Campaign of the Month: December 2021

Le Sang versé d'Occitanie

Le Calme
Ars Magica :: Récit 3.1, Printemps 1213

b_calme.png

Contribution de Yakurou
⇝ Introduction : La Noyade b_noyade.png

Les années passent, dans le royaume de France comme ailleurs.

Les années passent, mais certaines choses restent. Dans l’Occitanie, où de plus en plus de fidèles du Vatican se détournent de l’Eglise pour embrasser les croyances Cathares, l’heure n’est plus à la négociation. L’Eglise catholique à lancé une croisade sur son propre continent.
Poussés par l’appât du gain et des terres plus que par leur foi, de nombreux chevaliers et hommes du peuple ont rejoint cette procession guerrière, tentant de gagner dans le sang le mérite et la gloire qu’il n’ont pas pu avoir à Jérusalem.

Penché sur son bureau, en haut de la tour du château de Montségur, Raymond de Péreille regarde l’encre de sa lettre sécher. Sans aide, jamais le château ne pourra tenir face à l’avant-garde de l’armée papale qui approche dans sa direction. Il s’interroge : ces gens accepteront-ils de l’aider? Ils l’ont déjà fait autrefois… mais la situation n’était alors pas aussi alarmante.

Une fois la lettre terminée, il la tend au messager qui attend dans son bureau.
“- Pars ce soir. Et fais vite. Notre temps est compté.
- Pour quelle destination mon Seigneur?
- La Crête des Brumes”


Et pendant que les années passent, les idées sont en marche.

Suite à leur retour de la dimension féerique, Astrid, Jeanne et Gaubert avait été acceptés comme Mages accomplis, comme membres à part entière de l’Alliance. Outre les missions qu’ils effectuaient pour la communauté, ils avançaient sur le chemin que la vie leur offrait.
Jeanne passait énormément de temps à étudier l’Enigme, à questionner les autres mages et Jahah, qui évoluait maintenant sous le nom de Jack dans la dimension des humains. Astrid, quand à elle, s’était trouvé un intérêt nouveau à apprendre les langues anciennes et l’occultisme – lorsqu’elle ne voyageait pas pour aller retrouver sa famille ou bien, plus rarement, visiter la seigneurie de Péreille.
Gaubert, de son côté, avait continué d’arpenter les routes, cherchant des traces de son maître disparu, et de l’information sur ce dont on l’accusait de faire partie.

Par chance – à moins qu’il ne s’agisse d’une volonté divine ? – par hasard tout du moins, les trois mages étaient réunis à l’Alliance quand une lettre arriva. Une lettre de Raymond de Péreille, demandant de l’aide auprès des mages. Ne voyant aucune raison de se détourner de cet homme qu’ils avaient aidés autrefois, Gaubert, Astrid et Jeanne partirent vers le château de Montségur.

Leur arrivée fut remarquée. Les trois mages ayant participé à la construction du château, de nombreux habitants les reconnurent. Alors qu’ils arpentaient le sentier qui montait au château, des traces de combats récents ne purent échapper aux yeux des jeunes possesseurs du don. Arrivés au sommet, ils furent invités à la table du Seigneur, qui dînait là avec ses gens. Parmi eux, quelques nouvelle têtes, notamment celle d’un chevalier qui semblait assez énergique, voire énervé, en grande discussion avec le seigneur

Une fois le repas terminé, Raymond de Péreilles s’isola afin de discuter avec le chevalier, avant de faire mander les trois mages à l’étage. Le chevalier se présenta comme Mercure de Sallaste, Chef des chevalier Faydits (les chevaliers du Languedoc, opposants à la croisade de l’Eglise).
Sa présence ici était liée à la lettre. Le seigneur de Péreille expliqua aux mages que le château subirait sous peu une attaque menée par Simon de Montfort, et c’était en quête d’une aide pour contrecarrer son avant-garde que le seigneur de Péreille avait demandé aux mages de les rejoindre. Sans hésiter, Jeanne, Astrid et Gaubert acceptèrent.

Sans attendre, Astrid et Gaubert sortirent du château pour rejoindre une veillée tandis que Jeanne partit se reposer. Astrid alla à la recherche des provisions, voulant estimer leur état et la quantité, et trouva assez de réserves pour tenir plusieurs mois. Le Seigneur était prévoyant.
Gaubert, lui, se mêla à la foule, écoutant les rumeurs qui se disaient sur l’état du château et sur l’armée qui était en route. Sentant que le moral était au plus bas, il lança une rumeur qui sembla prendre, selon laquelle d’autres places avaient déjà réussi à résister aux armées du Pape. Pour ce soir, au moins, les esprits seraient plus allégés.


Le lendemain, les tâches furent assez vite réparties. Gaubert descendit au village hors du fort, afin d’y convaincre les habitants de rejoindre ses murs, pour leur protection. Il constata à son grand désespoir que le lieu n’était guère propice au guet-apens, et qu’il serait sans doute impossible d’y tendre des embuscades pour piéger l’armée ennemie.

Jeanne s’occupa quant à elle du stock de flèches, qu’elle enchanta afin d’en améliorer l’effet. Les ennemis touchés par ces flèches perdraient désormais la vue, ce qui devrait être très bénéfique lors de la bataille. Elle enchanta par la même occasion les pansements et bandages préparés par le médecin, afin qu’ils permettent une meilleure guérison.

Astrid, de son côté, partit seule dans les bois afin d’aller y chercher de l’aide. Elle y trouva d’abord un renard, qui ne put que lui fournir d’étranges conseils matrimoniaux, l’encourageant à trouver un mâle et faire des petits… et qui finalement lui indiqua le territoire des loups, qui seraient sans doute plus à même de répondre à sa requête. Elle s’y rendit sans hésitation, et mit peu de temps à les trouver. Elle grimpa sur un très grand arbre, se laissant encercler par la meute agressive tout en étant hors d’atteinte. Après quelques minutes, les animaux s’écartèrent, pour laisser passer leur Alpha.

Il était gigantesque, et avait un soleil tatoué sur le pelage. Lorsque Astrid entra en contact avec lui par la pensée, il ne parut pas surpris de voir une humaine communiquer avec lui.
Il affirma être capable de défendre seul la terre qu’il possédait, et que les humains ne viendraient jamais essayer de la lui prendre. Il menaça l’humaine, affirmant d’ailleurs que lui seul décidait si un humain qui pénétrait son territoire était autorisé à en ressortir en vie. Un message à peine voilé…
Astrid tint tête à l’Alpha, pas inquiète le moins du monde, et entreprit de le convaincre qu’il se trompait, qu’il ne serait pas capable de défendre ses terres sans aide. Terre-Nouvelle, le mâle Alpha, ne céda pas face aux arguments qu’Astrid, ferme et autoritaire, lui apposait. Il indiqua qu’il resterait en surveillance, n’attaquant que si son territoire se retrouvait en danger.

Astrid fit mine d’abandonner l’idée de le convaincre, et accepta de repartir. Pour qu’ils la laissent partir sans encombre, elle accepta la proposition de Terre-Nouvelle de faire une offrande, un cadeau pour les esprits.
Elle créa une fleur magique, qui ne flétrirait qu’à la fin de la saison, et en même temps, elle entra dans l’esprit des autres loups de la meute, fixant dans leur esprit qu’il leur faudrait attaquer les humains lorsque leur armée arriverait.


Une fois de retour au château, les trois mages se retrouvèrent à la table du Seigneur à nouveau pour le dîner. Alors que tout se passait calmement, une autre mage, Constance de Toulouse, arriva dans la pièce. Elle et le seigneur de Péreille s’isolèrent pour s’entretenir, avant de faire venir, de nouveau, Astrid, Jeanne et Gaubert.

Après de brèves présentations, les mages s’entretinrent sur les actions qui avaient été mises en place dans la journée, et Constance les félicita pour leur ingéniosité. Elle leur expliqua comment avait commencé la guerre… ce qu’elle appela avec raison la Débâcle

Elle annonça désespérer de ne pouvoir intervenir à Montségur lors de l’attaque, mais avait une bonne raison : ses deux filles, Béatrix et Sybille, étaient sa priorité, et se montrer sur les murrailles d’un chateau sous siège ne promettait guère l’avenir nécessaire pour élever deux nourissons.

Dehors, il faisait calme…

Très calme…

Trop calme…

View
La Noyade
Ars Magica :: Introduction (Récit 3.1), Hiver 1205

b_noyade.png

Contribution de Kapryss

D’abord, il y eut résistance, et les premières bourrasques de magie s’écrasèrent sur le barrage de son esprit. La douleur afflua presque immédiatement, elle serra les dents et les poings.

Et puis, il y eut rupture. Le barrage céda et vola en éclat, une vague immense la submergea totalement, sans qu’elle n’en puisse garder la moindre parcelle à l’abri. Le sort la transperça sans douceur, lui infligeant mille morts, comme si un essaim d’aiguilles acérées avaient traversé son crâne. Sans doute poussa-t-elle un cri, car Nïm effrayé s’enfuit de sa cachette favorite, la laissant seule face à l’ouragan. Elle étouffa mentalement, naufragée à la merci totale de cette tempête qui lui sembla durer une éternité.

En vérité, la noyade avait été rapide, quelques secondes, tout au plus. Et la douleur disparut aussi vite qu’elle était venue, laissant son esprit brisé, vide de toute force, perméable.

Sous le regard soucieux de Gaubert, Jeanne et Jahah, dans les mains duquel Nïm avait instinctivement trouvé refuge, Astrid sortit alors lentement le manuscrit du Signe Rouge de sa sacoche, l’ouvrit, et entama sa lecture. Le monde autour ne semblait désormais plus l’affecter. Elle resta sourde aux questions de ses compagnons, ne leur laissant pour seule alternative que de se relayer pour veiller sur elle pendant son étude. Ce n’est finalement qu’après de longues heures qu’elle referma le livre, épuisée.

Aux autres, elle refusa de révéler ce qu’elle y avait lu. Car comme lui avait dit Mahadi à peine quelques jours plus tôt : « Certaines choses n’ont pas à être sues par les esprits faibles. Pour leur propre bien, il est préférable qu’ils restent dans l’ignorance. »

Mais dans son esprit à elle, rendu poreux par le sort, la noirceur infernale, le sang et les ténèbres n’avaient eu aucun mal à trouver leur chemin, libérés de leur antique écrin de papier .

View
Audiences & Doléances
Vda :: Récit 1.7, Printemps 1226

b_audiences.png

Contribution de Breloque
⇝ Introduction : Le Fanatique b_fanatique.png

Printemps de l’an de grâce 1226

L’abbé Miquel apprends à la coterie qu’un ermite se trouvant dans les Pyrénées aurait un grand pouvoir de guérison sur les possédés. Plusieurs témoins parlent de miracles et cela donne bon espoir aux damnés.

En effet, les vampires espèrent libérer Estelle de son fardeau et entreprennent un voyage dans les montagnes afin de rencontre ce mystérieux guérisseur. La coterie et la goule d’Adhémar s’assurent la compagnie d’une solide escorte de soldats vétérans. Après tout, les campagnes environnantes sont le royaume de ces abjectes et féroces créatures que sont les loups-garous.

Heureusement, le groupe ne fait aucune mauvaise rencontre en chemin.

En approchant du but, les damnés ne peuvent s’empêcher de ressentir une étrange sérénité, un bien-être intérieur. La nuit est douce, et une légère brume nimbe les lieux d’une certaine féerie. Des torchères allumées les guident jusqu’à un dolmen, leur destination.

Un vieil homme s’y trouve. Son visage buriné est couvert de symboles réalisés avec un pigment bleuté. Son corps est emmitouflé dans une grande cape bleu nuit. Il semble au fait de la nature des vampires. Après quelques échanges, il accepte de les aider.

Estelle, assistée par son maître, s’avance. Après une incantation, la brume s’épaissit autour d’elle.
Quelques secondes après, l’ermite est pris de convulsions. Le cou tendu, une voix rauque qui n’est plus la sienne sort de ses lèvres :

« Dans la demeure de bois naîtra le fils d’un citoyen éternel, d’une interdite en fuite, du roi de l’autre pays. Au dernier jour reviendra l’imbaptisé, l’abandonné, le retrouvé. Dans le feu, il défendra son héritage, que tous puissent le connaître. »

Sebastian redresse l’homme qui s’est effondré après avoir prononcé cet augure inattendu.

Les damnés interprètent les paroles de l’ermite : le citoyen éternel est une référence assez directe au « parfait », le bon homme cathare qui vit une vie sans défaut dans le purgatoire de l’existence humaine. L’interdite en fuite, c’est une personne qui ne peut pas accéder au paradis, coincée dans le monde matériel. Le roi de l’autre pays, c’est le nom que donnent les cathares à Dieu. Et la référence au feu rappelle aux damnés le funeste bûcher d’Alvaro. Le dernier jour pourrait être une citation de l’Apocalypse et l’imbaptisé, l’antéchrist… De bien mauvaises nouvelles. Sophia émet l’hypothèse que la demeure de bois pourrait être un cercueil.

L’ermite dit avoir eu un malaise après avoir défait l’emprise du malin sur Estelle. Cette dernière ne ressent pourtant rien de particulier. En guise de salaire, il demande qu’un don soit fait à l’abbaye de Fontfroide, une congrégation de moines installée récemment.

De retour à Béziers, dans les mois qui suivent, Estelle se montre de plus en plus dévote et se convertit au catharisme.

Les semaines passent.

Wolfram von Glattfurt, un damné du clan Malkavian au service de Stephano, demande audience auprès de Sebastian. Il est accueilli dans la nouvelle salle du conseil de l’Elysium de Béziers, abritée dans le château au centre de la cité. Sebastian y a fait installer une grande table triangulaire, et il est assisté de Sophia et Adhémar pour le recevoir.

L’invité offre un présent à Sebastian : une cassette contenant différents objets. Une copie du nouveau testament en latin, qui vient directement de la bibliothèque du Vatican. Une très belle Lyre faite par un artisan vénitien, une véritable œuvre d’art. Une magnifique dague byzantine, probablement volée à la famille royale lors du sac de Constantinople. Des présents choisis avec soin pour chaque membre du Conseil.

Il souhaite revenir sur les évènements qui ont vu la naissance de la créature des ténèbres. Il cherche à se renseigner sur elle pour pouvoir lutter contre elle selon ses dires. Selon lui, cette monstruosité n’était pas le fruit de la maîtrise des ombres des Lasombra, mais bien un rejeton infernal. Les derniers mots d’Alvaro sont évoqués… Et selon le Malkavian, le « Passeur », n’est autre que Martin, la goule d’Alvaro. Après quelques échanges salés avec Sophia et un rappel des règles de l’Elysium, le damné prends congé.

Mais le lendemain, une nouvelle audience est demandée par Wolfram. Il veut interroger Estelle et la brûler. Selon lui, l’Interfector Intenebris a touché l’âme de cette servante. Et le feu permettrait d’en apprendre plus.

Sa demande est rejetée.

Dans une tentative d’apaisement, Estelle est appelée pendant la séance et réponds aux questions de Wolfram. Pendant les échanges, les damnés notent que d’autres personnes ont pu dormir à la Curie Ecarlate et être touché par la chose des ténèbres. Le lendemain, des sœurs du couvent attestent qu’Estelle ne porte aucun stigmate sur son corps.

Quelques mois plus tard, à la mi-Septembre, les damnés sentent un appel impérieux monter en eux : ils sont convoqués par Esclarmonde, en la ville de Carcassone.

View
Le Fanatique
Vda :: Introduction (Récit 1.7), juin 1226

b_fanatique.png

.

Béziers, 21 juin 1226.

Les bois autour de Béziers n’étaient jamais très sûrs. Des marauds s’en prenaient aux caravanes des marchands ou de l’Eglise, fondant sur leur escorte, les délestant de leurs biens, pillant leurs trésors, et il se disait qu’une guilde de voleurs était à l’œuvre.

Mais un autre danger s’était manifesté depuis quelques mois, qui terrorisait bien plus les fermiers du coin : le fanatique de Dieu. Celui-ci s’en prenait à des cathares, lorsque ces derniers s’aventuraient trop loin des villes et des villages. La rumeur disait que lorsque venait la nuit, elle repartait avec son butin, et au petit matin, on retrouvait le corps calciné du malheureux, brûlé sur un bûcher comme au temps de Simon de Montfort.

Pourtant, Wolfram von Glattfurt n’était pas un fanatique de Dieu. Sans doute Damné, comme d’autres, mort et vivant, il s’était vu refuser de rejoindre le Paradis, le purgatoire ou mêmes les enfers. Il avait été oublié de Dieu, et Dieu ne l’intéressait plus. Ce qui l’intéressait, en revanche, c’était le démon. Celui qui avait pris corps à Béziers en 1209 devant Eon de l’Etoile lorsque Alvaro avait commencé à brûler. Ce démon représentait un pouvoir terrifiant et admirable, et Wolfram avait compris que ce mystère serait celui qui guiderait sa non-vie pour les décennies à venir.

La femme gigottait faiblement devant lui. Avant de la monter sur le bûcher, il l’avait saignée. Cela l’avait rendue plus docile, plus vulnérable, plus malléable, et à présent que les flammes commençaient à danser sous elle, la victime s’éveillait. De plus en plus vive, elle tentait de se dégager, de crier malgré le bâillon, mais rien n’y faisait, les liens étaient trop serrés pour ses maigres forces.

Wolfram attendait, curieux, prenant des notes sur un parchemin. Il regardait sans passion les flammes dévorer sa victime, et notait les effets du feu sur elle. Mais lorsque le corps fut entièrement consommé par le feu, il conclut son parchemin. Encore un sacrifice inutile.

Quel était le secret d’Alvaro ? Comment le démon avait pu prendre pied dans le monde des vivants ? Les Damnés de Béziers avaient-ils la réponse, eux qui avaient côtoyé le seigneur des ombres ? Et cette servante qui leur appartenait, était-elle un lien vers les mondes infernaux ? Serait-elle son prochain sujet d’expérience ?

View
L'Accident
Ars Magica :: Récit 2.9, Hiver 1205

b_accident.png

Contribution de Kapryss
⇝ Introduction : Le Danger b_danger.png

Journal d’ Astrid

Je suis si heureuse ! Enfin, enfin mon rêve se réalise et je me trouve en compagnie de fées, elles sont si belles ! Elles ressemblent aux humains, mais sont plus pâles, plus fines, leurs yeux sont plus grands que les nôtres. Et elles semblent amoureuses des arts de toutes natures. Au moment où j’écris, nous sommes installés dans le logement que la reine Eliora a fait préparer pour nous. Dehors, on entend leurs chants qui résonnent dans tout le village, c’est un véritable ravissement.

Elles n’ont de cesse que de nous poser des milliers de questions sur notre monde : est-ce qu’il a changé depuis 600 ans ? Pourquoi les humains sont-ils si petits et laids ? D’où viennent les vêtements étranges que l’on porte ? Cette multitude de questions est posée avec tant de bienveillance et de respect que nous nous appliquons à répondre patiemment à chacune, même les plus désarmantes.

Tout à l’heure, les fées nous ont demandé de chanter avec elles. Gaubert m’a surprise, il chante si bien qu’elles étaient ravies et ne veulent désormais plus le lâcher d’une semelle. Jeanne a tenté de l’imiter, mais ce fut une catastrophe, les fées se sont enfuies en se bouchant les oreilles. Pauvre Jeanne… Quand à moi, je tâchai de faire bonne figure, mais face à leurs voix merveilleuses, je ne pouvais évidemment pas rivaliser. Elles m’ont encouragé, me disant que je ne pouvais que progresser. Elles sont tellement gentilles !

La nuit est tombée, et le ciel des fées n’est pas noir comme le nôtre. Il est d’un bleu profond, sublime, et les quelques nuages épars l’illuminent de couleurs et de nuances. C’est incroyable. Je tâche de graver chaque détail dans ma mémoire, pour tout raconter à maman lorsque nous repartirons dans notre monde.

Jeanne a bien tenté de localiser l’aura du livre que l’on recherche, mais les flux magiques des fées sont si présents, c’est un tel fouillis, qu’elle n’y est pas parvenu. Elle est toujours inquiète, elle pense encore à ce que le satyre disait sur ce peuple. Moi je pense qu’ils ne sont pas dangereux, j’espère qu’elle parviendra à leur faire confiance elle aussi, peut-être après avoir passé une bonne nuit de sommeil. Elle et Gaubert se sont déjà endormis, il est temps que je fasse de même.


Je parviens à peine à écrire tant mes yeux sont brouillés de larmes.

Cette journée avait pourtant merveilleusement commencé, le réveil avait été très doux et un ciel teinté d’une belle palette de rouges et d’oranges chaleureux nous avait accueillis au sortir du logement. Les fées nous ont offert de quoi nous sustenter, des fruits frais aux goûts étonnants, sucrés, acidulés parfois – Gaubert trouva évidemment à se plaindre de l’absence de gibier.

Après quoi, il avait décidé de mettre en action le plan qu’il avait peaufiné la veille au soir. Après avoir rassemblé autour de lui un public conséquent de fées de toutes tailles, il débuta un récit incroyablement prenant et crédible narrant l’histoire d’un vieux manuscrit maudit qui rendait malade quiconque l’approchait, et aurait été perdu dans le monde des fées depuis plusieurs siècles. Il voulait de cette façon pousser le public à réagir, peut-être à parler du livre que nous recherchons. Voulant bien faire, je tentai de lire dans l’esprit d’une des fées du public si le récit prenait.

Ce qui suivit fut un véritable désastre que je ne m’explique toujours pas. Non seulement je ne pus percevoir quoi que ce soit, mais pire encore, ma magie blessa la fée, qui prit sa tête entre ses mains et hurla de douleur. Choquée, je stoppai immédiatement mon sort, mais il était trop tard et le mal était fait. La douce créature s’écroula inconsciente, recroquevillée sur le sol.

Je perdis toute faculté à réfléchir tant le choc fut rude. Les larmes jaillirent de mes yeux sans que je ne puisse les retenir. J’avais blessé une fée, peut-être causé sa mort… Mon seul réflexe fut d’appeler Jeanne à l’aide afin qu’elle tente de soigner la pauvre fée. Je ne vis point ce qui se passa ensuite, car je fus conduite à l’écart par trois petites fées soucieuses de comprendre ce qui m’attristait tant.

Alors je confiais à ces fées que j’étais responsable de ce qui arrivait à leur amie. Qu’il s’agissait d’un accident, et que j’étais sincèrement désolée. L’une d’elle, dénommée Guye, m’indiqua qu’elle allait prévenir la reine de ce qui était arrivé à Valeis.

C’est le nom de la fée que j’ai peut-être tué. Valeis.

Je fus reconduite auprès de Gaubert et ressentis le besoin de me cacher dans ses bras, chose bien inhabituelle. Il dut sentir l’intensité de ma peine, car il me serra contre lui maladroitement quelques instants.
Valeis avait été portée chez elle, le sort de Jeanne n’ayant réussi à la ramener consciente. Les fées autour de nous se dispersaient déjà, et des chuchotements nous parvenaient au milieu des chants du village.

« Est-ce que c’est la malédiction du livre qui a blessé Valéis ? »
« Est-ce que c’est la faute des trois étrangers ? »

Mon inquiétude et ma peine sont immenses. J’appréhende la colère de la reine, mais ce serait une colère légitime. Je suis impardonnable. Et je ne me pardonnerai jamais.



Au moment ou Astrid couche ces mots à l’encre sur son journal, Jeanne est ailleurs. Ayant entendu l’existence de fées savantes dans le village, elle s’est mise en quête de l’une d’elles, et a été conduite par une myriade de fées gazouillantes auprès d’un dénommé Valo, qui lui a été décrit comme le plus ennuyeux de tous.

Il fallut à la jeune mage beaucoup de patience afin que l’homme fée, hautain et méfiant, ne daigne la considérer comme une savante digne de trouver auprès de lui des réponses. Elle dut user de charme et d’éloquence ainsi que de subtilité afin d’amener discrètement le livre dans la conversation. Il lui confirma le récit selon lequel il y a plusieurs siècles, des humains étaient venus déposer une offrande contenant un livre à l’attention des fées. Jeanne manifesta son intérêt à voir le livre, la réaction de Valo fut des plus déconcertantes.

« Jeune fille, connaissez-vous le Papago ? »

papago.png

Doté de plumes, mais aussi de poils, le bec trop long et plat, les ailes trop courtes pour voler, incapable de voir en relief du fait qu’il ne soit affublé que d’un unique œil. Voilà comment Valo décrivit cet étrange animal. Unique, mais bien inutile donc, et de fait oublié de tous, plus recherché par personne.

Comme le fameux livre, d’après lui. Unique certes, mais bien inutile – Valo n’en pouvait comprendre le sens, il le jugeait tout juste bon à servir de décoration – alors pourquoi le rechercher ? Surtout, ajouta-t-il, au vu de la faible espérance de vie d’un humain, pourquoi perdre son temps à cette quête ?

Jeanne ne démordit pas et fit preuve de ténacité, si bien qu’il finit par céder. Le livre, raconta-t-il, était dans le palais, dans la salle du trésor de la reine, et il accepta d’intercéder auprès d’elle pour qu’elle accepte de laisser Jeanne le voir.

Valo ajouta qu’il serait ravi de rencontrer les amis étrangers de Jeanne le soir venu, et tous deux quittèrent les lieux en direction du palais.



Comme il fallait s’y attendre, deux fées de grande taille – des gardes, sans doute – sont rapidement venues nous trouver et nous escorter vers le palais sur ordre de la reine Eliora.

Je n’ai pas le cœur à décrire la magnificence de la salle du trône où nous fûmes conduits, Gaubert et moi. La reine était bien évidemment en colère et me fit de telles remontrances que je pleurai à nouveau. Gaubert tenta de prendre ma défense, assurant qu’il s’agissait d’un accident, et que Jeanne saurait très certainement y remédier maintenant que la cause avait été identifiée. Mais la reine ne voulut rien entendre, nous défendant fermement d’approcher Valeis.

J’eus l’impression qu’à mesure que Gaubert insistait, la reine prenait des décisions de plus en plus radicales. Elle décida de mettre fin aux festivités, de nous bannir du village. Puis finalement, de nous interdire à jamais l’accès au monde des fées.

Mon cœur se brisa en deux.
Non seulement j’avais brisé la confiance que les fées pouvaient accorder aux humains, et même si c’est d’importance moindre, j’avais également réduit à néant notre possibilité d’accomplir la quête qui nous aurait permis, à mes compagnons et moi, d’accéder au statut de mages accomplis. Tous mes rêves s’écroulaient à mes pieds sans que je ne puisse rien y faire pour rattraper mes erreurs.

Hagarde, je sentis une présence puis un contact : le prince Jahah s’était approché de moi pour me serrer dans ses bras, moins maladroitement que Gaubert il faut bien avouer. Je m’abaissai à sa hauteur et l’enlaçais en retour, m’accrochant à corps perdu à cette ancre inespérée, à ce soutien qui me parut bien frêle au milieu du tumulte de mes pensées. Et j’entendis son chuchotement, à mon oreille.

« Moi, je te crois. Quand tu dis que c’était un accident, je te crois, parce que je peux sentir ton cœur. Si tu pars, je viendrai avec toi. »

Il ne me laissa pas le loisir de répondre, retournant auprès de sa mère. Et de toute façon, nous fûmes raccompagnés dehors aussi sec par les deux grandes fées afin d’aller préparer nos bagages pour repartir.
Nous avons croisé Jeanne en sortant du palais, accompagné d’un homme fée nommé Valo. Elle nous a dit qu’elle allait demander l’accès au livre. Gaubert lui a expliqué la situation, je me suis assise la tête entre les mains pour tenter de reprendre mes esprits. Nous sommes retournés dans le logement, il faut que je prépare mes affaires. Je suis tellement triste. Tout va bien se passer, me dit Nïm. Pour la première fois depuis bien des années, je ne suis pas sûre de le croire.



L’ambiance dans la salle du trône était bien évidemment tendue lorsque Valo entra suivi de Jeanne. Derrière un grand pylône décoré d’or, elle put apercevoir l’homme-corbeau gardien du grand chêne par lequel ils étaient arrivés lui lancer un regard torve avant de s’éclipser dans l’ombre.
Valo fit sa requête à la reine, qui rétorqua que le moment était mal choisi. Jeanne eut beau arguer qu’elle n’était même pas au fait de l’accident, la reine l’ignora somptueusement, et il fallut la patience et les arguments soigneusement choisis du savant afin qu’enfin elle ne cède.

La salle du trésor était de taille respectable, gardée par deux grandes fées. En son sein, pêle-mêle, étaient entreposées des bibelots précieux, des écus frappés d’un sceau très ancien en langue arabe, des tapis… tout un tas de richesses qui auraient rendu n’importe quel humain plus riche que le plus riche des rois prenaient ici la poussière comme de simples objets de décoration.

Valo sortit de ce fouillis un grand manuscrit relié de cuir sombre et le tendit à Jeanne. Elle y découvrit un texte en latin, qu’elle tenta de déchiffrer avec peine. Elle ne parvint qu’à comprendre le sens général du texte : cela concernait un signe rouge, lié à la lune, et qui accompagnerait le temps des révélations. Le manuscrit mentionnait un rituel permettant aux « maudits » (elle ne put trouver de meilleure traduction au terme latin employé) de combattre le soleil en invoquant des entités supérieures par le biais du sang. Jeanne fit la moue : ses connaissances occultes étaient trop ténues pour comprendre, il lui aurait fallu les compétences d’Astrid pour bien faire. Lorsqu’elle fit part de cette remarque à Valo, il lui affirma que jamais la reine ne permettrait à Astrid d’accéder au manuscrit. Et Jeanne eut beau tenter la franchise, mentionnant même leur rencontre avec le satyre pour faire montre de bonne volonté, rien n’y fit. Elle ressortit penaude pour rejoindre ses compagnons prêts à partir.



C’est l’heure. Nous sommes retournés au palais dire adieu à la reine. Je lui ai donné une fleur magique que j’ai créé pour qu’elle l’offre à Valeis lorsqu’elle guérira, en guise d’excuse, même si je suis impardonnable. Elle a simplement répondu « si elle guérit… ».
Jeanne a encore demandé à aller soigner la blessée, la reine a de nouveau fermement refusé. Gaubert a arrêté d’essayer d’argumenter, il est résigné, tout comme je le suis.

Je suis seule devant le palais à présent, je tremble comme une feuille. Gaubert et Jeanne sont partis faire quelque chose, je ne sais pas quoi, ils n’ont pas voulu me dire, ils m’ont dit d’attendre là.
Jahah n’est pas venu, je l’ai cherché du regard mais il est introuvable. C’est mieux comme cela, il doit rester auprès de sa mère, dans son village, entouré de ce peuple merveilleux. Mon monde n’est pas fait pour lui, il est bien trop rude et froid. Ici, il est bien. Ici, c’est si doux, si merveilleux… voilà que je pleure encore.


Elle est morte. Valeis est morte. Je l’ai vue, j’ai vu son fantôme à la fenêtre, elle me regardait. Je n’ai pas bien vu son visage car elle était loin, mais je le sais. Elle me hait. Et moi aussi, je me hais.
Nous arrivons en vue du grand chêne. Jeanne et Gaubert se chuchotent des choses. Je m’en fiche. Je ne veux même pas savoir ce qu’ils se disent. J’ai tué une fée. Je suis impardonnable.



Gaubert et Jeanne sont terriblement inquiets. Astrid, habituellement si joyeuse et enthousiaste, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Sombre, elle marche comme un automate, sans sourire…

Alors Gaubert ne tient plus. Il souffre de voir son amie ainsi, et décide, avec l’appui de Jeanne, de lui envoyer mentalement le souvenir de ce qu’ils sont allés accomplir un peu plus tôt lorsqu’ils lui ont demandé d’attendre. Astrid se fige, à l’instant où les images défilent dans son esprit : Gaubert usant de son sourire pour convaincre les fées de les mener à Valeis sur ordre de la reine Eliora. L’intérieur de la maisonnette, petite et chaleureuse, de la pauvre fée toujours inconsciente, veillée par une amie fée soucieuse. Les doigts de Jeanne qui s’illuminent à mesure qu’elle tisse le contre-sort. Et la belle Valeis qui s’éveille, sans souvenirs de l’incident, éprouvée mais saine et sauve.

Alors qu’Astrid reste immobile à tenter de faire le tri de ses souvenirs et de ceux, contradictoires, placés dans sa tête par Gaubert, un jeune garçon surgit d’un fourré et file comme une flèche se fourrer dans les bras de la jeune mage troublée. Jahah – car c’est bien lui – insiste auprès des trois compagnons pour partir avec eux dans le monde des hommes. Jeanne et Gaubert mettent peu de temps à accepter, mais Astrid est davantage sur la réserve.



Qu’aurait dit ma maman si je m’étais enfuie, lorsque j’étais petite ? Elle aurait sans doute été dévastée. Et la reine Eliora le sera aussi car j’ai d’abord refusé que Jahah nous suive, et puis finalement, face à leur insistance à tous j’ai laissé faire. Je n’avais pas la force de me battre contre eux.

Une pensée méchante a traversé mon esprit. Je me suis dit : elle a brisé mes rêves et volé mon bonheur. Alors je vais voler le sien. J’ai regretté aussitôt cette pensée.

Il restait un problème afin de repartir dans notre monde. Le satyre et la tortue nous attendaient sans doute dans la grotte, espérant le butin que nous leur avions promis. Alors j’eus une idée, celle d’utiliser Jahah afin qu’il aille subtiliser quelques pièces et objets de valeur ainsi que le fameux livre dans le trésor de sa mère, afin que nous payions nos passeurs. Utiliser l’enfant… cette idée aussi, je l’ai regrettée aussitôt. Qu’est-ce qui m’arrive ?



Nul ne broncha à la proposition d’Astrid : cette tentative désespérée de récupérer le livre était sans doute leur dernière possibilité avant de devoir quitter ce monde.
A la grande surprise des trois mages, Jahah se métamorphosa alors sous leurs yeux en un jeune homme fée d’une vingtaine d’années, qui leur adressa un clin d’œil avant de disparaître à une vitesse surnaturelle. Il reparut peu de temps après, chargé d’un sac de cuir contenant une certaine quantité d’écus Maures ainsi que le livre relié de cuir. Comme elle l’avait déjà fait auparavant sur le manuscrit qui les avait guidés ici, la jeune Merinita rendit le livre invisible pour les yeux, afin qu’il ne tombe pas entre de mauvaises mains.

Le petit groupe se mit en marche vers la grotte, et sans surprise fut accueilli par le satyre et sa comparse à carapace. Souhaitant conserver les richesses dérobées aux fées, Gaubert tenta le bluff, déclarant qu’ils avaient échoué à récupérer quoi que ce soit. Le satyre mordit à l’hameçon, et menaça le mage de le laisser retrouver seul le chemin vers son monde. Jeanne et Gaubert ne cédèrent point, arguant qu’ils pouvaient bien se repérer seuls. Il n’en était rien, et Astrid le savait bien, elle subtilisa donc dans l’esprit du satyre l’itinéraire à suivre dans les grottes pour retrouver le lac. Finalement, c’est colériques et bredouilles que la tortue et le satyre quittèrent les lieux, pensant vouer les étrangers à s’égarer.

L’itinéraire n’était pas simple, et il fallut de longues minutes et les indications précises d’Astrid pour que les mages et leur nouveau compagnon de route ne retrouvent finalement le bord du lac, passage entre les mondes. Le courant y était fort et n’était pas favorable, la nage n’était pas à envisager. C’est en vaporisant toute l’étendue d’eau qu’Astrid parvint à résoudre le problème, rendant par la même occasion inoffensif le Gardien céphalopode.

L’ascension vers la surface se fit sans encombres supplémentaires. Et finalement, le groupe retrouva l’air glacial de l’hiver et le ciel noir de la nuit du monde des humains.



Mahadi nous attendait. Nous aurions du nous en douter, il était là à nous attendre, et il n’était pas seul.
Ce fut Gaubert qui les repéra le premier, alors qu’il était occupé à tenter de réchauffer le pauvre Jahah, pas préparé à la rudesse de notre hiver. En réaction immédiate, une boule de feu surgit des mains de notre compagnon et alla frapper les ennemis de plein fouet. La riposte fut rapide, Mahadi se jeta sur lui avec l’intention ferme de le tuer.
Tout alla très vite, chacun de nous concentra sa magie à vaincre Mahadi, et nous parvînmes à l’immobiliser totalement et à faire fuir ses sbires. Nous prîmes la fuite à notre tour afin de rejoindre une auberge où nous sommes à présent en sécurité – du moins nous l’espérons. Jeanne a pu soigner les blessures de Gaubert, ce bougre de Maure l’aurait sans doute tué s’il n’était pas aussi résistant.

Je m’apprête à présent à déchiffrer le livre. Mes connaissances en latin sont bonnes, cela ne devrait donc pas être trop difficile, d’autant que Gaubert va essayer d’augmenter mes facultés mentales par magie. Nïm me chuchote que tout va bien se passer.

Après tout, il ne peut plus rien m’arriver de pire, n’est-ce pas ?

View
Le Danger
Ars Magica :: Introduction (Récit 2.9), Avril 1212

b_danger.png

.

Alliance de la Crête des Brumes, Avril 1212

Alors qu’il observait les autres Mages dans la salle du Conseil, là où tous se réunissaient pour décider des orientations de l’Alliance, Oculo fut assailli d’un sentiment angoissant. Il les côtoyait depuis des décennies, et s’était toujours méfié d’eux, surtout de Clavius le muet. Mais à présent, il sentait un vrai danger, il sentait qu’ils tramaient quelque chose dans son dos.

Ce n’était pas de la simple jalousie. Cela, il s’y était habitué. C’était plus profond que cela. Evidemment, Clavius était le plus suspect, toujours à fureter à droite à gauche, son crapaud malsain non loin. Oculo était à présent convaincu que le vieux mage était tout à fait capable de parler, mais s’y refusait. Est-ce une malédiction, ou un contrat sombre passé avec les Enfers ? Après tout, Oculo avait découvert qu’un des Mages de l’Alliance – mais lequel ? – pactisait avec le Cercle Rouge, ce collège de magiciens infernalistes capables du pire, et de pire encore. Était ce le malsain Clavius, ou le vieux fou de Félix, qui puait les arts obscurs à plein nez ?

Oculo maniait la musique et savait faire parler les consciences, mais plus les années passaient, plus il sentait ce danger autour de lui. L’Alliance n’était plus la belle tour sacrée qui rayonnait dans la région. Elle vivait son crépuscule et avec les Croisés ratissant les environs, qui pourchassaient les Cathares partout où ils se trouvaient, tôt ou tard, il faudrait prendre parti. Que feraient les mages reclus et craintifs ? Lui, il passerait un accord avec les nobles de l’Eglise. Après tout, il était un Mage réputé, pas une de ces raclures de caverne. Que pourraient lui faire ces hommes menés par Simon de Montfort ?

View
Le Voyage
Ars Magica :: Récit 2.8, Hiver 1205

b_voyage.png

Contribution de Derry
⇝ Introduction : La Crainte b_crainte.png

Récit de Jeanne

Un son mélodieux se fit entendre dans la caverne. Gaubert n’était que rage, souffrance et colère. De plus, le pyromage se retrouvait dans le noir complet.
Mais, dans son malheur, le jeune homme avait eu de la chance. Il s’était échoué sur une corniche quelques dizaines de mètres au-dessous de ses consœurs. Sans cette aspérité dans la roche, la cascade aurait probablement été bien plus funeste…

Toujours à terre, après mon splendide échec à rattraper mon ami, je fus rejointe par Astrid et nous tentions de contacter Gaubert. Ce dernier, utilisant un peu de notre Vis pour palier à son état, alluma un feu pour éclairer la zone autour de lui. La maîtresse de Nïm suggéra alors que nous fassions pareil et la lumière fut.

Nous étions en train de réaliser la distance nous séparant du blessé quand un bruit de métal raclant le sol se fit entendre.

Dans la hâte, Astrid réalisa une liane solide qui nous permit dans un premier temps de rejoindre Gaubert afin que je le soigne, pendant que mon aînée d’un an rejoignait les bas-fonds de la caverne. Elle y fut d’ailleurs accueillie par le même bruit qui se rapprochait d’elle. Elle appela, pour demander de l’aide… La réponse fut immédiate et elle se fit agripper par un tentacule géant.
Les renforts étant arrivés, j’allumais la zone grâce à un des sorts favoris de Gaubert et notre tête brûlée en profita pour cramer le poulpe dorénavant visible. Cela eut pour effet de libérer notre éternelle optimiste de l’étreinte de son ami céphalopode.

Nous étions enfin réunis et j’en profitais donc pour créer une barrière anti-fées, Astrid nous ayant informé de la nature féérique des lieux. Pendant ce temps, Gaubert en profita pour éclairer d’un flash la zone, nous montrant alors une immense caverne semblable à une gueule de bête mythique, remplie de quelques coffres, tapis, de l’argenterie éparse, et d’effilées stalagmites (la chute intégrale aurait vraiment été douloureuse).

Nous identifions également un “lac” qui servirait de gorge où se cachait notre monstre peu amical. L’intervention magique de notre amie des animaux sur l’humeur du poulpe eut raison de son hostilité, même si elle ne parvint pas à discuter réellement avec lui.
Le calme revenu, nous nous mîment à fouiller et observer, mais le trésor promis semblait avoir été pillé. Seules quelques pièces retrouvées éparpillées témoignaient de la présence passée de merveilles. Les bibelots n’offraient aucune aura magique mais mon regard fut attiré par celle de l’eau. Cette dernière semblait être liée au royaume des fées et même être un portail vers leur monde.

Pendant qu’Astrid tentait vainement de changer l’eau en l’air, j’incantais afin d’augmenter le courant de l’eau pour accélérer le voyage. Et, sans savoir si cela avait marché, je plongeais…

Et je fus sauvé par une envie de vivre extrême qui me fit nager comme une sirène, mon sort n’ayant visiblement eu aucun effet. J’émergeais dans le noir de l’autre côté de la grotte, seule… Mais je l’avais fait, j’avais franchi la barrière. Cet exploit fut rapidement partagé par mes compagnons d’aventure qui me rejoignirent successivement.

Gaubert incanta et la lumière fut. Et quel spectacle s’offrit à nos yeux ébahis : le plafond ressemblait à un ciel nocturne étoilé. Des champignons se nourrirent de la lumière du pyromage et émirent un halo bleuté. La végétation atypique était omniprésente et la chaleur y était suffisamment douce pour sécher nos vêtements rapidement.

Deux silhouettes s’approchèrent alors : Une tortue géante marchant sur ses deux pattes arrières et un satyre.

Après des salutations polies, le demi bouc nous demanda ce que nous faisions ici. La discussion tourna assez rapidement au vinaigre et Celle-qui-nage, le reptile, nous demanda de retourner d’où l’on venait, son camarade nous menaçant presque.

Ils étaient assez étranges et difficiles à percer, se montrant à la fois légers dans leur propos mais très pertinents voire philosophes. Après quelques échanges, Lerache le satyre nous paraissait plus ouvert à marchander, et après qu’il ait demandé à goûter le chagnon (ce qu’Astrid refusa évidemment catégoriquement), Gaubert fit une démonstration d’Ignem en vantant les propriétés du Vis et négocia notre passage contre un peu de cette ressource.

Celle-qui-nage garda ses positions mais Lerache accepta le marché et prit son tribut avant de nous guider dans son royaume. Sur le chemin, il nous raconta l’histoire du fameux trésor (contenant un gros livre), qui leur avait été confié, mais que des villageois du monde des fées avaient volé, entraînant un conflit de longue haleine et les empêchant de se rendre dans le monde des humains.

Avec leur aide, nous prîmes la décision de tenter de restaurer la paix en récupérant les biens dérobés au village.

Notre guide, qui utilisait les champignons allumés pour transmettre leur luminescence à la végétation environnante, nous perdit sur la route. Il nous fallut une bonne heure pour sortir de la grotte et voir un nouveau paysage totalement paradisiaque.

Tout y était très printanier, fleuri, chatoyant. Une odeur sucrée venait à nos narines. Il y faisait si doux que nous devions nous dévêtir (difficile de croire qu’il y avait encore quelques centaines de mètres nous étions dans le plein hiver pyrénéen).

Au centre de cette utopie, se trouvait un village. Et pas n’importe lequel, celui à l’origine de toute cette pagaille… Et notre prochaine destination.

Sur la route, nous sommes arrêtés vers un chêne par un corbeau à taille humaine, armes sorties. Il se présenta alors comme étant Tacoulaminesco, gardien de la vallée. Après lui avoir résumé le motif derrière notre venue, il nous demanda de retirer tout le fer que nous avions sur nous pour pouvoir nous guider au village, où nous étions attendus par la Reine…

Ce village était pittoresque. Il était plein de petites créatures humanoïdes ailées. Plein d’individus dignes des contes pour enfants mais aussi des individus très proches des humains, mais dotés d’une grâce naturelle les distinguant de notre espèce. Et les décorations des bâtiments étaient clairement réalisées à partir de différents éléments du trésor (pierres précieuses, or, argent, amphores). Nous avons même reconnu certaines inscriptions en arabe sur certaines pièces. Une chose était sûre, nous étions au bon endroit.

La Reine Eliora nous attendait au centre de la place principale et nous souhaita la bienvenue à Caroya. Cela faisait 600 ans que des humains n’étaient pas venus. Elle nous avait entendu arriver du monde matériel et déclara donc 3 jours de fêtes. Cela tranchait véritablement avec l’attitude de nos deux compères croisés précédemment. Nous étions apparemment ici en amis…

Son fils, le prince Jahah, nous fut présenté et sembla fasciné par Astrid, il lui demanda si elle était une fée… et continua à poser plein de questions sur notre monde.

Après avoir été guidés jusqu’au palais, et profité d’un bon bain et de plaisirs gustatifs, nous avions décidé de nous isoler pour planifier la suite. Nous allions donc profiter de leur hospitalité le premier jour, avant de commencer notre enquête à partir du second.

Nous avions cependant commencé à obtenir des informations grâce au prince, notamment leur sensibilité au fer qui les rendait malades, la rivalité avec les gens de la montagne (apparemment jaloux des villageois) et plus particulièrement des Knockers, qu’il nous décrivit comme des êtres très lents et peureux, et des satyres, qui cherchaient à leur voler biens, femmes et enfants….

Dans quel pétrin nous étions-nous encore jetés à pieds joints ? (et cette fois, j’avais sauté la première…)

View
La Crainte
Ars Magica :: Introduction (Récit 2.8), Août 1211

b_crainte.png

.

Alliance de la Crête des Brumes, Août 1211

Dans les cavernes humides sous la Tour de la Crète des Brumes, le mage Félix se livrait à quelque expérience sur ses rats. Les années passées dans l’obscurité de son Sanctum l’avaient rendu pâle et décharné, et il négligeait son apparence et sa santé, au point qu’en franchissant l’entrée de son laboratoire, Vulcris eut un haut le cœur. Félix Nécromius ressemblait à un être squelettique, tenant à peine debout, vêtu de haillons et son regard plissé par la forte luminosité de la lanterne de la nouvelle venue semblait vide de tout intellect.

Vulcris savait qu’il n’en était rien. Elle était bien placée pour savoir que le représentant de la Maison Bonisagus était sans doute le plus intelligent des mages de l’Alliance, et c’est bien pour cela qu’elle venait le voir. En douce. Sachant que personne ne saura sa démarche.

Autour d’elle, les petits couinements des rats se firent plus stridents, et elle voyait leurs minuscules yeux malfaisants tournés vers elle.

« Félix, cher confrère, je…

- Parle sans crainte, oiseau de malheur. Ici, à part les rongeurs, nul ne te jugera jamais.

- Je… J’ai remarqué des allées et venues étranges, ces dernières nuits. Dans des toits où je me trouvais, j’ai vu des ombres entrer dans la Tour, à la recherche de Grimgroth. Pas vraiment des ombres. Des esprits. Des morts qui marchent.

- Mes amis à poils ont noté ce manège également. Les nouveaux amis du Maître de l’Alliance. Je pense qu’il l’aime autant que mes rats t’apprécient, mais il n’a pas le choix. Comme mes rongeurs, qui sont obligés de te supporter.

- Ne penses-tu pas que nous devrions… intervenir ?

- D’autres le font pour nous. Nos apprentis. Grimgroth les a envoyés au loin, et lorsqu’ils reviendront, ils auront notre destin entre les mains.

- Oh » fit Vulcris, impressionnée. « Ces petites choses fragiles ont un tel pouvoir ?

- Oui, assurément » répondit le mage de Bonisagus. « Et ce sera là leur véritable test dans la vie de Mage complet, mais ce sera également l’épreuve ultime de notre Alliance. S’ils échouent à prendre la bonne décision, nous finirons tous ici, dévorés par les amis ici présents. »

La mage boiteuse se sentit parcourue d’un frisson. Sa vie de souffrance était entre les mains pataudes de jeunes Mages ignorants. Elle devait se préparer à leur retour, elle ne voulait pas qu’ils échouent et la condamnent à pire que la vie qu’elle possédait.

View
Quelques années de répit
Vda :: Récit 1.6, 1209-1226

b_ann_es.png

Contribution de Breloque

Les années qui suivent les évènements de la prise de Béziers…

Eon de l’Etoile subit les affres de la malédiction d’Alvaro. Il met toute son énergie à pourchasser la moindre relique ou rumeur pour tenter de s’en défaire, en vain. Il disparaît peu après dans les Pyrénées.

Au départ d’Eon, la servante d’Adhémar, Estelle, est confiée à Sebastian. Elle est victime de possession, devient extrêmement violente et perd son ombre. Elle est désormais enfermée la nuit pour éviter qu’elle ne se blesse ou blesse son entourage.

Stephano, le damné envoyé de Rome, s’est détaché de la croisade et s’installe dans la région de Béziers, où il apporte son soutien à Sebastian pour qu’il reconstruise la ville. Ce dernier est nommé Régent de la ville. Adhémar devient son éminence grise, embrassant une nouvelle identité sous le patronyme de “Fortunat Folame”. Il siège comme mestre dans de nombreuses guildes, et possède plusieurs bordels et tavernes.

La croisade poursuit sa route, comme une vague emportant tout sur son passage.

Carcassonne résiste un temps grâce à ses hauts remparts. Mais elle tombe par traîtrise lors de pourparlers où Raymond-Roger de Tancravelle trouve la mort. C’est ensuite Toulouse, qui tombe une première fois devant la puissance de l’armée croisée.

Esclarmonde évite la mort définitive en trouvant refuge auprès de Béatrix de Foix. Elle accable l’hérésie caïnite pour avoir apporté le fléau de la guerre dans le sud de la France. Désireuse d’assurer sa survie et de ne pas répéter les erreurs passées, elle tisse un réseau d’influence encore plus puissant, nouant de nouvelle alliances et plaçant ses pions partout dans la société du sud de la France.

Simon de Montfort est nommé Vicomte de toutes les cités principales d’Occitanie. Il impose sa loi par la barbarie, tuant et mutilant. Il laissera son empreinte sanglante dans l’histoire de la région, incarnant la brutalité de la croisade.

Il trouve la mort en 1218 sur le champ de bataille lors d’un nouveau siège de la ville Toulouse, la tête écrasée par le projectile d’une catapulte.

Esclarmonde la Noire est présente dans la cité pendant ce siège. Le siège est abandonné peu après la mort de leur commandant. La situation se calme peu à peu. La Toréador reprend son trône parmi les damnés. Preuve de la détente, Stephano di Roma prend ses quartiers dans la ville.

Depuis la mort de Simon de Montfort, les cathares vivent à nouveau au grand jour. La quatrième croisade est terminée. Seul un irréductible groupe de Frères Prêcheurs, dirigé par Dominique Nunez de Guzman, des missionnaires évangélistes, essaient de remettre le pays cathare dans le droit chemin de l’Eglise.

Adhémar étend progressivement son influence dans la région au fur et à mesure que l’emprise de la croisade et de Rome s’atténue. Nostalgique de sa Constantinople natale et désireuse d’apporter un peu de lumière à Béziers, Sophia devient une mécène reconnue, favorisant les érudits et les artistes. Elle donne vie à plusieurs cercles de penseurs. Ces différents salons trouvent une résonnance dans la société biterroise.

En 1222, Esclarmonde se rends à Béziers pour constater l’excellente gestion de la cité ainsi que son rayonnement nouveau. Elle nomme officiellement Sebastian au poste de Prince de la ville. L’histoire ne retiendra pas la chanson que lui chantera Adhémar dans un jardin privé, les yeux révulsés comme ceux de son clan savent le faire.

La coterie connaît un regain d’influence après avoir rencontré la Reine.

A la même époque, depuis le changement de Prince à Paris, une certaine Salianna, matriarche du clan Toreador, dirige la cour d’amour de Paris. Son influence grandissante fait de plus en plus d’ombre à celle d’Esclarmonde.

Pendant ces quelques années, les vampires entreprennent des recherches mais ne retrouvent aucune trace de Natalena et de son enfant. La Chambre Verte évoquée par Alvaro se révèle être une des pièces du siège de la Curie Ecarlate à Béziers. En fouillant les décombres, ils y retrouvent des morceaux de cercueil calcinés qu’Adhémar révèle comme étant gorgés d’ombre.

Hélas, la paix n’aura été que de courte durée dans le sud de la France.

En 1226, Louis VIII affirme que ceux qui nient la Croix nient son pouvoir divin, portant ombrage à son règne. Il décide de redresser cela par les armes. Il entreprend d’expurger le sud des hérétiques avec des dizaines de milliers de chevaliers et d’hommes d’armes.

Après avoir fait tomber Avignon, son armée fond sur la ville de Carcassonne. L’Occitanie n’a pas fini de saigner.

Il va de soi qu’un pouvoir vampirique est derrière ça…

View
La Chute
Ars Magica :: Récit 2.7, Hiver 1205

b_chute.png

Contribution de Yakurou
⇝ Introduction : Le Trésor b_tr_sor.png

La douleur à mon genou est de plus en plus intense. J’essaie de fouiller dans ma besace, quelque chose… n’importe quoi qui pourrait servir. Mais mes mains poisseuses de sang n’arrivent pas à desserrer les cordons qui en ferment l’accès.
Il fait noir dans cette caverne. Il y a des bougies dans mon sac, je le sais. Mais je n’arrive pas à l’ouvrir. Le cordon résiste, provoquant encore plus de douleur sur les plaies de mes mains.
J’entends des appels plus haut… probablement Astrid et Jeanne, a moins que je ne devienne fou? Un grattement en dessous de moi. Des griffes qui raclent la terre, résonnant dans un noir d’encre…

Un mouvement près de moi me fait paniquer. J’attrape la première chose que je trouve près de moi. Un morceau de bois? Un rocher? Peu importe. Je le lance vers le mouvement, dans un cri de douleur.

On m’a raconté un jour qu’un mourant voyait sa vie défiler devant lui, mais de l’extérieur. Comme une scène qui ferait des saltimbanques.
On m’a raconté aussi comment soigner une blessure par magie. Et qu’il fallait faire attention où on mettait les pieds.
Mais bon… on m’a raconté beaucoup de choses…”Tu devrais écouter, Gaubert… ça te servira un jour Gaubert…”

Je peux pas vraiment tout retenir, si?

Ce que j’ai retenu, c’est pourquoi on est là.
On avait trouvé le texte, celui caché dans la boîte à relique, et on avait demandé à Mahadi de nous le traduire. Ça parlait d’un ancien trésor, caché par des maures dans les Pyrénées. Rien de bien intéressant au premier regard. mais Grimgroth avait l’air très intéressé. Il pensait que des objets magiques y seraient cachés, et il nous a demandé d’aller les trouver.

Encore un voyage dans le froid en prévision. Je suis monté dans mon sanctuaire, pour fabriquer des cailloux chauds qui pourraient tenir tout le mois. j’étais à ça de réussir, mais j’ai été déconcentré. Astrid courait dans toute la tour en criant “Est-ce que quelqu’un sait où c’est la tour d’Olbier?!” Alors que je sortais pour lui dire de se taire, je l’ai vu suivre le crapaud-salade de Clavius. Il me fait froid dans le dos. j’ai pas vraiment envie d’aller le voir.

J’ai essayé une nouvelle fois. Mais là c’est les cailloux qui ont explosé…
Impossible de travailler correctement dans cette tour…

Le lendemain, on s’est préparé à partir à l’aube. Mais après quelques heures de marche, je voyais déjà les deux autres commencer à boiter. On n’est pas sorti de l’auberge…

On a passé deux jours à marcher. Leur état ne s’est pas amélioré. On a quand même réussi à trouver l’endroit indiqué sur le fichu bout de papier. Vous savez? Celui à cause duquel on est ici. Mais il se fait tard. Et la fatigue n’aidant pas, on a pas trouver l’entrée de la grotte. On va essayer de trouver un endroit où passer la nuit. Et vous savez quoi? On en est toujours pas sorti, mais on y retourne, à l’auberge.

On a dîné simplement, et on a profité de l’âtre pour se réchauffer. Jeanne et Astrid se sont soignées pendant la nuit, et on est repartis le lendemain.

A la lueur du jour, c’est beaucoup plus simple de trouver l’entrée de la grotte. Mais c’est pas un trésor qui nous y attendait, mais un ours bien endormis. On a chacun eu nos réactions.
Jeanne à commencé à reculer pour sortir discrètement, moi j’ai préparé un de mes sorts, et Astrid… est allé lui dire bonjour. Oui. A l’ours.

Astrid a réveillé l’animal, et commence à lui parler, alors je le crame pas tout de suite. Ça dure un moment, et puis l’ours s’est levé, et s’est dirigé vers la sortie. Astrid nous a regardé avec un grand sourire “Il sait où c’est, il nous emmène!”

On a suivi l’ours, qui nous a emmenés vers une autre grotte, dont l’entrée est bien plus haute. Je commence l’ascension avec Jeanne pendant qu’Astrid dit au revoir à son nouveau copain. Je venais à peine d’arriver en haut que Jeanne a commencé à crier. j’ai cru qu’elle tombait, alors je me suis précipitée pour l’aider. Si je l’avais pas fait, une flèche m’aurait traversé la tête.
Je la tire au sommet, en essayant de voir d’où viennent les flèches. Mais dans la nuit, je ne vois que deux reflets d’acier qui filent vers nous, sans réussir à trouver leur point de départ.

Ils étaient quatre. Deux avec leur arc, un peu sur le côté. Et deux en bas, avec leur épée, dont Mahadi. Je ne l’imaginais pas en besoin urgent de trouver un trésor, vu son allure. Mais on a pas vraiment le temps de se questionner.
Une fois relevé, Jeanne parvient à immobiliser les archers, et il ne me faut pas longtemps pour les réchauffer à grand coup de boule de feu.

En bas, c’est un peu plus compliqué. Astrid n’a pas l’air de se rendre compte de ce qu’il se passe. Je l’entends parler avec des gens. Faudra que je lui dise qu’on peut pas tout résoudre avec de la causette.

A priori, ils ne sont pas aussi sympas que les ours. Un des deux a essayé de l’attaquer, mais le deuxième l’a empêché. Et voyant que leurs camarades ont pris feu, Mahadi sort une petite lame, et se cache derrière Astrid. Il a dit des choses, mais j’ai pas bien écouté. Ca parlait de porteur de dons, et de se rendre…
Le deuxième épéiste, par contre, n’est pas caché. Je me prépare à lui envoyer une boule de feu, mais Jeanne me bouscule, me disant de penser à Astrid.

Mais c’est pas elle que je vise, c’est l’autre à côté!
Je la repousse. Pas le temps pour les bavardages, mais il s’est passé un truc étrange.
Mahadi est plus derrière Astrid, mais devant elle. On verra ça plus tard… Ma boule de feu part vers l’autre assaillant, qui illumine d’une lumière réconfortante les alentours.

Ça a dû leur suffire, parce qu’après ça, ils se sont enfuis. J’ai bien essayé de continuer de les allumer, mais ils étaient trop loin.
Jeanne a réussi à en immobiliser un des archers, mais à quoi bon? Il avait pas grand-chose à nous apprendre. Et de toute façon, les quatres savaient déjà qu’on était des mages. Alors on l’a laissé repartir.

J’ai sorti une bougie de mon sac, et je l’ai allumé, pour qu’on puisse voir quelque chose à l’intérieur. C’était une grotte…Classique? enfin, je crois. Elle avait rien de spéciale, si ce n’est qu’elle puait le renfermer. On fouille les lieux. Il doit y avoir un trésor ici quand même…
On trouve des petits chemins, des boyaux qu’on emprunte.
Et d’un coup, une sorte de pression se fait sentir. comme si… comme si on venait de passer une barrière magique?
Astrid et Jeanne me disent qu’on vient de passer dans une dimension. Une dimension féerique, a priori.
Jeanne et Astrid comment a parlé de la dimension, de ce qu’on peut y trouver, de ce qu’on peut y faire… Moi, j’ai continué à explorer.

On vous a déjà dit qu’il fallait regarder où vous mettez les pieds? Bah croyez moi, ça suffit pas. Il faut regarder plus loin. Ma bougie dans une main, mon bâton de marche dans l’autre, j’ai avancé dans un boyau pour voir ce qu’il y avait derrière.

Et il n’y avait rien. je suis tombé

Il fait noir dans cette caverne. Il y a des bougies dans mon sac, je le sais. Mais je n’arrive pas à l’ouvrir. Le cordon résiste, provoquant encore plus de douleur sur les plaies de mes mains.
J’entends des appels plus haut… probablement Astrid et Jeanne, à moins que je ne devienne fou? Un grattement en dessous de moi. Des griffes qui raclent la terre, résonnant dans un noir d’encre…

J’ai peur…

View