupe de croisés menés par Simon de Montfort.

Pendant ce temps-là, Sebastian est parvenu à rentrer dans l’Eglise. Mais il est surpris par le grincement des portes de l’édifice que les croisés referment derrière lui. Le subterfuge dont il a usé a dû être percé à jour. Il récupère dans le double-fond du tabernacle la relique d’Alvaro, cet étrange os de mâchoire que l’évêque manipulait pendant les offices de la Curie Ecarlate. Assoiffé par les combats et face à l’urgence, Sebastian se nourrit sur un des blessés cathares, qu’il achève pour reconstituer sa réserve de vitae. Il ne dupe pas sa conscience en se disant que cet homme serait dans tous les cas mort de la main des croisés. Ce regain de force lui permet de récupérer sa jeune servante Gracia et de grimper dans le clocher à une vitesse surnaturelle.

Les croisés jettent de l’huile enflammée sur la porte de l’Eglise Sainte-Madeleine. L’huile incandescente se répand sous la porte et c’est tout l’intérieur de l’église qui s’embrase, condamnant les pauvres hères qui y avait trouvé refuge à périr au bûcher.

Depuis sa planquette et face à ce sinistre spectacle, Adhémar se lamente de la terrible perte… non pas concernant le bétail humain, mais pour ses amies, les statues des saints qui vont être dévorées par les flammes. Peut-être cesseront-elles enfin de lui poser tant de questions ?

Le chœur des hurlements d’agonie des cathares accompagne l’ascension du Brujah, qui parvient jusqu’au toit de celle-ci. Dans la précipitation, le vampire glisse et tombe du toit. Ses pouvoirs de damné lui permettent de se régénérer instantanément, et il se relève groggy. Sa petite protégée a évité la chute de peu. Elle reste seule acculée sur le toit, tétanisée de peur.

Les vitraux explosent sous la chaleur alors que la nef s’embrase à son tour. Gracia tousse alors qu’une épaisse fumée noire s’échappe. Après une courte hésitation, l’enfant saute du toit de l’Eglise. Sebastian parvient à amortir sa chute en l’attrapant avant qu’elle ne s’écrase au sol. La servante est sonnée, blessée avec de multiples contusions, mais vivante.

Pour couvrir la retraite de son comparse, Adhémar sème le trouble parmi les croisés, jouant sur leurs humeurs et instillant des sentiments de colère et de luxure, forçant même certains à quitter leur poste. Pendant que Simon de Montfort s’efforce de ramener un semblant d’ordre à sa troupe, Adhémar l’observe attentivement. Il a une singulière aura marbrée de noir et couverte de fumerolles étincelantes, preuve de la haine qui habite ce… Mage ?

Sofia retourne jusqu’à sa caserne pour s’emparer du visage du commandant qu’elle a assassiné, ainsi que de son tabard, afin de faciliter leur exfiltration de Béziers. Sur le chemin du retour, elle voit un groupe de paysans face à une unité de soldats croisés. Elle tente d’éviter leur massacre en se faisant passer pour un commandant. La soif de sang des soudards est plus forte, et elle s’apprête à en découdre pour sauver ces quelques innocents. Mais c’est sans compter sur l’apparition d’un loup-garou du fond de la ruelle, qui pousse un hurlement puissant. Un des paysans se transforme à son tour en loup-garou. Sofia reconnaît alors la femme, qui tient un enfant par la main : c’est Natalena, qu’elle avait filé lors du procès où Sebastian s’est retrouvé impliqué bien malgré lui. Ces gens n’ont finalement pas besoin de son aide. Et face à deux garous hostiles, Sofia ne s’attarde pas. Elle lance un dernier conseil à la femme avant de s’enfuir avec célérité.

La coterie des trois vampires est enfin réunie, avec Gracia et Estelle. Il faut désormais trouver une échappatoire. En approchant de la porte de Grindas, plus de cinquante croisés empêchent quiconque de sortir. Adhémar, avec son pouvoir d’Auspex reconnaît même plusieurs vampires parmi eux. En guise de décor, les vampires aperçoivent le châtelet d’Adhémar qui brûle lui aussi. Le Malkavian est animé par des sentiments contraires face à cette vision. De peur d’attirer l’attention, le groupe rebrousse chemin.

Un peu plus loin, à la porte Olivier, la situation semble similaire… Mais Fiacre, le conseiller d’Adhémar, accueille son maître les bras grand ouvert. Le Malkavian repère qu’un seul autre vampire est présent et en grande conversion avec Lelian, le marchand sauvé d’un procès pour hérésie par Sebastian. Fiacre leur apprend que ce chevalier croisé se nomme Crépin de Beaumont.

Les vampires repèrent Martin, la goule d’Alvaro qui leur fait un signe discret. Il semble blessé et fatigué. Il annonce que son maître a été capturé. Sur ordre de son maître, il propose de cacher les vampires au fond d’un puits, le temps que les croisés quittent la ville. Seul Adhémar accepte, et il confie Fiacre et Estelle aux bons soins de ses amis avant de suivre la goule d’Alvaro.

Crépin de Beaumont remarque enfin Sebastian et Sofia. Il repousse l’importun marchand qui lui tenait la jambe pour s’avancer vers les deux vampires. La conversation est brève et le croisé conclut :
« – Bien, il semblerait que vous cherchiez à négocier votre sortie. »

Sous bonne escorte, Sebastian et Sofia ainsi que Gracia, Fiabre et Estelle font route jusqu’au campement des croisés.

Martin et Adhémar retournent dans l’enfer de la cité jusqu’à une arrière-cour des quartiers nord-ouest, dans laquelle se trouve un puits. Adhémar descend au fond et se réfugie dans une alcôve. Martin jette quelques gravats et un cadavre au fond afin d’obstruer la lumière.

La fine ouïe d’Adhémar lui permet d’entendre que Martin se fait arrêter par des croisés…

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La Sauvagerie
Vda :: Introduction (Récit 1.4), mars 1211

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Lavaur, mars 1211

Il avançait dans les allées ruisselantes de sang et de cadavres. Un feu mauvais bouillait en lui, et même ce massacre n’avait pas suffit à étancher sa haine. Rapidement, ses hommes lui firent signe, et il se dirigea vers eux. Ils portaient la croix sur le torse, une belle croix tâchée du sang des hérétiques, et Simon de Montfort en tirait un plaisir malsain.

Devant lui, la grande salle communale où ses soldats avaient réuni les quelques quatre cents défenseurs de Lavaur ayant survécu à la boucherie. Il s’en désintéressa : dans moins d’une heure, cette salle connaîtrait le destin de l’Eglise Sainte Madeleine de Béziers, emportant dans ses feux les âmes noircies des cathares. Montfort s’intéressait plutôt aux deux prises de ses croisés : la belle dame Guiraude, veuve de Guilhem Peyre et seigneur des lieux, et son frère Aymeri de Montréal, hérétique reconnu et fier de l’être.

Sans un mot et sourd aux suppliques du jeune Aymeri, Simon de Montfort tira un couteau à viande de sa ceinture, et l’égorgea comme un porc sous les yeux de sa sœur. Celle-ci hurla à pleins poumons, tremblant à l’idée de ce qu’il allait lui faire. Montfort lui sourit, et ordonna qu’on la jette dans un puits, et qu’on la lapide. Mais avant, Simon de Montfort offrit la la veuve à ses hommes. Il fallait bien contenter leurs envies bestiales, parce qu’il voulait des bêtes à ses côtés lorsqu’il s’attaquerait à Toulouse.

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L'Enquête
Ars Magica :: Récit 2.5, Hiver 1205

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Contribution de Derry
⇝ Introduction : Le Baron b_baron.png

Récit de Jeanne

Notre plan était ainsi établi. Nïm venait de partir identifier le chemin au tarif de quelques graines données gracieusement par son amie de toujours.

Je lançais alors un sort pour nous permettre de nous balader dans le château sans encombre, du moins je l’espèrais. Ainsi, jusqu’au lever du soleil, Astrid et moi même devenions des gardes dont j’avais mémorisé les détails physiques, et Gaubert adoptait lui les traits du comte.

Devenir un homme était assez troublant, mais cela représentait une expérience originale…

Le Chagnon (chat-oignon : ne dites jamais à Astrid que j’appelle son familier comme cela), revint et commença à nous guider dans la pénombre du château. Les ténèbres y étaient intenses et un silence de mort régnait. Seule la lueur de notre torche nous permettait d’y voir.

Nous arrivâmes à une entrée gardée par 2 hommes somnolents. Le moment était donc venu de tester nos déguisements et les talents de comédien de notre Pyromage. Gaubert fut excellent dans son rôle, et même si sa voix n’était pas identique à celle de l’original, les 2 soldats, tenant le garde-à-vous, nous laissèrent passer sans encombre.

Alors que nous nous enfoncions dans les ténèbres, ma torche se mit à briller davantage, ce qui m’éblouit presque trop… Mais j’avais oublié à quel point le seul vrai homme du groupe était affecté par le manque de lumière… D’ailleurs Astrid fut plus directe et fit remarquer à Gaubert que nous aurions simplement pu prendre une deuxième torche…

Nous arrivâmes au donjon, un lieu froid et humide où l’accueil laissait à désirer : un homme ivre mort était avachi sur la table, et le spectacle n’était vraiment pas beau à voir…. Gaubert, plus vrai que nature, tapa sur la table et en fit tomber la bouteille, sortant de sa transe notre “collègue” endormi. Puis il l’envoya en haut, pour que nous restions seuls dans le donjon. Il bégaya des excuses que nous entendîmes en montant les escaliers..
Après avoir augmenté ses sens pour monter la garde, Astrid nous laissa nous diriger vers le fond des cellules pour aller échanger avec nos compagnons.

Nous les trouvâmes bien vite. Le fier Christole sortit de la pénombre au fur et à mesure que j’avançais avec la torche. Enfin, je le qualifiais de “fier” mais l’odeur nauséabonde qu’il dégageait, doublée de son apparence de souillon me laissaient à penser que son estime de lui-même avaient du prendre un sacré coup. Le pauvre…

Sous l’apparence du garde je m’approchais et commençais à discuter avec lui, mais il ne me crut pas. J’avais beau faire des sous-entendus sur sa famille ou sur sa liaison avec Faydille, rien n’y fit. Gaubert en profita pour assom… endormir les quelques malandrins qui étaient enfermés avec nos amis. Voyant que le chevalier restait sceptique à mes palabres, il commença à lui chauffer le gambison.
Cela m’énerva un peu et je lui demandais d’arrêter, en précisant que je n’aimais toujours pas la violence et que nos amis avaient déjà bien assez souffert. J’ajoutais également à l’attention de Christole que j’étais vraiment déçue des propos qu’il avait tenu lors de cet échange…

Christole comprit (enfin) notre véritable identité et réveilla aussitôt Aurélia et Melissandre. Tous trois nous relatèrent alors leur mésaventure, avec un maximum de détails (le trésor dans les Pyrénées, le clergé espagnol dans la petite chapelle pas loin de Tarascon, le repas à l’auberge, la fameuse relique, les marchands vêtus de blanc, le vol, etc). Grâce à la carte “faite main” de Lady Astrid, Christole arriva même à nous indiquer une destination précise.

Alors que je soignais nos compagnons pour les aider à tenir le temps de notre enquête, Gaubert commença à se faire manipuler par des malandrins de la cellule d’en face. Heureusement, notre cartographe arriva à la rescousse et détourna notre Pyromage de ces individus. Voulant rattraper le coup avec ces prisonniers, Gaubert tenta d’effacer leur mémoire et, de mon côté, je demandais à Christole d’être attentif à ce qu’ils diraient. Ce dernier me rassura en me disant que personne ne les croirait et qu’on les prendrait pour des fous s’ils parlaient.

En repartant, le faux comte ordonna aux gardes de nourrir les prisonniers sur la réserve des soldats, afin de sanctionner celui retrouvé ivre mort. Quelque chose me dit que ce ne fut pas là sa seule punition…

Après avoir aussi bien réussi mon sort, le contre-sort était hors de ma portée. L’urgence était de ne pas laisser Gaubert dormir en ayant les traits du comte, et ce fut chose faite. En revanche, Astrid et moi-même dûment passer la nuit sous une apparence plus masculine. Gaubert étant de son côté libéré, il choisit de dormir toute la nuit et nous laissa à deux monter la garde. Ma camarade, soucieuse de me préserver, monta la garde toute seule toute la nuit !

Notre droit d’asile arrivant à son terme à l’aube, nous fûmes gentiment guidés vers la sortie par un chambellan on ne peut plus pressé… Après avoir dit au revoir à la marchande de bougies (la politesse c’est important), nous traversâmes la campagne aux couleurs blanchâtres de givre.

Je fus heureuse d’arriver à la fameuse auberge peu remplie car j’étais gelée. En plus, taquine, histoire de me donner un aspect encore plus froid et potentiellement éveiller certains souvenirs chez l’aubergiste, Astrid teinta mes vêtements en blanc – temporairement, fort heureusement.
Sous les charmes du Pyromage et grâce à un coup de pouce de l’apprentie d’Oculo, la serveuse nous raconta ce qu’elle se rappelait du soir où nos compagnons y avaient passé la nuit. Elle mentionna également que les marchands blancs et leurs gardes – ou bien leurs guides ? – avaient pris la direction du sud. Elle se souvint également de son propre étonnement quand ils avaient parlé de couper à travers les bois de Miglos, pourtant réputés hantés par une sorcière, pour se rendre aux crêtes. Surtout que la Dame qui les accompagnait était clairement issue de la haute société.

Nous avons établi un tour de garde, et à mon réveil, avant d’entamer ma veille, je profitais du sommeil d’Astrid pour soigner ses blessures, car son corps avait été meurtri ces derniers jours même si elle n’en laissait rien paraître.

Le matin, nous découvrîmes avec peu d’enthousiasme que le froid s’était encore renforcé pendant la nuit. Gaubert utilisa sa magie pour tenter de nous tenir au chaud par le biais de nos vêtements mais cela ne m’empêcha pas de geler sur place…
Une fois dans la baronnie, dont notre cartographe connaissait la faune, la flore et la géopolitique, nous nous sommes retrouvés face à un choix : continuer vers les cols, mais cela aurait été suicidaire par ce climat, ou par la forêt. Après avoir opté pour la deuxième option, nous nous aventurâmes donc dans ces fameux bois maudits…

Le chemin y était ardu avec toutes ces racines, le brouillard et le manque d’un sentier clairement défini. Mon sixième sens s’activa et je ressentis sur l’instant comme des morsures de loups me transpercer la peau… Des cris d’hommes mêlés de hurlements de loups me sortirent de mon état et n’écoutant que mon courage, je pris la direction opposée pendant que mes amis se rendaient vers la source du bruit.
Mes amis virent donc trois bêtes attaquant un homme debout, trois autres semblant se repaître d’un homme à terre et deux derniers lupins tournant lentement autour du reste. Les deux mages furent efficaces. Astrid ordonna aux loups de laisser en paix le corps à terre, pendant que Gaubert chassait les deux rôdeurs à l’aide de ses flammes.

Réalisant ma bêtise, je renforçais mon corps pour le rendre plus résistant avant de revenir. L’homme encore debout fut blessé de nouveau mais nos efforts combinés finirent par faire fuir les bêtes sauvages.
L’homme encore debout se présenta comme le Baron Guilhem de Miglos, de la seigneurie de Châteaurenard. Il nous introduisit également feu son maître de chasse, Arnaud, dont j’auscultais à ma grande peine le corps sans vie.

La maîtresse du Chagnon supprima les sensations du noble pour lui épargner la douleur des ces blessures, mais son sort fut un peu trop efficace et les jambes de Guilhem se dérobèrent sous lui. Profitant du réflexe de Gaubert de l’endormir, je pratiquais la magie de soin pour le guérir avant de dissiper les effets d’engourdissement et d’endormissement. Sur le conseil sage d’Astrid, nous avions également pris soin de laisser intactes quelques blessures et les avions couvertes de bandages.
En se réveillant, il nous remercia et nous proposa de le raccompagner à son château. Il nous expliqua être venu si loin pour chasser et nourrir son fief, et s’épancha un moment sur la peine qu’il avait de perdre son allié de longue date. Il s’excusa également de nous avoir mal jugé et pris pour des malandrins.

A son châtelet, la nouvelle des sauveurs du Baron se répandit et nous furent reçus comme des rois. L’ambiance y était généreuse et chaleureuse malgré les faibles ressources… A table, nous fîmes la connaissance d’un autre invité, un Maure dénommé Mahadi Al Razad, accompagné de soldats et d’esclaves. Ce personnage intrigant était, à mes yeux, quelqu’un de très fin et d’instruit. Il devait sans doute avoir un certain prestige car il n’hésitait pas à taquiner notre hôte. Quoiqu’il en fut, notre intérêt à son égard semblait réciproque, car il nous annonça tout sourire :

« Je pense qu’Allah a voulu que nous nous rencontrions ce soir ! »

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Le Baron
Ars Magica :: Introduction (Récit 2.5), Hiver 1205

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Forêt de Miglos, Hiver 1205

Les bois étaient traîtres, Guilhem le savait. En tant que Baron de Miglos, il connaissait bien ses terres, et même par de belles après midis, les bois de Miglos n’étaient pas dépourvus de dangers. La nature y était prolifique, les racines noueuses et nombreuses, rampant sur le sol terreux, des arbres sauvages et penchés que l’hiver venant avait déshabillé de leurs feuilles, leur donnant un air plus que sinistre, et la neige, glaciale et mordante, était abondante et piégeuse.

Mais c’était surtout des loups dans le Baron Guilhem se méfiait. Dans ces bois torturés, ils vivaient en meute et même la chasse y était compliquée. C’était pourtant la nécessité du gibier qui avait conduit Seigneur Guilhem et son fidèle maître de chasse Arnaud dans cette satanée forêt. Et maintenant que les hurlements des loups les encerclaient, Guilhem raffermit sa garde, son épée dressée vers les ombres du bois, conscient qu’ils s’étaient avancés trop loin sur leur territoire.

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La Relique
Ars Magica :: Récit 2.4, Hiver 1205

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Contribution de Yakurou
⇝ Introduction : La Visite b_visite.png

Les bruits de pas résonnaient dans le couloir vide.
Comme l’impose le protocole, Hugues fit claquer ses bottes au sol, et après avoir fait demi-tour, arpenta le couloir dans l’autre sens, pour revenir à la salle de garde.
En passant, il jeta un regard sur les trois silhouettes dernièrement arrivées. Deux demoiselles, et un chevalier, qui avait été accusé d’un vol de relique! le monde ne tournait pas rond ces temps-ci… Et si même les chevaliers se livraient au brigandage, l’avenir promettait d’être sombre. Ils étaient plutôt calmes, et ce n’était pas pour déplaire aux gardes.

Alors qu’il retrouvait la chaleur du poste de contrôle des geôles, où un feu brûlait et éclairait la petite salle d’une lumière tamisée, il remarqua que les serviteurs avaient apporté un plateau de nourriture, dans lequel il alla piocher.


La journée avait pourtant bien commencé pour le trio de compagnons de l’alliance de la crête de brume. Après une matinée de marche, Mélissandre, Aurélia et Christole avaient atteint la foire de Tarascon, où ils devaient chercher provision et matériaux magique pour les mages de l’alliance. Tout allait pour le mieux jusqu’à ce qu’ils surprennent une conversation.

Un berger, qui assurait à qui voulait bien l’écouter que les Maures étaient de retour dans la région, venu venger une défaite passée, et remettre la main sur leur trésor. Une histoire à dormir debout, comme on peut en entendre beaucoup sur les foires. Mais un détail avait mis la puce à l’oreille de la jeune voleuse, dont l’attention avait été attirée par le mot “trésor”.

Un homme d’assez forte carrure, semblait curieusement anxieux à l’idée que des Maures avaient été repérés. Après une concertation rapide, l’idée de le suivre, et de peut-être en apprendre plus sur ce trésor, fut acceptée à l’unanimité.

Alors que l’homme était sorti de la ville, et qu’il s’aventurait sur un chemin peu fréquenté, Christole l’interpelle, lui proposant son escorte. Nerveux, l’inconnu refuse, et continue son chemin. Christole, Aurélia et Mélissandre le suivent. Voyant cela, il dévie de sa route, et passe à travers champs pour retourner à la ville.

Le groupe de compagnons se sépare. Plus habituée à la ville, Mélissandre suit l’homme, alors qu’Aurélia et Christole continuent sur le chemin jusqu’à une chapelle dans un bosquet clairsemé, qui semble occupé. Des moines sont à l’intérieur, priant Sainte Fabia.
Quand le silence se fait à l’intérieur, les deux compères comprennent qu’ils sont repérés. Ils décident alors de rentrer dans la chapelle, et découvrent 6 personnes, dont l’un semble de sang noble.

Aurélia en profite pour aller prier, et pour fouiller l’endroit des yeux. Elle repère des sacs de voyage. Les moines ne semblent pas hostiles, mais ne sont clairement pas honnête, et affirment être présents pour la foire. Serait-ce donc les Maures dont a parlé le berger?

Ne pouvant en apprendre plus, ils repartent vers la ville, où ils retrouvent Mélissandre qui les attendait, mais qui n’avait rien à leur apprendre : L’homme avait échappé à sa vigilance dans les ruelles.

Tous trois décident d’attendre les moines, qui de toute évidence vont arriver en ville, mais c’est une autre personne qui va attirer leur attention.

L’inconnu nerveux repasse devant eux sans les repérer, et ressort de la ville. Discrètement, les trois acolytes le suivent. Il se dirige vers la chapelle, où il prévient les moines que des gens les ont remarqués. Précipitamment, et malgré l’heure tardive, le groupe prend la route, aussitôt imité par les trois compagnons de mage.

Alors que le soleil termine son voyage, les moines entrent dans une auberge, où les trois compagnons les retrouvent un peu plus tard. Deux autres groupes sont présents dans l’établissement. Des mercenaires, et un marchand et sa suite.

Alors que les hommes d’armes et les moines commencent à trinquer et à parler religions, le marchand semble vouloir rester à l’écart. Ils expliquent transporter une relique de Don Jesus Alexandro Xavier de la Purification y Socoro, sans pour autant donner plus d’informations sur l’endroit où ils se rendent. Comprenant qu’ils n’étaient probablement pas à la poursuite d’un trésor, et voyant qu’ils faisaient extrêmement attention à la relique, malgré leur état d’ébriété.
Il ne faut que peu de temps avant que tout le monde aille dormir.

C’est pendant la nuit que le drame survint. Un des moines a été attaqué, juste devant la porte, et la relique volée. Alors que les soldats essayent de comprendre ce qui s’est passé, ils fouillent les lieux à la recherche de la relique perdue. Le marchand étant parti tôt ce matin-là, c’est vers nos trois compagnons que les soupçons des hommes d’armes se tournent, soupçons qui sont confirmés, quand ils retrouvent dans les affaires de Christole, l’étoffe qui entourait la relique. C’est ainsi que nos trois compagnons finirent dans les geôles de la ville de Foix.


Alors que Hugues suçait un os de poulet, pour ne pas en gâcher une miette, des éclats de rires se firent entendre dans les couloirs. Des éclats de rire venant de deux de ses collègues, qui firent irruption dans la salle.
“Les gars! Vous en avez raté une bonne ce soir!”
Devant les regards interrogateurs, il continua
“- Y a trois messagers qui sont arrivés juste avant la nuit. Ils viennent de Péreille qu’ils disent. Je crois que j’avais jamais vu quelqu’un comme ça avant. Il est rentré dans la salle du banquet, il a fait son charabia habituel. Pis après, il a continué sans d’mander, j’crois qu’il a même coupé la parole à un baron. vous auriez dû voir la tête du bougre!
-La vache. J’aimerais pas être à sa place.
-Ah, mais nan! Le baron, il a rien dit du tout! Le compte a laissé parlé l’messager. J’crois qu’il voulait pas faire d’histoire ce soir. M’enfin, sont vraiment bizarres ces messager.
-J’aurais voulu voir ça. Ils sont où maintenant?
-Ils vont passer la nuit ici. Tu les verras p’têtre demain! Tu peux pas les louper, il y a un grand gaillard, avec les cheveux roux. Et pis deux p’tit bouts d’femmes avec qui j’aimerais bien passé la nuit tient!

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La Visite
Ars Magica :: Introduction (Récit 2.4), Avril 1213

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Comté de Foix, avril 1213

Malgré l’heure tardive, il avançait dans les couloirs, son pas décidé tapant le sol marbé avec rythme. L’heure n’était plus aux hésitations, et il le savait : tôt ou tard, la Crête des Brumes serait le centre de toutes les attentions, et à ce moment là, même lui ne pourrait pas sauver les Mages qui s’y trouvaient.
Lorsqu’il franchit l’arche de son laboratoire, les portes du lieu commencèrent à se fermer, obéissant à un ordre magique que le magicien ne prononçait plus depuis plus de vingt ans. Il avait besoin de calme pour réfléchir. Il se dirigea vers un banc à l’assise usée qu’il affectionnait. La lumière des chandeliers dansait dans la pièce, mais il était trop concentré sur ses préoccupations pour s’apercevoir qu’elles n’éclairaient pas autant qu’à l’accoutumée. Grimgroth s’assit sur le banc, relevant sa robe épaisse aux motifs sobres, mais il n’eut pas l’occasion de se plonger dans ses réflexions. Devant lui, une silhouette quitta les ombres et s’avança, un sourire carnassier sur les lèvres.

" Alors, Grimgroth, avez-vous fait votre choix ? "

Le Mage Tremere sursauta et bondit du banc comme si sa robe venait de prendre feu.

" Maître Jervais… Que faites-vous là ? Il étouffait de surprise. J’espère que personne ne vous a vu entrer…

- N’ayez crainte, vos confrères d’Alliance sont tant obnubilés par leur recherche d’immortalité qu’ils ignorent que vous l’avez découverte depuis longtemps. "

Grimgroth regarda la parodie d’être humain qu’était devenu son ancien Mentor. Affichant une corpulence outrancière, le visage malade, l’apparence de Jervais n’avait rien de rassurant sur cette prétendue immortalité qu’il disait détenir. Ses yeux pétillaient d’une lueur jaune maligne qui ne disait rien de bon sur la suite de leur échange.

" Maître, vous savez que j’ai des accords qui me lient par le sang au Cercle Rouge. Vous avez choisi de suivre Tremere et Goatrix dans cette damnation immortelle, mais je n’ai pas encore fait ce choix, et la Maison Tremere est en ce moment jugée par sa trahison. A cause de vous, nous serons tous condamnés et mes travaux n’aboutiront pas.

- Grimgroth, Grimgroth… Ne soyez pas si dramatique. Vos amis des Abysses nous intéressent. Le Cercle Rouge manoeuvre dans l’ombre pour éviter le bannissement mais tôt ou tard, vous serez découverts comme nous. Il est temps que vos amis et vous rejoignez notre Clan immortel. Ensemble, nous mettrons à terre l’Ordre d’Hermès.

- Je ne… commença le mage.

- Vous manquez de courage, le coupa Jervais, ses yeux luisants de malice, et Maître Tremere en personne vient jusqu’à vous sous quinzaine. Faites le bon choix, ou mourrez. "

Le damné disparut dans les ombres comme s’il n’avait jamais été là, laissant le Mage Tremere tremblant devant ces sinistres perspectives.

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